Le point Vétérinaire n° 300 du 01/11/2009
 

Chirurgie du veau

Pratique

PAS À PAS

Guillaume Belbis*, Bérangère Ravary-Plumiöen**


*Unité de Pathologie du bétail
**Unité de Chirurgie ENV d’Alfort, 7, avenue du Général-de-Gaulle, 94704 Maisons-Alfort Cedex

En cas d’abcédation jusqu’au foie, une marsupialisation doit être proposée.

Les infections ombilicales constituent une dominante pathologique chez le jeune veau, après les affections digestives et respiratoires. Le traitement médical mis en place en première intention donne des résultats variables. La cure chirurgicale peut alors être la thérapeutique de choix [3].

À l’examen clinique, la palpation d’un cordon ferme partant de l’ombilic et se dirigeant cranialement, associé ou non à une douleur abdominale et à un écoulement purulent, conduit à un diagnostic d’omphalophlébite [3, 4]. Lorsque la veine ombilicale se révèle infectée jusqu’au foie, le praticien doit envisager de marsupialiser la veine ombilicale, et d’informer alors l’éleveur des contraintes de cet acte chirurgical. Le recours à une échographie transcutanée de l’ombilic et des vestiges ombilicaux intra-abdominaux peut éventuellement trouver une justification pronostique (abcès hépatique rendant l’intervention inutile). Son utilisation en pratique est faible en raison de son coût et de la nécessité dans tous les cas d’examiner les vestiges de l’ombilic et le foie lors de la laparotomie [1, 3].

Plusieurs critères doivent donc être pris en compte dans la décision d’effectuer la marsupialisation de la veine ombilicale :

– l’absence d’autres infections (notamment arthrite) avant de réaliser l’intervention chirurgicale [3] ;

– l’importance de l’atteinte hépatique : le pronostic est d’autant plus sombre que l’atteinte est importante et diffuse ;

– la motivation de l’éleveur (soins à réaliser).

Un traitement antibiotique est instauré au minimum 48 heures avant l’intervention chirurgicale. En pratique, l’antibiothérapie mise en place initialement dans le traitement médical de l’infection ombilicale est poursuivie jusqu’à la réalisation de l’intervention.

La voie d’abord est la même quelles que soient les structures ombilicales impliquées dans l’infection. La marsupialisation de la veine ombilicale consiste à aboucher la veine abcédée en région craniale de la plaie, à la suturer à la paroi abdominale, et à sectionner la portion située à l’extérieur de l’animal pour drainer son contenu. La veine ombilicale peut être abouchée à la paroi du flanc, en région paramédiane droite, à 2-3 cm de la plaie de laparotomie, en un site dédié à cet effet.

Des soins d’irrigation de la veine abcédée doivent être entrepris en phase postopératoire tant qu’un écoulement purulent demeure. Le site de marsupialisation finit par s’oblitérer, cicatrisant par seconde intention. Seule persiste, dans la cavité abdominale, la veine ombilicale sous forme d’un vestige à paroi fibrosée. Il est rare de réintervenir chirurgicalement sur les veaux afin de retirer la veine fibrosée et de refermer le site musculaire de marsupialisation [1].

Infection de la veine ombilicale remontant jusqu’au foie Dans ce cas, seule une marsupialisation de la veine ombilicale est préconisée pour traiter l’omphalophébite. D’après [2].

Anesthésie et préparation Le veau est placé en décubitus dorsal, sous anesthésie générale (association xylazine-kétamine ou romifidine-tilétamine-zolazépam hors AMM) ou sous rachi-anesthésie (mélange xylazine-lidocaïne). Après une tonte large (cranialement : site de marsupialisation à quelques centimètres de l’appendice xyphoïde), une suture enfouissante de l’ombilic est réalisée si une fistule purulente est présente. Le site opératoire est préparé.

Incision L’ombilic est saisi et tiré à l’aide d’une pince de museux. Une incision cutanée en côte de melon est réalisée, puis le tissu sous-cutané est disséqué. Une incision musculaire ’en boutonnière“, latérale au cordon, est pratiquée pour introduire un doigt dans la cavité abdominale. Les veine et artères ombilicales, le canal de l’ouraque et les viscères sont repérés. À l’aide d’une sonde cannelée, l’incision est poursuivie autour du cordon ombilical.

Repérage et dissection Les structures impliquées dans l’infection ombilicale (veine, artères et/ou canal de l’ouraque) sont identifiées. Lors d’atteinte de la veine ombilicale, la plaie de laparotomie est prolongée cranialement. Les adhérences entre l’omentum et la veine ombilicale sont disséquées afin d’isoler au maximum la veine ombilicale.

Inspection de la veine La veine ombilicale est inspectée (abcédation, fibrose, remontée jusqu’au foie ou non) afin de déterminer la technique à employer : la présence d’un abcès de la veine remontant jusqu’au foie conduit à une marsupialisation. Lors d’atteinte importante et diffuse du foie, l’avenir de l’animal et l’intérêt d’opérer sont étudiés avec l’éleveur en raison du mauvais pronostic et des retards de croissance associés.

Marsupialisation La veine ombilicale, encore oblitérée, est amenée en région craniale de la plaie de laparotomie de telle sorte que celle-ci dépasse largement. La ligne blanche est suturée à l’aide de points en “X” réalisés avec un fil résorbable (Vicryl® déc. 5) jusqu’au site de marsupialisation. La paroi de la veine ombilicale est suturée à la paroi musculaire à l’aide de points simples non perforants réalisés avec le même fil.

Sutures Un surjet sous-cutané est réalisé, puis la peau est suturée par un surjet en “U” ou des points séparés (en “U” ou simples) en utilisant un fil irrésorbable (Ethilon® déc. 4) jusqu’au site de marsupialisation, puis la paroi de la veine est suturée à la peau à l’aide de points séparés en “U” réalisés avec le même fil (points non perforants dans la paroi de la veine).

Section de la veine Une fois les sutures terminées, la paroi de la veine est sectionnée à 1,5 cm de la peau. Cette étape peut être réalisée en fin d’intervention ou différée 24 à 48 heures après.

Soins postopératoires Une irrigation biquotidienne de la Vétédine® à 10 % dans la lumière de la veine ombilicale (sonde urinaire de chien) est préconisée. Le rinçage est stoppé lorsqu’il n’est plus productif (jusqu’à 3 semaines). Il ne doit pas être réalisé sous trop forte pression, ni être arrêté trop tôt pour éviter toute récidive [1]. Un antibiotique (pénicilline-dihydrostreptomycine, 5 à 7 jours) et un anti-inflammatoire complètent les soins.

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