Semaine Vétérinaire n° 1192 du 03/09/2005
 

Filières. Influenza aviaire H5N1 en Russie

Actualité

Nathalie Devos

La Russie et le Kazakhstan ont signalé des foyers de grippe aviaire de sous-type H5N1 à l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), fin juillet et début août. Depuis les premiers rapports, la flambée de grippe aviaire en Russie, initialement limitée à la Sibérie orientale, s'est progressivement étendue vers l'Ouest et touche désormais six régions à l'est de l'Oural. Au Kazakhstan, la maladie a été observée à la lisière du site initial de Sibérie. Au 31 août dernier, le virus H5N1 était responsable de la mort de plus de 120 000 volatiles en Russie et de près de 9 000 au Kazakhstan. L'apparition de la grippe aviaire dans ces deux pays est attribuée à des oiseaux migrateurs en provenance d'Asie du Sud-Est, où elle sévit toujours.

Cette découverte a ravivé les inquiétudes de voir arriver l'affection en Europe. Depuis le 22 août dernier, les autorités des Pays-Bas ont obligé les éleveurs de volailles de plein air à enfermer leurs volatiles. Ce pays avait subi une épizootie de grippe aviaire en 2003, durant laquelle près du quart des volailles avaient succombé ou avaient été abattues. Pour sa part, le ministère de l'Agriculture allemand a évoqué de possibles limitations des regroupements de volailles en plein air, le 23 août.

Bruxelles tempère le risque d'apparition de la maladie, tout en restant prudent

Face à cette situation, un groupe d'experts sanitaires, réunis en urgence à Bruxelles le 25 août dernier, a considéré qu'un ‘enfermement’ général des volailles de plein air est pour l'instant « une mesure disproportionnée «. De son côté, la Commission européenne refuse de céder à l'alarmisme et estime que les mesures mises en place par rapport aux pays touchés assurent une protection suffisante. En effet, l'Union a adopté diverses mesures vis-à-vis du Kazakhstan et de la Russie, le 12 août. Elles sont identiques à celles mises en place pour les pays d'Asie, déjà touchés par l'épizootie de grippe aviaire. Les importations de volailles et de produits à base de volailles ont été interdites à partir de ces pays.

Toutefois, les experts préconisent de renforcer la surveillance des oiseaux migrateurs, notam­ment aquatiques, principaux vecteurs potentiels du virus H5N1.

L'estimation du risque diffère sensiblement selon l'Afssa et la DGAL

Du côté de l'Hexagone, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a été saisie par les ministères de la Santé et de l'Agri­culture sur le danger potentiel d'introduction de la maladie sur le territoire, le 20 août dernier. Dans un communiqué diffusé trois jours plus tard, l'Agence indique que « les cartes de migrations aviaires font apparaître que le risque - immédiat - de contamination des populations aviaires européennes par des oiseaux migrateurs en provenance de Russie est faible. En effet, les zones actuellement concernées par la grippe aviaire en Sibérie occidentale hébergent des oiseaux qui passent essentiellement l'hiver au Proche-Orient et au Moyen-Orient ».

Le même jour, la Direction générale de l'alimentation (DGAL) a adressé un inquiétant courrier aux acteurs de la filière avicole, vétérinaires inclus. Elle y indique que « la plaine de Sibérie occidentale, zone particulièrement humide, présente la caractéristique de rassembler, pour la nidification d'été, un grand nombre d'oiseaux migrateurs d'espèces variées dont les migrations de l'automne aboutissent en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique, mais aussi, pour une très faible partie d'entre eux, en Europe de l'Ouest ». La DGAL craint une infection pour l'automne 2005. « Le risque d'une exposition de nos volailles à une contamination par les oiseaux migrateurs qui survoleront bientôt la France doit être mesuré. »

Le courrier précise les recommandations de surveillance et de conduite d'élevage. Les éleveurs qui disposent d'un parcours en plein air doivent éviter toute pratique favorisant la promiscuité entre les oiseaux domestiques et sauvages, comme le nourrissage et l'abreuvement à l'extérieur des bâtiments, ainsi que l'accès aux mares et aux autres plans d'eau. Les gibiers d'eau utilisés comme appeaux doivent être tenus à l'écart des volailles domestiques.

L'Afssa* craint davantage le retour des oiseaux migrateurs en provenance d'Afrique, au printemps 2006, d'après un avis rendu le 25 août dernier. En outre, pour les bâtiments fermés, elle invite les éleveurs à ne pas abreuver les animaux et à ne pas nettoyer les locaux avec de l'eau provenant de plans extérieurs.

Elle estime en outre que « le recours à la vaccination des volailles domestiques n'est actuellement envisageable que si la menace d'exposition des élevages domestiques français se précise, pour protéger - au printemps - les bandes en plein air des espèces identifiées à risque, c'est-à-dire seulement les canards prêts à gaver ».

Pour sa part, le ministère de l'Agriculture précise que des études épidémiologiques complémentaires seront menées chez les oiseaux migrateurs et les volailles élevées en plein air. Par ailleurs, il recommande à tous les professionnels de la filière avicole de se vacciner contre la grippe humaine saisonnière habituelle.

  • * Avis consultable sur le site de l'Afssa ().

L'avifaune sauvage représente un risque potentiel de circulation à bas bruit de la grippe aviaire.

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