Le point Vétérinaire n° 301 du 01/12/2009
 

Reproduction canine

Cas clinique

Anne Gogny

Service de reproduction des animaux de compagnie, centre hospitalier vétérinaire, ENVN Atlanpole La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3

Un chienne de race bouledogue américain de 65 kg et âgée de 8 ans est présentée en consultation pour explorer une anomalie de conformation de la vulve.

La chienne a été stérilisée par ovariectomie à l’âge de 6 mois. Depuis environ 6 ans, elle présente des pertes urinaires intermictionnelles, surtout nocturnes, qui se sont compliquées depuis 8 mois par des épisodes de cystite récidivant tous les 2 à 3 mois. Le dernier épisode est apparu 15 jours avant la consultation. L’animal est en fin de traitement antibiotique et ne présente plus de signes urinaires.

L’examen clinique ne révèle pas d’anomalie, hormis une obésité marquée. À l’examen de l’appareil génital, une vulve atrophiée, encapuchonnée et irritée, et des lésions de dermite périvulvaire sont observées (photos 1 et 2).

De légers écoulements vulvaires séropurulents sont également présents et la manipulation de la zone génitale est douloureuse.

Diagnostic

L’examen vaginoscopique met en évidence la présence d’une membrane fibreuse, épaisse d’environ 1 mm, qui obstrue le vagin transversalement, cranialement au méat urinaire. Il s’agit d’une persistance de l’hymen.

Le méat urinaire est flasque, mou et légèrement ouvert. Il est facilement cathétérisé par l’endoscope.

La cystoscopie ne met en évidence aucune anomalie de la vessie.

Une hypothèse d’incontinence neurogène liée à la stérilisation précoce de l’animal est envisagée. Cela expliquerait l’incompétence du sphincter urétral, les pertes urinaires intermictionnelles et les lésions de dermite péri-génitales, dues dans ce cas à une souillure du périnée par l’urine.

La persistance de l’hymen, une anomalie congénitale, et l’aspect encapuchonné de la vulve, lié à l’obésité et à l’absence de développement vulvaire, contribuent à la stagnation de l’urine et des sécrétions vaginales dans les voies génitales. Cela provoque un urovagin qui favorise les infections de voisinage et la récidive des épisodes de cystite.

Une vulvoplastie destinée à dégager la vulve des plis cutanés qui la recouvrent serait une solution thérapeutique. Mais dès qu’elle se trouve en décubitus, la chienne présente des difficultés respiratoires liées à l’atélectasie pulmonaire qui résulte de la compression des poumons par la masse graisseuse. Le risque anesthésique paraît trop important, comparé au bénéfice à attendre de l’intervention. Il est décidé, en concertation avec le propriétaire, de n’envisager celle-ci qu’après l’amaigrissement de l’animal.

En parallèle de son régime alimentaire, la chienne reçoit uniquement un traitement à base de phénylpropanolamine (Propalin®, 1 mg/kg/jour per os). Trois semaines après le début du traitement, les pertes urinaires intermictionnelles ont cessé. Les lésions dermiques ont disparu en même temps que l’irritation de la zone par l’urine. En revan-che, l’amaigrissement s’annonce lent.

Discussion

Chez la chienne, les anomalies de conformation du vagin, comme la persistance de l’hymen ou un septum vaginal, résultent de troubles de la différenciation sexuelle [2]. Les signes d’appel sont un refus d’accouplement (douleur), des vaginites et des infections urinaires chroniques ou une incontinence urinaire. Ces malformations peuvent être à l’origine d’une infertilité, surtout si la chienne présente d’autres dysfonctionnements du tractus génital [2, 3].

La vulve “barrée” ou encapuchonnée correspond à une hyperplasie cutanée du périnée, avec des plis cutanés qui recouvrent la vulve. Cette anomalie affecte fréquemment certaines races (colley, berger picard) [1]. Dans le cas décrit, ces plis peuvent aussi s’expliquer par l’obésité. Le recouvrement de la vulve est accentué par le défaut de développement vulvaire. Celui-ci résulte d’un impubérisme, probablement lié à l’ovariectomie précoce, et d’autant plus prononcé que la chienne appartient à une race à puberté tardive. Le cumul de deux anomalies de conformation chez une même chienne, l’une congénitale et l’autre acquise, est une curiosité.

Photo 1 : Vue d’ensemble. Le recouvrement de la vulve est accentué par le défaut de développement vulvaire, qui résulte ici d’un impubérisme lié à l’ovariectomie précoce.

Photo 2 : Vue rapprochée. La vulve “barrée” ou encapuchonnée correspond à une hyperplasie cutanée du périnée, avec des plis cutanés qui recouvrent la vulve. Des lésions de dermite périvulvaire sont fréquemment associées.

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