Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1658 du 01/01/2016
 

Dossier

Élodie Goffart

Docteur vétérinaire, praticienne dans l’Essonne

La castration a essentiellement pour objectif de diminuer les comportements indésirables du chien ou du chat mâle, plutôt que la prévention de certaines maladies. Le risque de prise de poids à la suite de l’intervention est à prendre en charge.

Si la stérilisation des femelles est maintenant rentrée dans les mœurs dans notre pays (voir le dossier du précédent numéro), il n’en est pas de même pour la castration des mâles. Dans nos pays latins, la résistance est forte, surtout de la part des propriétaires masculins !

La stérilisation des femelles est bien acceptée en raison des bénéfices de santé qu’elle apporte. Les avantages de la castration des mâles étant davantage d’ordre comportemental, il est beaucoup plus ardu de convaincre les propriétaires. Chez le chat, la castration est souvent réclamée en raison du marquage urinaire difficile à supporter dans la maison. Celle d’un chien, en revanche, est rarement demandée, même si un changement des mentalités commence à s’amorcer.

Marquage et combats du chat mâle

La maturité sexuelle du chat intervient aux environs de 6 mois, mais de fortes disparités sont observées selon les races (celles de grande taille sont plus tardives) et le mois de naissance. La sécrétion de testostérone débute puis augmente ; la morphologie du chat commence à changer. L’animal se muscle, surtout au niveau de la tête et des bajoues, donnant un aspect de tête ronde, typique des chats entiers. Sa peau s’épaissit, l’odeur de son urine s’amplifie pour devenir au fil des mois très forte et très caractéristique. La plupart des vétérinaires et leurs auxiliaires reconnaissent entre mille cette odeur spécifique du chat entier.

Même si l’animal est propre et ne fait pas de marquage, l’odeur imprègne son pelage et se diffuse dans tout son environnement. C’est le point qui gêne habituellement les propriétaires et la raison pour laquelle ils demandent généralement la castration, même s’ils n’y étaient pas favorables au départ, lors de la première consultation de leur chaton.

Le chat entier a souvent tendance à marquer son territoire, pour dissuader les autres mâles (même castrés) de s’y aventurer. On reconnaît un chat qui fait du marquage urinaire lorsque, le dos très rond et la queue en l’air (verticale), il émet quelques gouttes d’urine, généralement sur un support vertical, à 10 ou 15 cm du sol. Au contraire, la position d’élimination d’urine (lorsque le chat a besoin de vider sa vessie) voit le chat se tenir plus à plat, la queue parallèle au sol, et l’urine est alors émise en grande quantité sur un support horizontal (sur la litière ou à l’extérieur). Lorsque le marquage se fait à l’extérieur, les propriétaires ne sont généralement pas dérangés. En revanche, lorsque le chat marque également à l’intérieur, le rendez-vous pour la castration est pris rapidement, en raison de la difficulté à nettoyer l’urine de chat et à se débarrasser de l’odeur, ainsi que de l’acidité de l’urine qui attaque les meubles… et les sols ! Ce marquage urinaire peut aussi s’accompagner de griffades, occasionnant des dégradations sur les meubles, les murs de la maison ou les arbres du jardin.

Le chat entier commence aussi à s’intéresser aux femelles. Son comportement peut changer s’il repère une chatte en chaleur. Il s’absente pendant des heures, voire des jours, et va se promener très loin (parfois à plusieurs kilomètres de son domicile, ce qui l’expose à un grand risque d’accident sur la voie publique). Il faut se rappeler que les chaleurs des chattes se déroulent par cycles de 3 semaines, ce qui revient très souvent. Les mâles en concurrence pour une femelle peuvent se livrer à des batailles très impressionnantes, tant au niveau du bruit (généralement nocturne) qui s’ensuit, qu’à celui des lésions qu’ils s’infligent (morsures profondes, parfois multiples). Ces blessures, souvent situées au niveau de la tête et des membres, évoluent fréquemment en abcès, et nécessitent donc des visites régulières chez le vétérinaire. Au cours du temps, les chats castrés sont généralement couverts de cicatrices, en particulier au niveau des oreilles et de la tête.

Espérance de vie plus courte

Lors de ces multiples bagarres et rapports sexuels, le chat mâle entier est exposé à deux virus mortels, celui de la leucose (FeLV) et le “sida du chat” (FIV). Ces rétrovirus sont transmis par les sécrétions corporelles (salive, sang, sperme). Il existe un vaccin contre la leucose, mais aucun contre le FIV. Un animal contaminé devient séropositif. Il demeure sans symptômes pendant des mois ou des années, mais est toutefois contagieux pour ses congénères. Lorsqu’il déclare la maladie, son espérance de vie est courte. Il existe, depuis quelques années, des remèdes à base d’interféron pour le traitement de ces maladies. Outre leur coût élevé (plusieurs centaines d’euros), ils ne sont qu’un moyen d’augmenter l’espérance de vie de l’animal, mais ne représentent en aucun cas un traitement curatif.

En conséquence, l’espérance de vie d’un chat mâle non castré est très inférieure à celle d’un mâle stérilisé. En effet, des études récentes tendent à prouver que l’animal entier vivra 5 ans de moins que l’animal castré, ce qui est considérable compte tenu d’une espérance de vie moyenne de 15 ans chez les chats. Cet argument doit être bien développé devant le propriétaire, afin qu’il prenne sa décision (castration ou non) en toute connaissance de cause.

Castration chirurgicale ou chimique

Dans la plupart des cas, la castration chirurgicale est la méthode la plus simple et la plus économique de castration définitive des chats. Cependant, d’autres méthodes existent.

Il est ainsi possible d’administrer un implant contraceptif qui annule la spermatogenèse. L’implant s’introduit sous légère sédation (sauf chat très coopératif) en région sous-cutanée et en zone interscapulaire. Ce dispositif ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette espèce, mais il est parfois utilisé dans les élevages qui ne souhaitent pas faire reproduire leur mâle tout de suite. L’effet de cette castration dite chimique se prolonge pendant 6 à 12 mois. Elle est totalement réversible. Elle n’est cependant pas possible ni économique si le propriétaire souhaite une castration sur le long terme.

Une autre technique non chirurgicale, par des agents chimiques locaux, a été testée dans certains pays. Une injection unique intratesticulaire de gluconate de zinc peut ainsi être réalisée chez le chat. Elle apporte une azoospermie définitive. Cette technique n’a toutefois pas été suffisamment testée à ce jour pour pouvoir être recommandée et son utilisation se fait hors AMM en France.

Technique de stérilisation chirurgicale

Chez le chat, la castration consiste en l’ablation chirurgicale des deux testicules. Elle est indiquée pour supprimer définitivement les manifestations sexuelles désagréables pour le propriétaire et elle augmente l’espérance de vie de l’animal de plusieurs années. Il est possible de stériliser un chat à tout moment et à tout âge, mais le mieux est d’intervenir sur un individu non encore pubère (donc âgé d’environ 6 mois). Comme pour toute intervention chirurgicale sous anesthésie, il est conseillé de réaliser un bilan sanguin préopératoire (numération et formule sanguines, analyses biochimiques de base), afin de limiter le risque anesthésique.

Diététique post-castration féline

La prise de poids d’un chat castré est inévitable, et l’est d’autant plus qu’il est castré à l’âge adulte. Le poids de l’animal peut augmenter de 1 à 1,5 kg en quelques semaines, et c’est normal. En outre, la composition de l’urine d’un chat castré change, le rendant plus susceptible de développer des calculs urinaires dangereux, voire mortels. La meilleure prévention de ces deux types de problèmes est l’alimentation. Le propriétaire doit donc absolument choisir un aliment (croquettes ou alimentation humide) adapté au chat stérilisé après l’opération.

La plupart des marques (chez le vétérinaire, en animalerie et même en grande et moyenne surfaces) proposent maintenant ce type d’aliments. Afin de sensibiliser à ce risque les propriétaires du chat, le vétérinaire peut offrir un petit paquet de croquettes spécifiques après la chirurgie.

Fugues et accidents du chien entier

L’âge de la maturité sexuelle du chien dépend de la race. En effet, chez les animaux de petit format, la maturité sexuelle peut intervenir dès 6 mois. En revanche, dans les grandes races, elle peut ne débuter qu’aux environs de 10 à 12 mois. La sécrétion de testostérone débute puis augmente, le sexe change d’aspect et les testicules deviennent plus gros et se détachent du périnée pour pendre entre les membres postérieurs. Des caractères sexuels secondaires vont progressivement se manifester : augmentation de la musculature, agressivité envers les autres mâles, marquage urinaire (le chien urine en levant la patte). S’il y a une femelle en chaleur dans le voisinage, les chiens non stérilisés sont excités et essaient de se sauver pour aller l’approcher. Souvent, ils n’obéissent plus. Les fugues sont fréquentes et il n’est pas rare qu’elles entraînent des bagarres avec les congénères et des accidents sur la voie publique.

Réticence dans la culture latine

La stérilisation des chiens mâles est un sujet qui soulève souvent des débats en France et dans les pays latins. En effet, de nombreux propriétaires de chiens refusent d’envisager la stérilisation définitive de leur animal qu’ils vont parfois jusqu’à considérer comme une mutilation, un acte irréversible qui va changer le comportement de leur animal.

Les Anglo-Saxons pensent autrement. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, la stérilisation est systématique chez les animaux qui ne sont pas officiellement destinés à la reproduction. Témoins, les séries américaines qui mettent en scène des “promeneurs de chiens” sortant en même temps 5 à 10 animaux stérilisés, mâles ou femelles, que les propriétaires n’ont pas le temps ou l’envie de promener. Une situation impossible en France, où la balade finirait en bagarre généralisée et chez le vétérinaire…

Quelques maladies du chien non castré

Les tumeurs testiculaires (cancéreuses ou non) sont peu fréquentes chez le chien entier, mais elles existent. Elles sont en revanche très fréquentes si le chien est monorchide (un seul testicule en place) ou cryptorchide (les deux testicules ne sont pas descendus dans les bourses [encadré ci-contre]).

Les affections prostatiques atteignent généralement les chiens seniors non castrés. Elles ont un degré de gravité variable : hypertrophie bénigne de la prostate, abcès prostatiques, kystes prostatiques bénins ou atteinte cancéreuse de la prostate. Ces affections provoquent des symptômes gênants pour le chien : constipation chronique, cystites, douleurs à la miction ou à la défécation, risque de hernie périnéale. Malgré l’existence de ces pathologies, s’il est facile d’utiliser l’argument santé pour convaincre les propriétaires de l’intérêt de la stérilisation d’une chienne, il faut reconnaître que ce n’est objectivement pas le cas pour la castration d’un chien.

L’argument comportemental domine

Le principal inconvénient du chien entier demeure son comportement. Pénibles lorsqu’ils sentent une femelle en chaleur, les chiens entiers sont plus souvent dominants, ce qui peut poser problème dans les relations avec la famille, en particulier lorsqu’il y a de jeunes enfants. De plus, les chiens entiers ont tendance à faire du marquage urinaire, à l’intérieur comme à l’extérieur, chez leurs propriétaires ou dans tout nouveau milieu (chez le vétérinaire, dans la maison de vacances, dans la famille). Ce comportement est généralement mal perçu : parfois les propriétaires ne sont plus invités nulle part ou le sont sans leur chien… C’est un bon argument à utiliser pour convaincre de l’intérêt de la stérilisation !

Contraception provisoire

La castration chimique provisoire du chien est possible. Depuis quelques années, les vétérinaires disposent d’un implant contraceptif qui va annuler la spermatogenèse. Le dispositif est placé en région sous-cutanée et en zone interscapulaire, son effet durant entre 6 et 12 mois selon le dosage choisi. Son intérêt, outre le réel besoin d’une stérilisation provisoire (pour un élevage, par exemple), réside dans le fait qu’il révèle aux propriétaires l’utilité de castrer leur animal. Témoins des changements bénéfiques du comportement de leur chien, ils choisissent généralement ensuite de réaliser une chirurgie définitive.

Stérilisation définitive

La castration correspond à l’exérèse chirurgicale des deux testicules. Il est possible de stériliser un chien à tout moment et à tout âge. Les meilleurs résultats comportementaux sont cependant obtenus sur les animaux prépubères.

Comme chez le chat, un bilan sanguin préopératoire est recommandé. L’intervention est ensuite relativement rapide (encadré ci-dessous).

Comme dans l’espèce féline, la prise de poids est l’effet secondaire le plus redouté par les propriétaires. Il est donc recommandé d’être particulièrement attentif à l’alimentation du chien castré, en mesurant les doses ou en donnant un aliment spécifique. Le risque de calculs urinaires est moindre que chez le chat, mais il existe. Là encore, l’alimentation est la solution !

La cryptorchidie

Il peut arriver que l’un des testicules ou, plus rarement, les deux ne soient pas positionnés dans les bourses lorsque l’animal est amené pour sa castration. Cela arrive plus fréquemment chez le chien que chez le chat. Dans ce cas, les testicules peuvent se situer sous la peau, dans l’anneau inguinal ou en position intra-abdominale. Il faut le ou les localiser, afin d’en pratiquer l’exérèse, car ces testicules dits ectopiques présentent un grand risque de cancérisation.

Déroulement d’une castration de chien

Les principales étapes de la castration chirurgicale du chien sont les suivantes :

• examen clinique de l’animal ;

• prise de sang pour le bilan préopératoire s’il n’a pas été fait ;

• anesthésie (fixe ou gazeuse) et pose d’un cathéter ;

• préparation : tonte chirurgicale de la zone à opérer, administration d’antalgiques ;

• installation en salle de chirurgie et mise en place d’une perfusion et du monitoring cardio-pulmonaire. Asepsie soigneuse du champ opératoire ;

• temps opératoire : incision de la peau au bistouri, dissection de la graisse sous-cutanée aux ciseaux ronds. Extériorisation du testicule gauche, mise en place d’une ligature transfixiante autour du vaisseau et de l’épididyme, exérèse du testicule. Suture de la vaginale par un surjet simple.

Vérification de l’hémostase. Même procédure du côté droit ;

• suture : surjet sous-cutané en U, pose d’agrafes, mise en place d’un pansement en spray ;

• temps postopératoire : installation de l’animal au chenil pour la phase de réveil sous surveillance.

Maine coon non castré : noter l’aspect très rond de la face, qui disparaît après la castration.

La castration s’effectue idéalement avant l’âge pubère (6 mois chez le chat).

Épilation préopératoire des bourses, et incision de la peau du testicule.

Épilation préopératoire des bourses, et incision de la peau du testicule.

Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité