Le point Vétérinaire n° 297 du 01/07/2009
 

Reproduction canine

Pratique

PAS À PAS

Émilie Rosset*, Samuel Buff**


*Service de reproduction, ENV de Lyon, membre de l’université de Lyon
1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-L’Étoile
**Service de reproduction, ENV de Lyon, membre de l’université de Lyon
1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-L’Étoile

Le frottis vaginal est un acte simple, rapide peu couteux.

La réalisation du frottis vaginal est relativement simple chez la chienne. L’objectif de cet examen complémentaire est :

– de renseigner le praticien sur le stade sexuel d’une chienne en chaleur : pro-œstrus, œstrus, métœstrus ou anœstrus ;

– de détecter les chaleurs silencieuses ;

– d’étayer le diagnostic différentiel des pertes vulvaires (vaginite, pyomètre, endométrite, etc.) ;

– de confirmer un diagnostic d’anœstrus avant d’envisager, par exemple, un déclenchement des chaleurs [1, 3].

La cytologie vaginale est intéressante chez la chienne en chaleur car elle évolue en parallèle avec l’œstradiolémie. En effet, l’œstradiol 17β produit par les follicules ovariens en croissance stimule l’activité mitotique de l’épithélium vaginal. Dès lors, le nombre de couches cellulaires augmente pendant le pro-œstrus. Cela entraîne l’exfoliation séquentielle des différents types celullaires : cellules basales, parabasales, intermédiaires, superficielles, ainsi que des hématies et des leucocytes. En revanche, le frottis comporte des limites d’interprétation. La progestérone n’a pas d’effet prouvé sur l’épithélium vaginal ; ainsi l’ovulation ne peut pas être détectée par cette méthode [2]. Les bactéries visibles sur le frottis n’ont aucune signification pathologique car il est normal d’en retrouver dans le vagin d’une chienne saine [3]. Le frottis permet simplement de se situer dans les phases du cycle sexuel. De plus, il existe de fortes variations d’une chienne à l’autre. Ainsi, il est difficile d’interpréter un unique frottis à un temps donné ; l’évaluation sur plusieurs jours est plus pertinente.

La confusion entre un frottis de pro-œstrus et un frottis de fin d’œstrus reste possible. Les types cellulaires et leurs proportions sont presque les mêmes, mais les conséquences sur une éventuelle mise à la saillie sont différentes. Le frottis reste l’examen de base à réaliser avant un dosage d’hormone lutéinisante (LH), un dosage de progestérone ou une échographie ovarienne, mais n’est pas suffisant. Chez la chatte, le suivi des chaleurs peut aussi être effectué au moyen de frottis vaginaux. Les types cellulaires évoluent dans les mêmes proportions que chez la chienne ; cependant, le métœstrus est moins facile à mettre en évidence. De plus, la réalisation des écouvillonnages est délicate en raison de la probabilité de déclencher une ovulation [3]. Chez le mâle, le frottis préputial est intéressant lors de suspicion de tumeur testiculaire ou d’infections locales. Après introduction de l’écouvillon dans le fourreau, il est étalé et coloré classiquement. Si la kératinisation des cellules est comparable à celle observée chez une chienne lors d’œstrus, et que d’autres signes cliniques sont présents (dissymétrie testiculaire, fourreau pendulaire, etc.), le diagnostic d’une tumeur secrétant des œstrogènes (souvent un sertolinome) est quasi certain. Un nombre important de leucocytes est noté lors de processus infectieux de l’appareil génital ou urinaire [1].

Réalisation du frottis vaginal Le frottis vaginal est l’examen de base pour suivre les chaleurs d’une chienne, et ce depuis les années 1970. En maintenant les lèvres de la vulve d’une main, il est possible d’effectuer l’écouvillonnage vaginal après avoir préalablement humidifié le coton avec du sérum physiologique. L’utilisation d’un spéculum est rarement nécessaire.

Récolte des cellules vaginales L’introduction de l’écouvillon s’effectue verticalement, au départ en collant au plafond du vagin (au plancher se trouvant la fosse clitoridienne), puis horizontalement. Le vagin de la chienne est très long et, dans presque toutes les races, l’écouvillon peut être inséré en entier. Une fois introduit, il suffit de tourner l’écouvillon sur lui-même pour récolter les cellules du vagin avant de ressortir d’un geste franc.

Différentes couleurs d’écouvillon en fonction du stade des chaleurs Le volume et la couleur des pertes changent généralement au cours du cycle et cette évolution constitue un renseignement supplémentaire pour le praticien. Abondantes et rouges en pro-œstrus, elles se raréfient ensuite pour devenir plus claires en œstrus. En fin de chaleurs, les pertes sont le plus souvent brunâtres.

Étalement du frottis puis coloration L’écouvillon est ensuite roulé sur la lame en veillant à ne pas repasser deux fois au même endroit et les cellules sont fixées au moyen d’un cytofixateur pour être ensuite colorées.

Coloration des lames Les colorations classiques sont la coloration de Harris Shorr (mise en évidence de l’index éosinophilique de la muqueuse vaginale) ou la coloration de May-Grünwald-Giemsa (mise en évidence des polynucléaires). Quelle que soit la coloration utilisée, l’important est de s’intéresser à la morphologie cellulaire plus qu’à la couleur.

Image de pro-œstrus En pro-œstrus, il est courant d’observer une kératinisation des cellules inférieure à 50 %, la majorité d’entre elles étant constituées de cellules basales et parabasales (cellules rondes et à gros noyau) et intermédiaires (cellules plus angulées et dont la taille du noyau diminue). Le fond du frottis est en général muqueux ; sont présents de nombreux érythrocytes et parfois des polynucléaires neutrophiles en faible nombre.

Image d’œstrus En œstrus, les cellules kératinisées (cellules très angulées, en forme de “corn flakes” avec un noyau picnotique ou absent) deviennent majoritaires et se regroupent en amas. Les cellules parabasales et intermédiaires se raréfient et le mucus disparaît peu à peu. Chaque chienne est différente et il est impossible de prédire le moment de l’ovulation par la seule observation d’un frottis caractéristique d’œstrus.

Image de métœstrus En métœstrus, la kératinisation des cellules diminue et un retour des cellules intermédiaires puis parabasales est observé. Le fond du frottis redevient muqueux et de nombreux leucocytes sont présents en début de ce stade. Lors de vaginite ou de pyomètre, le frottis peut avoir les mêmes caractéristiques avec cependant, en général, davantage d’hématies.

Image d’anœstrus En anœstrus, les cellules sont plutôt parabasales et rares. Le fond du frottis est muqueux et l’écouvillon clair. Chez la chienne, c’est souvent la première étape avant d’envisager un déclenchement de chaleurs quand elles tardent à arriver. Cette méthode à moindre frais permet d’éliminer l’hypothèse de chaleurs silencieuses. D’autres examens sont ensuite mis en place pour confirmer l’anœstrus avant tout traitement.

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