Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1651 du 01/11/2015
 

Dossier

Élodie Goffart

Docteur vétérinaire, praticienne dans l’Essonne.

La stérilisation chirurgicale d’une chienne ou d’une chatte a d’abord pour objectif d’éviter les comportements sexuels et les portées indésirables. Elle est idéalement précoce, avant les premières chaleurs.

Depuis une vingtaine d’années, la stérilisation des femelles carnivores domestiques (chattes ou chiennes) est vraiment rentrée dans les mœurs dans notre pays. Ovariectomie ou ovario-hystérectomie sont des interventions maintenant connues de la plupart des propriétaires. Cependant, ces chirurgies présentent des indications, des contre-indications et d’éventuelles complications utiles à connaître afin de conseiller au mieux l’adoptant d’un chiot ou d’un chaton femelle. Ces conseils dépendent de la position adoptée par la clinique vétérinaire en la matière, notamment concernant l’âge auquel proposer l’intervention, et la technique chirurgicale préférée.

Éviter le désagrément des chaleurs de sa chienne

En l’absence de contraception, la chienne présente une activité sexuelle qui est source de bien des désagréments pour les propriétaires. À partir de 6 à 10 mois, suivant le gabarit de l’animal, les chaleurs apparaissent tous les 6 mois et durent environ 3 semaines, associées à des pertes de sang et à un changement de comportement de la chienne, ainsi que des chiens des voisins ! Dès le début des chaleurs, en effet, la chienne attire les mâles (encadré ci-dessous).

L’une des caractéristiques remarquables dans cette espèce est aussi l’imprégnation hormonale de progestérone pendant 2 mois après l’ovulation, qu’il y ait ou non gestation. Cette particularité présente deux conséquences. La première est qu’il n’est pas possible de savoir si une chienne est pleine ou non en réalisant un dosage de progestérone (comme les médecins le font chez la femme, par exemple). Un diagnostic précoce de gestation par ce biais ne peut donc pas être proposé, alors qu’il serait très intéressant pour les éleveurs (la saillie a-t-elle été utile ou non ?), comme pour les particuliers dont la chienne a fugué ou “fauté” pendant ses chaleurs (est-elle pleine ?). Deuxième conséquence, lors de la chute de progestérone, la chienne non gestante est susceptible de présenter une arrivée de lait dans les mamelles, sécrétion inutile puisqu’il n’y a pas de petits à nourrir ! Ce phénomène est nommé lactation de pseudogestation, communément appelée “grossesse nerveuse” par les propriétaires.

Par ailleurs, à partir de 2016, la vente des chiots (et des chatons) par un particulier devient interdite. Seul leur cession à titre gratuit reste autorisée. Un autre argument en faveur de la stérilisation de l’animal.

Ovariectomie ou ovario-hystérectomie ?

En médecine vétérinaire, tout (ou presque) a été tenté depuis ces 50 dernières années, avec plus ou moins de succès, pour éviter les désagréments liés à l’activité sexuelle de la chienne : traitements hormonaux (maintenant plutôt déconseillés, sauf ponctuellement, en raison du risque important d’infections de l’utérus qu’ils engendrent), hystérectomies seules (en laissant les ovaires en place), ligature des trompes, stérilisation après les premières chaleurs, etc.

Le consensus actuel tend à préconiser une stérilisation chirurgicale, le plus tôt possible, idéalement avant les premières chaleurs.

Cette stérilisation est une opération chirurgicale qui consiste à réaliser l’ablation des ovaires (ovariectomie) ou des ovaires et de l’utérus (ovario-hystérectomie). Chez les chiennes jeunes et en bonne santé, les vétérinaires français pratiquent généralement une ovariectomie simple. L’utérus est laissé en place. Il ne sert plus à rien mais il ne fonctionnera pas, en l’absence des hormones sexuelles normalement sécrétées par les ovaires. Dans les pays anglo-saxons, les habitudes sont différentes. Les vétérinaires pratiquent quasiment systématiquement une ovario-hystérectomie, quel que soit l’âge de l’animal.

La contraception n’est pas la seule indication

La stérilisation chirurgicale de la chienne supprime définitivement les manifestations sexuelles désagréables pour le propriétaire. Mais elle écarte aussi le risque d’affections hormonales (kystes aux ovaires), les lactations de pseudogestation (qui augmentent le risque de tumeur mammaire), les infections de l’utérus (métrite, pyomètre). Et surtout, si elle est réalisée précocement (avant les premières chaleurs), elle réduit à quasiment zéro le risque de tumeurs mammaires qui touchent environ une chienne non stérilisée sur quatre.

La stérilisation est ainsi une intervention qui permet d’améliorer l’espérance et la qualité de vie de la chienne. Les assurances animalières ne s’y sont pas trompées. Elles ne remboursent pas l’intervention, mais en tiennent compte dans le calcul de la cotisation mensuelle demandée. Celle-ci est généralement moindre chez les femelles stérilisées, en raison des économies de frais vétérinaires ultérieurs sur ces animaux.

Inversement, il n’existe pas de réelle contre-indication à la stérilisation chez la chienne. Toutefois, il n’est pas conseillé d’opérer l’animal pendant ses chaleurs ni durant la gestation, car le risque d’hémorragie chirurgicale est alors plus élevé. En outre, les vétérinaires ne sont souvent pas favorables à une stérilisation pour les chiennes obèses, en raison du risque anesthésique et chirurgical plus important, ainsi que de la difficulté à réaliser une hémostase de qualité sur le pédicule ovarien.

Seul vrai effet secondaire : l’incontinence

Durant la chirurgie, les complications possibles d’une stérilisation sont classiques : hémorragie, infection, déhiscence de la plaie. Mais cette intervention étant réalisée en routine dans la plupart des cabinets et des cliniques, les praticiens la maîtrisent bien et les complications restent rares.

Contrairement aux idées reçues, les chiennes stérilisées ne sont pas plus petites que les autres. Au contraire ! En effet, l’absence d’hormones sexuelles retarde l’ossification des cartilages de croissance et les chiennes grandissent donc un peu plus longtemps.

L’effet secondaire le plus redouté par les propriétaires est la prise de poids. Mais il dépend de la situation : soit la chienne est stérilisée jeune, et il n’y aura pas de problème de poids particulier, soit à l’âge adulte, et là, effectivement, l’opération aura un impact sur le métabolisme. Une augmentation du poids, d’environ 10 %, est à craindre. Elle peut être évitée, grâce aux progrès de la nutrition et à la commercialisation de gammes d’aliments spécifiques pour les femelles stérilisées.

Un autre risque est celui d’une incontinence urinaire dite “de castration”. Ce risque est d’autant plus grand que la chienne est jeune, de grand format, et que l’opération réalisée est une ovario-hystérectomie. Une incontinence vraie peut survenir. Dans ce cas, la vessie se vide lentement et involontairement, sans que la chienne se mette en position pour uriner. Les pays anglo-saxons, qui réalisent beaucoup d’hystérectomies, sont familiers de ce problème. Il est moins important en France où la prévalence de cette incontinence est estimée à moins de 5 % des chiennes stérilisées. Heureusement, il existe maintenant des traitements efficaces et non toxiques pour remédier à cet inconvénient qui, s’il n’est pas médicalement grave, est mal vécu par les propriétaires.

Enfin, des études américaines récentes tendraient à démontrer que le risque de certains cancers (mastocytomes en particulier) serait plus élevé dans les populations de chiennes stérilisées, notamment dans certaines races (retrievers). Néanmoins, dans l’état actuel des connaissances et en attendant de plus amples évaluations, le rapport bénéfice/risque reste clairement en faveur de la stérilisation.

Stérilisation précoce chez la chatte aussi

S’agissant de l’espèce féline, la “contraception” a longtemps consisté à se débarrasser brutalement des chatons nouveau-nés ! Plus tard, cette méthode a été remplacée par l’administration de la pilule pour chatte. D’utilisation facile (un comprimé à donner tous les 15 jours), cette technique présente l’inconvénient de favoriser les infections génitales (pyomètre) à long terme. Elle doit être utilisée, si nécessaire, pendant un temps court de la vie de l’animal.

D’autres méthodes, comme l’utilisation d’implants hormonaux (mélatonine ou autres), sont choisies par les éleveurs qui ne souhaitent pas enchaîner les portées. Cependant, lorsque le propriétaire sait qu’il ne veut définitivement pas de chatons, la solution idéale est la stérilisation précoce, avant les premières chaleurs.

Une gestation à tous les coups

La maturité sexuelle de la chatte survient aux environs de 6 mois. Mais de fortes disparités selon les races sont observées. Le mois de naissance intervient également. En effet, chez les chattes, il existe une saison des chaleurs, qui s’étend généralement, sous nos latitudes, de février à novembre, et pendant laquelle des cycles successifs de 21 jours s’enchaînent. La chatte présente très peu de modifications de l’appareil génital externe au cours du cycle, au contraire de la chienne. Les seuls changements visibles sont comportementaux (encadré haut de la page 10).

Dans l’espèce féline, l’ovulation est provoquée par le coït. L’ovulation ainsi provoquée favorise la fécondation, qui est assurée, sauf si l’un des deux chats est stérile. Cette spécificité explique la prolificité des chattes. En une année, une femelle peut avoir deux ou trois portées, de deux à cinq chatons à chaque fois. La stérilisation est une solution pour l’éviter.

Prévention des tumeurs mammaires

Comme pour la chienne, la stérilisation de la chatte permet de supprimer définitivement les manifestations sexuelles désagréables pour le propriétaire (miaulements nocturnes), d’éviter l’afflux de chatons non désirés et de prévenir le risque d’affections hormonales et de tumeurs mammaires. Celles-ci sont beaucoup plus rares dans l’espèce féline que canine. Cependant, elles sont presque systématiquement malignes, et donc de mauvais pronostic.

Cette chirurgie est courante et courte. Elle se déroule sans complication si la femelle est en bonne santé. Le vétérinaire peut stériliser une chatte à tout moment, même si, évidemment, il n’est pas plaisant d’intervenir sur une femelle pleine… Sauf pathologie nécessitant son exérèse ou, justement, si la chatte est gestante, l’utérus est laissé en place : le vétérinaire réalise une ovariectomie simple (encadré ci-dessous).

Après l’opération, l’animal va avoir tendance à grossir. Son abdomen va se distendre un peu, mais le préjudice est uniquement esthétique. La prévalence des calculs urinaires augmente légèrement chez la femelle stérilisée. Là encore, la distribution d’aliments spécifiques permet de limiter ce risque urinaire, ainsi que la prise de poids.

Le cycle sexuel de la chienne

Chez la chienne, les chaleurs se découpent en plusieurs périodes.

Le pro-œstrus (début des chaleurs) dure en moyenne 9 jours. Pendant cette période, la chienne attire les mâles mais n’accepte pas l’accouplement. Physiquement, elle présente une vulve œdématiée et des pertes vulvaires séro-sanguinolentes souvent abondantes.

L’œstrus (9 jours en moyenne) est le moment où la chienne ovule et peut être fécondée. Les ovules émis ne sont fécondables que 2 à 3 jours après l’ovulation (lorsque leur maturation est terminée).

Le diœstrus, qui dure entre 57 et 65 jours, correspond à la sécrétion de progestérone par le corps jaune (reste du follicule après émission de l’ovule). C’est aussi le temps de la gestation si la chienne héberge des fœtus.

- Enfin, l’anœstrus est la phase de mise au repos de l’appareil génital entre deux périodes de chaleurs.

Le cycle sexuel de la chatte

Le pro-œstrus dure 1 jour ou 2. Le comportement de la chatte se modifie : elle miaule beaucoup (nuit et jour), se roule sur le dos, devient plus câline, dévie la queue en se plaçant en position de lordose (dos courbé) lorsqu’on lui gratte le dos ou la zone périnéale, et piétine.

L’œstrus correspond à la phase de maturation des follicules ovariens avec synthèse d’œstrogènes. Il dure en moyenne 6 à 10 jours. Pendant cette période, la chatte accepte l’accouplement, qui déclenche l’ovulation et favorise ainsi la fécondation. Une gestation, d’environ 2 mois, débute.

L’interœstrus, d’une durée moyenne de 2 semaines, est la phase d’inactivité sexuelle entre deux cycles sans ovulation (lorsque la chatte n’a pas rencontré de mâle).

L’anœstrus, période de repos sexuel entre deux saisons sexuelles, s’étend en moyenne de fin octobre à fin janvier.

Déroulement d’une ovariectomie par la ligne blanche

Les principales étapes d’une ovariectomie par la ligne blanche (au milieu de l’abdomen) sont les suivantes :

Examen clinique de l’animal et bilan sanguin préopératoire.

Anesthésie (fixe ou gazeuse) et pose d’un cathéter veineux. Administration d’antidouleurs (parfois d’antibiotiques selon le contexte médical).

Tonte et préparation chirurgicale de la zone à opérer.

Installation en salle de chirurgie. Mise en place de la perfusion et du monitoring cardio-pulmonaire. Asepsie soigneuse du champ opératoire.

Temps opératoires : ouverture de la peau au bistouri, dissection de la graisse sous-cutanée aux ciseaux ronds, puis ouverture de la paroi abdominale au bistouri, sur la ligne blanche.

Visualisation de l’appareil génital afin de voir si l’utérus est sain. Extériorisation de l’ovaire au crochet, mise en place de ligatures (fil résorbable) côté corne utérine, puis côté pédicule ovarien. Exérèse de l’ovaire. Vérification de l’hémostase. Même chose de l’autre côté.

Suture : comptage des compresses puis suture abdominale en X au fil résorbable, surjet sous-cutané au fil résorbable, suture cutanée (agrafes, fils irrésorbables, colle biologique selon les vétérinaires).

Mise en place d’un pansement et/ou d’une collerette selon les cliniques.

Temps postopératoire : installation de l’animal au chenil pour la phase de réveil sous surveillance.

Chez la chienne, la présence d’un pédicule ovarien graisseux rend la visualisation de l’ovaire plus complexe, surtout sur une chienne adulte et obèse. Ce problème n’existe pas chez la chatte.

Certains vétérinaires préfèrent opérer par les flancs, dans l’une ou l’autre espèce. L’avantage est la visualisation rapide des ovaires par cette approche.

L’inconvénient est que si l’utérus doit être retiré, il est nécessaire de repositionner l’animal en décubitus dorsal pour intervenir par la ligne blanche et en pratiquer l’exérèse. De plus, esthétiquement, la présence de carrés de peau rasée sur les flancs n’est pas forcément appréciée par les propriétaires, car la repousse peut être longue.

Extériorisation de l’ovaire chez une chatte.

Chienne staffordshire bull-terrier de 6 mois : l’âge idéal pour la stérilisation.

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité