Semaine Vétérinaire n° 1573 du 21/02/2014

Troubles du comportement

Dossier

L’école latine de zoopsychiatrie accepte de doter l’animal d’une psychopathologie et ne réduit pas ses troubles du comportement à des réponses inappropriées à certains stimuli. C’est ainsi qu’elle décrit cinq états pathologiques majeurs : l’état réactionnel (qui permet de décrire les situations normales ou en tout cas non pathologiques), l’état phobique, l’état anxieux, l’état dépressif et les états de déréalisation (état confusionnel, état dysthymique et état dissocié). Leur reconnaissance au cours de la sémiologie est un prérequis incontournable à l’établissement du diagnostic, du pronostic et du traitement.

Une sémiologie complexe chez le chat

En psychiatrie féline, la comorbidité est fréquente, en particulier chez le chaton orphelin qui associe facilement un syndrome de privation ou d’hypersensibilité/hyperactivité (HS/HA) et une schézipathie interspécifique. La reconnaissance des processus et des états est une étape fondamentale. Chez un animal donné, la frontière est souvent floue, ce qui doit pousser le praticien à identifier précisément tous les éléments du tableau clinique pour proposer la thérapie chimique et comportementale la plus appropriée. Enfin et surtout, le chat est une espèce à part, proie et prédateur, ni territorial ni social, mais vivant en harmonie avec son milieu et en relation, dont les comportements sont essentiellement individuels et pour lequel il faut néanmoins définir des affections.

Les autonomopathies

Elles concernent les troubles qui affectent la capacité d’autonomie de l’animal.

→ Les autonomopathies ontogéniques décrivent un chat adopté très jeune qui, en grandissant, ne devient ni autonome ni adulte. Il ne supporte pas la séparation de l’être d’attachement et est incapable de structurer correctement son territoire. Il n’a pas de relations apaisées avec ses congénères, n’a pas acquis les autocontrôles, et l’allomarquage (souvent exacerbé) constitue la seule forme de marquage. La prise alimentaire est souvent brutale et la néoténie (c’est-à-dire les comportements du jeune comme la succion, les piétinements, le pétrissage, etc.) persiste. Le pronostic est réservé.

La thérapie comportementale s’appuie sur l’apprentissage des autocontrôles en redirigeant le chaton lorsqu’il devient excessif au cours de ses jeux. Les repas doivent être en libre-service. L’interaction avec un chat adulte équilibré est bénéfique. En prévention, le détachement du chaton peu après le sevrage est primordial par des moments d’indifférence et en ne répondant pas systématiquement à ses sollicitations. Il convient de déconseiller l’adoption avant six semaines et de favoriser l’attachement à plusieurs personnes.

→ Les autonomopathies acquises décrivent une dépendance entre le chat et un ou plusieurs individus, souvent post-traumatique. Les symptômes apparaissent en l’absence de l’être d’attachement (vocalises, malpropreté, destructions, léchage, grattage). Le traitement pharmacologique, qui vise à lever les symptômes d’anxiété, est complété par une phéromonothérapie. Il ne faut pas chercher à détacher le chat, mais à lui offrir un territoire enrichi, stable et apaisant, en abolissant les rituels et les punitions. La présence d’un congénère peut se révéler bénéfique.

Les biotopathies

Le biotope, donc le lieu de vie, est la notion utilisée pour contourner la difficulté de la définition précise du territoire et du caractère territorial ou non de l’espèce féline.

→ Les néobiotopathies sont des affections comportementales consécutives à des phénomènes qui apportent de la nouveauté dans le milieu de vie du chat : arrivée ou départ d’une personne, déménagement, changement de mobilier, travaux, nettoyage trop fréquent. Face à ces changements, la recrudescence des phénomènes de marquage (urinaire ou par griffades) est normale. La maladie s’installe lorsque l’animal perd cette adaptabilité et développe un état anxieux. Cette affection peut évoluer vers la dépression chronique marquée par une dysorexie, une désorganisation du sommeil et une perte d’intérêt pour les activités habituelles. Elle apparaît parfois d’emblée (cas rare). Le praticien s’attache à restructurer l’environnement de l’animal : rechercher des modifications écologiques, apporter un lieu d’élimination et un griffoir appropriés, ne pas nettoyer les spots urinaires, laver les souillures avec du vinaigre blanc ou de l’eau gazeuse, protéger les zones griffées.

→ Les aploutobiotopathies désignent les troubles comportementaux développés par des chats transférés en milieu hypostimulant. Un tableau d’agitation apparaît à la suite d’une restructuration de l’espace, pauvre en stimuli : marquages urinaires, griffades, manifestations neurovégétatives, hypervigilance, autoagressions, boulimie, rolling skin syndrom, hyposomnie, agressions (prédation, par irritation, redirigées et par peur), crises motrices non régulées. Les cris et les sanctions des propriétaires aggravent les troubles, avec le passage à l’instrumentalisation, puis à l’anxiété permanente, enfin à la dépression. La thérapie comportementale vise à enrichir le milieu, à jouer sur la distribution alimentaire par le biais de distributeurs mobiles et à stopper les séquences de prédation dès leur début par un jet d’eau ou d’objet, tout en demandant au propriétaire de rester immobile pour réduire l’excitation du chat ou la rediriger vers un jouet stimulant. Souvent inutile en tout début d’évolution, la chimiothérapie est nécessaire lors de troubles installés, parfois durant toute la vie de l’animal.

Les schézipathies

Les schézipathies sont les maladies comportementales qui trouvent leur origine dans un trouble de la relation.

→ Les schézipathies interspécifiques ontogéniques font partie du premier stade du syndrome de privation. Elles découlent d’un déficit de la socialisation entre le chat et les autres espèces (dont l’homme) et se manifestent par des réactions de peur, neurovégétatives et comportementales (fuite, agression ou inhibition), lors de la mise en contact. Elles évoluent vers l’anxiété intermittente lorsque l’espèce humaine est sensibilisante, avec l’impossibilité de s’y soustraire.

→ Les schézipathies acquises interspécifiques sont secondaires à une autre affection : soit un trouble comportemental (état anxieux, perte des autocontrôles), soit une erreur de communication (punition, mise à l’écart, jeux imposés, contacts forcés, visite chez le vétérinaire). Elles se manifestent, selon l’état pathologique, par des épisodes d’agression ou de marquage, des symptômes de phobie ou d’anxiété.

→ Les biotoschézipathies acquises intraspécifiques (troubles de la relation liée au lieu de vie) décrivent l’apparition de conflits dans un groupe déjà constitué ou lors de l’introduction (ou de la réintroduction) d’un nouveau chat. La modification de l’état émotionnel ou physiologique d’un des félins (chaleurs), des comportements anormaux d’un chat phobique ou sous traitement (progestagènes), des stimuli phobogènes sont autant de facteurs déclencheurs. Ils sont entretenus par les sanctions (“en boudant” le chat) et les punitions infligées par les propriétaires. La distanciation, phase réactionnelle tout à fait normale qui permet la répartition du territoire (menaces, charges, cris et feulements), évolue vers la phase des escarmouches, puis vers celle de l’obnubilation où un chat devient actif et l’autre passif.

La prise en charge inclut une médicalisation des deux chats et un recadrage éthologique, ainsi qu’une restructuration territoriale qui passe par un travail sur la représentation : les chats ne sont pas toujours amis mais peuvent cohabiter, il faut les laisser en contact et ne pas intervenir dans leurs conflits.

→ Les biotoschézipathies acquises interspécifiques correspondent à une modification des relations entre le chat et l’homme (agression, fuite, diminution des contacts) après un changement du milieu de vie, comme un déménagement. Le diagnostic établit l’état pathologique qui guide la prescription médicale. Les demandes d’attention du propriétaire doivent cesser et le territoire nécessite d’être restructuré pour que le chat puisse reconstruire des relations harmonieuses.

  • Source : cours de base du Gecaf consacré au chat, janvier 2014, à VetAgro Sup (Lyon).

Lors de néobiotopathie, les traces de marquage facial ne doivent pas être nettoyées frénétiquement, car elles stabilisent l’environnement du chat.

Lors de schézipathie intraspécifique, le chat actif guette le chat passif (sous la table).

Pour limiter l’anxiété et l’apparition de biotoschézipathie, il convient d’adapter les conditions d’hospitalisation du chat : courte durée, soins non douloureux, caches et aménagement des cages en trois dimensions notamment.

La socialisation interspécifique (entre les autres espèces dont l’homme) est réversible : elle doit être initiée et entretenue à partir de l’âge de deux semaines.

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