Semaine Vétérinaire n° 1192 du 03/09/2005
 

À la une

Marine Neveux et Valérie Zanini

La rétribution des auxiliaires vétérinaires est encadrée par leur convention collective. Les praticiens reconnaissent qu'elle ne suffit pas, à elle seule, à motiver leurs équipes. Ils misent alors sur l'autonomie et l'accroissement des responsabilités pour dynamiser leurs troupes.

Le salaire des auxiliaires n'est pas représentatif du travail qu'elles fournissent, estiment certains confrères. En travaillant quotidiennement à leurs côtés, ils mesurent pleinement leur influence sur le fonctionnement de leur structure. Ils considèrent qu'ils pourraient difficilement se passer d'elles, mais ils ne peuvent les rémunérer davantage sans risquer de mettre en péril l'équilibre financier de la clinique.

Ils ne sont pas les seuls dans ce cas de figure et plusieurs praticiens partagent le même dilemme. « La convention collective a le mérite de proposer aux libéraux employeurs une base salariale claire. Libre à nous de l'augmenter si nous le souhaitons », indique Jean-François Bach, praticien canin à La Seyne-sur-Mer (Var). Quelques-uns le peuvent et l'appliquent. Dans certaines structures, les salaires dépassent ainsi de 5 à 12 % les recommandations de la convention collective. D'autres y songent. « Mon souhait serait, à moyen terme, d'appliquer une politique salariale qui aille au-delà du point conventionnel. Mais pour l'instant, cela n'est pas réaliste, compte tenu de notre trésorerie et du coût social que cela représente », explique Jean-Yves Gauchot, praticien mixte équin à Sarlat (Dordogne).

Primes et autres avantages viennent étoffer le salaire de base

De nombreuses structures allouent à leur personnel une prime de fin d'année. Mais au fil des ans, ce “cadeau” perd son caractère exceptionnel pour devenir un acquis. Son impact sur la motivation des équipes est alors limité. « Il s'agit d'un dû qu'il est ensuite difficile de supprimer », estime Didier Schmidt-Morand, praticien canin à Nantes (Loire-Atlantique).

Certains confrères explorent toutes « les ficelles légales » pour agrémenter la rémunération de leurs auxiliaires. Ils considèrent leur être redevables, compte tenu de l'aide qu'elles leur apportent. Ces vétérinaires mettent par exemple à la disposition de leur équipe les avantages proposés par un comité d'entreprise interprofessionnel (réduction sur l'entrée de parcs d'attraction, billets d'avion, etc.). D'autres les dédommagent lorsqu'elles sont tenues, pour des raisons professionnelles, de déjeuner sur place (prime de panier). Certaines équipes fêtent les anniversaires, les naissances et organisent des déjeuners ou des dîners où les conjoints sont conviés. Dans la majorité des cas, les auxiliaires bénéficient en outre de tarifs préférentiels pour tout ce qui concerne les soins et l'entretien de leurs animaux (gratuits ou au prix coûtant). Dans quelques structures, un intéressement au chiffre d'affaires est même organisé. « Encore faut-il définir un objectif de vente et lui associer une rétribution selon la réalisation ou non de cet objectif », prévient Didier Schmidt-Morand.

Autonomie, responsabilité et reconnaissance valent leur pesant d'or

Toutefois, il apparaît que le salaire n'est pas le principal facteur de motivation des auxiliaires. Telle est d'une part l'opinion des vétérinaires qui estiment que pour motiver leur équipe, il convient en premier lieu d'accroître ses responsabilités. « La rémunération n'est pas, à mon sens, la motivation première de nos trois auxiliaires, confirme Jean-Yves Gauchot. Elles sont sensibles à la reconnaissance de leur travail, à l'autonomie qui est leur est attribuée, à la prise de responsabilités et à l'accès à la formation » (voir graphique page 33) .

Les auxiliaires partagent ce point de vue. Selon une enquête* menée auprès d'elles, leurs motivations reposent bien évidemment sur un meilleur salaire, mais également sur leur implication dans la clinique, l'acquisition de nouvelles compétences et l'obtention d'un diplôme reconnu.

Certains confrères misent sur l'autonomie de leur équipe. Ils laissent ainsi leurs auxiliaires organiser elles-mêmes leur planning. Ils appliquent les 35 heures annualisées et travaillent avec un compte horaire, ce qui permet de valoriser l'urgence qui arrive au moment de la fermeture de la clinique. D'autres praticiens impliquent leur personnel non vétérinaire dans l'évolution de la structure. Dans une autre clinique encore, un livre d'accueil pour chiots a été réalisé et la zone de vente a également été réaménagée avec succès. Ces confrères estiment que c'est en variant les activités des auxiliaires qu'il est possible de les fidéliser.

« Je leur propose régulièrement d'assister à des formations », indique pour sa part Jean-François Bach. D'autres les incitent à rencontrer leurs collègues à l'occasion des congrès ou de soirées-conférences. C'est un moyen d'échanger leurs expériences et de sortir de leur isolement, selon eux.

Leur carrière offre peu de perspectives d'évolution

Il est possible pour une auxiliaire de passer au niveau supérieur par le biais de la formation en alternance ou de la validation des acquis de l'expérience. Mais lorsque le niveau 4 est atteint, l'évolution de carrière est limitée, reconnaissent plusieurs praticiens. Une auxiliaire exerçant à Paris partage cette analyse : « L'évolution de salaire, avec les échelons de la convention collective, atteint un palier et les perspectives d'augmentation deviennent faibles au cours des années, une fois que le dernier échelon est franchi. »

Certains confrères estiment que le référentiel métier des auxiliaires doit évoluer si la profession espère attirer et fidéliser un personnel compétent et motivé. Leurs fonctions pourraient alors s'apparenter à celles des nurses anglaises, dont les responsabilités et les perspectives de carrière dépassent celles qui sont proposées en France. Il semble qu'une telle réflexion soit lancée sur notre territoire. Mais d'ici à ce qu'elle aboutisse, les praticiens devront user d'imagination pour motiver leurs troupes.

  • * Enquête Phénix (projet européen Equal) : la consultation a été lancée par le CNFA et le SNVEL, à l'aide de deux questionnaires distincts en 2003.

La feuille de paye est un des éléments de la motivation des auxiliaires. Primes et cadeaux viennent parfois l'agrémenter.

Selon vous, à quoi faut-il recourir en premier lieu pour motiver une auxiliaire ?

Les vétérinaires estiment que la rémunération n'est pas le principal facteur de motivation des auxiliaires (83,9 % des réponses). Selon un sondage réalisé en ligne cet été auprès de 295 confrères internautes, il convient en premier lieu d'accroître leurs responsabilités (32,5 %).

Les praticiens reconnaissent l'importance des auxiliaires, mais il leur paraît difficile de les rémunérer davantage sans mettre en péril l'équilibre financier de la clinique.

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