Le point Vétérinaire n° 294 du 01/04/2009
 

Imagerie médicale canine et féline

Mise à jour

LE POINT SUR…

Hélène Kolb*, Isabelle Testault**


*Centre hospitalier vétérinaire 22, rue René-Viviani 44200 Nantes
**Centre hospitalier vétérinaire 22, rue René-Viviani 44200 Nantes

Le diagnostic des affections biliaires est essentiellement échographique. Il repose sur la bonne connaissance de l’anatomie du réseau biliaire et des particularités propres à chaque espèce.

Résumé

Le diagnostic échographique des affections biliaires repose avant tout sur la connaissance de l’aspect normal du réseau biliaire.

Les principales structures visibles à l’échographie chez le chien et le chat sont la vésicule biliaire, le conduit cholédoque et la papille duodénale. Ainsi, l’épaisseur de la paroi d’une vésicule biliaire normale est inférieure à 2 à 3 mm chez le chien et à 1 mm chez le chat. Le conduit cholédoque mesure moins de 3 mm chez le chien et moins de 5 mm chez le chat. En revanche, les conduits intrahépatiques ne sont pas visibles chez l’animal sain.

En raison de la complexité anatomique du réseau biliaire, ces affections sont multiples et souvent compliquées.

Elles se traduisent par un tableau clinique et des modifications biologiques peu spécifiques. Pour ces raisons, leur diagnostic est difficile à établir et repose sur l’association des examens clinique, biochimique, et des techniques d’imagerie. L’échographie est l’outil incontournable.

La connaissance du réseau biliaire normal et des normes échographiques appliquées aux différents étages de celui-ci est requise.

Il convient donc de maîtriser parfaitement l’anatomie du réseau biliaire et de mémoriser les images normales afin d’interpréter avec justesse les images pathologiques.

Trajet de la bile

La bile est synthétisée en continu par les hépatocytes. Elle participe à la digestion des graisses du chyme et permet l’excrétion de déchets métaboliques dans les fèces. Elle parcourt les canalicules biliaires, les conduits biliaires interlobulaires, avant de regagner les conduits biliaires situés dans les espaces portes (figure).

Les conduits biliaires confluent pour donner un ou plusieurs canaux hépatiques. Chaque lobe hépatique possède un ou plusieurs conduits hépatiques. Ce réseau biliaire constitue le système intrahépatique.

De là, la bile est stockée dans la vésicule biliaire et/ou progresse vers le duodénum via le conduit cystique, puis le conduit cholédoque.

Le conduit cystique est la portion canalaire située entre la vésicule biliaire et la zone d’abouchement des conduits hépatiques dans le conduit cholédique. Ce dernier déverse la bile dans le duodénum au travers de la papille duodénale majeure.

Les conduits hépatiques à leur sortie des lobes, la vésicule biliaire, le conduit cystique, le conduit cholédique et la papille duodénale majeure forment le système biliaire extrahépatique.

Topographie du réseau biliaire

La vésicule biliaire repose dans une loge située entre le lobe carré et le lobe médial droit. Elle est constituée de trois parties : le fond (extrémité craniale en forme de cul-de-sac), le corps (portion moyenne de la vésicule) et le col.

Ce dernier est en continuité avec le conduit cystique, court et rectiligne. Le conduit cystique se prolonge par le conduit cholédique visible en face viscérale du foie, au niveau du hile, au tiers dorsal de l’abdomen, légèrement à droite de la ligne médiane. Il chemine ventralement à la veine porte, ce qui constitue un repère anatomique lors de l’examen échographique (photo 1).

Chez le chien, le conduit cholédoque chemine jusqu’à la papille duodénale majeure, où s’abouche également le canal pancréatique mineur.

Chez un chien de taille moyenne, le conduit cholédoque mesure environ 5 cm de long et 2,5 mm de diamètre, et s’abouche dans le duodénum par la papille duodénale majeure, située à 2,5 à 6 cm du pylore, après avoir adopté un trajet intramural sur 2 cm [5]. Cette partie intramurale équivaut à un sphincter qui rappelle le “sphincter d’Oddi” chez l’homme.

Chez le chat, le conduit cholédoque s’associe au canal pancréatique principal avant de regagner, via la papille duodénale, le duodénum descendant, à 3 à 4 cm du pylore.

Ce rapport étroit entre les systèmes biliaire, pancréatique et digestif explique l’association fréquente des maladies inflammatoires hépatique (cholangiohépatite), pancréatique (pancréatite) et digestive (MICI ou maladie inflammatoire chronique de l’intestin) dans l’espèce féline.

Examen échographique

1. Technique d’exploration

La technique d’exploration des voies biliaires est la même que pour le foie. L’animal est placé en décubitus dorsal sur un coussin en mousse. Parfois, l’examen s’effectue chez l’animal debout, cette position rendant le foie plus accessible ventralement. Le manipulateur balaye de gauche à droite (ou de droite à gauche) l’abdomen cranial en basculant la tête de la sonde cranialement pour s’affranchir de l’estomac. Chez les chiens dont le thorax est profond, il est parfois nécessaire de positionner la sonde en position intercostale afin de permettre une observation complète du foie. Pour l’exploration des voies biliaires (et du foie au sens large), l’utilisation de sondes sectorielles de fréquences ultrasonores de 5-7, 5-10 MHz est préconisée. Le manipulateur choisit une sonde de fréquence la plus haute possible afin d’améliorer la résolution de l’image. Les coupes réalisées ont pour objectif d’explorer la totalité du réseau biliaire, sans rien oublier. L’examen de la vésicule biliaire nécessite parfois de modifier la position de l’animal afin d’observer le mouvement du contenu biliaire en fonction de la gravité.

2. Aspect de la vésicule biliaire

L’examen de la vésicule biliaire comprend l’évaluation de sa taille, de sa paroi et de son contenu. Visible à droite de la ligne médiane, cet organe apparaît comme une structure anéchogène ou faiblement échogène, normalement vide d’écho, et entourée d’une paroi fine et régulière (photo 2).

• La taille de la vésicule biliaire est proportionnelle à la durée du jeûne. La dilatation est parfois telle qu’elle s’étend cranialement jusqu’au diaphragme. Le volume de la vésicule biliaire est très variable, entre 10 et 64 ml chez le chien normal.

• La paroi, lorsqu’elle est visible, apparaît comme une fine ligne échogène dont l’épaisseur n’excède pas 2 à 3 mm chez le chien [3, 7].

Chez le chat, la paroi de la vésicule biliaire est rarement visible. Parfois, elle apparaît comme une fine couche hyperéchogène pouvant atteindre 0,9 mm d’épaisseur. Cet épaississement peut s’expliquer par les contractions physiologiques et intermittentes de la vésicule biliaire [3]. Visualiser la paroi de la vésicule biliaire chez le chat n’est donc pas synonyme d’atteinte des voies hépatobiliaires. Il convient de noter la conformation biliaire particulière de 12,3 % des chats qui présentent physiologiquement une vésicule biliaire complexe, “dupliquée” (photo 3) [6]. Trois types de conformation sont ainsi rencontrés :

– la vésicule biliaire est partiellement divisée. Elle est alors bilobée, trilobée, voire quadrilobée, et prend la dénomination de “vesica fellea divisa” ;

– elle apparaît double et est alors appelée “vesica fellea duplex”. Un tiers de ces vésicules biliaires doubles sont en forme de Y : les deux vésicules possèdent leur propre conduit cystique, qui s’unissent avant de regagner le conduit cholédique, ce qui les distingue des vésicules bilobées ;

– la vésicule biliaire principale est entourée de plusieurs vésicules secondaires. Il s’agit de la “vesica fellea multiplex”.

• Le contenu de la vésicule biliaire est variable. Parfois, la bile s’épaissit et se transforme en boue, elle prend alors l’aspect de sédiments échogènes sans cône d’ombre sous-jacent, en mouvement dans la bile anéchogène (photo 4). Chez l’animal, la découverte de boue biliaire est fréquente, fortuite et souvent asymptomatique.

3. Aspect des conduits excréteurs

L’examen doit aussi permettre de déterminer si les principaux canaux excréteurs de la bile (conduits cystique et cholédoque) sont dilatés ou non.

Chez le chien et le chat normaux, les conduits hépatiques intrahépatiques ne sont pas visibles à l’échographie. Leur visualisation témoigne d’une dilatation, donc d’une cholestase intrahépatique.

Le canal cystique, qui mesure entre 1,5 et 3,5 cm de longueur, peut être difficile à identifier.

Le conduit cholédoque apparaît ventralement à la veine porte comme une structure linéaire à bords hyperéchogènes, à contenu anéchogène (photo 5). Son diamètre normal est inférieur à 3 mm chez le chien et à 5 mm chez le chat [2]. Sa longueur peut atteindre 6 cm chez le chien [2, 4]. Il est conseillé de mesurer le diamètre du conduit cholédoque ventralement à la veine porte pour prévenir toute confusion avec le col de la vésicule biliaire plus large. Chez le chat normal, le conduit cholédoque adopte un trajet tortueux et l’utilisation du Doppler couleur est parfois utile pour le différencier des vaisseaux sanguins adjacents (photo 6).

4. Aspect de la papille duodénale

La papille duodénale se situe à 2,5 à 6 cm du pylore, mesure 2,9 à 5,5 mm de diamètre en largeur et atteint une hauteur maximale de 4 mm en coupe transversale. À l’échographie, elle apparaît comme une plage hyperéchogène interrompant la paroi du duodénum descendant (photo 7).

L’échographie du système biliaire doit s’effectuer selon une démarche rigoureuse et étagée, d’autant plus que l’examen est souvent compliqué par les nombreux artefacts digestifs.

Même si la conformation du réseau biliaire est relativement similaire entre les espèces féline et canine, les normes échographiques varient d’une espèce à l’autre. Il est primordial de connaître celles-ci pour pouvoir interpréter des images pathologiques.

En résumé, il convient donc de retenir l’absence de visualisation des conduits intrahépatiques chez l’animal normal, les différents aspects possibles de la vésicule biliaire et la taille normale du conduit cholédique.

Références

  • 1 - Evans HE. Miller’s anatomy of the dog. 3th ed. WB Saunders Co, Philadelphia. 1993:457.
  • 2 - Gaillot HA, Penninck DG, Webster CRL et coll. Ultrasonographic features of extrahepatic biliary obstruction in 30 cats. Vet. Radiol. Ultrasound. 2007;48(5):439-447.
  • 3 - Hittmair KM, Vielgrader HD, Loupal G. Ultrasonographic evaluation of gallbladder wall thickness in cats. Vet. Radiol. Ultrasound. 2001;42(2):149-155.
  • 4 - Léveillé R, Biller DS, Shiroma JT. Sonographic evaluation of the common bile duct in cats. J. Vet. Intern. Med. 1996;10:296-299.
  • 5 - Mehler SJ, Bennett RA. Canine extrahepatic biliary tract disease and surgery. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 2006;28:302-315.
  • 6 - Moores AL, Gregory SP. Duplex gallbladder associated with choledocholithiasis, cholecystitis, gallbladder rupture and septic peritonitis in a cat. J. Small. Anim. Pract. 2007;48:404-409.
  • 7 - Spaulding KA. Ultrasound corner gallbladder wall thickness. Vet. Radiol. Ultrasound. 1993;34:270-272.

POINTS FORTS

• Chez le chat, le conduit cholédoque s’unit au conduit pancréatique principal avant de se jeter dans le duodénum via la papille duodénale. D’où la fréquence de la triade : maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, pancréatite et cholangiohépatite.

• L’épaisseur de la paroi de la vésicule biliaire, lorsqu’elle est visible, ne doit pas excéder 2 à 3 mm chez le chien et 1 mm chez le chat.

• Une vésicule biliaire “multiple” n’est pas pathologique chez le chat.

• Chez l’animal sain, les conduits intrahépatiques ne sont pas visibles à l’échographie.

• Le diamètre du conduit cholédoque normal est inférieur à 3 mm chez le chien et à 5 mm chez le chat.

Le conduit cholédoque chemine ventralement à la veine porte.

Figure : Face viscérale de la vésicule biliaire chez le chien

D’après [1].

La vésicule biliaire normale possède une paroi fine et régulière ainsi qu’un contenu anéchogène ou faible d'écho.

Double vésicule biliaire physiologique chez le chat.

Boue biliaire échogène et physiologique (chien placé en décubitus dorsal).

Le conduit cholédoque est ventral à la veine porte et est vide de signal au mode Doppler couleur.

Conduit cystique tortueux chez un chat normal.

Papille duodéale majeure chez un chat.

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