Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1632 du 01/05/2015

GUIDE PRATIQUE

Formation

Julien Goin

Docteur vétérinaire, praticien
dans le Loiret, ancien assistant
hospitalier des cliniques pour
animaux d’espèces inhabituelles
à Oniris.

Le furet est devenu un animal de compagnie à part entière. C’est un carnivore domestique au même titre que le chien et le chat. Son alimentation, sa vaccination et ses traitements antiparasitaires présentent ainsi de nombreuses similitudes avec ces espèces.

Le furet fait partie de la famille des mustélidés, qui regroupe de petits animaux carnivores au corps allongé, aux membres courts et aux glandes anales odoriférantes : belette, blaireau, fouine, hermine, loutre, vison… Le furet (Mustela putorius furo) est la forme domestique du putois (Mustela putorius putorius). Il a été initialement domestiqué pour la chasse, puis pour sa fourrure et comme animal de laboratoire, avant de faire partie des nouveaux animaux de compagnie (NAC).

Un animal sociable

À la différence du putois, le furet est un animal social du fait de la sélection réalisée pendant sa domestication. La présence d’un ou de plusieurs congénères est fortement conseillée, de préférence précocement durant la vie de l’animal. En effet, un furet âgé qui a toujours vécu seul aura plus de mal à accepter de la compagnie. Avant l’introduction d’un nouveau furet dans un groupe ou dans un élevage, une période de quarantaine et un traitement antiparasitaire interne et externe doivent être réalisés. Des tests de dépistage par polymerase chain reaction (PCR) de certaines maladies virales (coronavirose, maladie aléoutienne) sont également disponibles. Le furet accepte aussi, le plus souvent, la cohabitation avec le chien et le chat.

Sa longévité moyenne est de 7 à 9 ans.

Le logement

Le furet alterne entre des phases de sommeil profond (12 à 18 heures par jour) et des phases d’activité et d’exploration prononcées. Le lieu de vie de l’animal doit être composé d’un espace de repos et d’un autre pour l’exercice et le jeu.

L’espace de repos représente un cadre de vie intime, dans lequel le furet pourra se retirer pour dormir, être tranquille et être placé lors de l’absence de son propriétaire. Cette zone est classiquement représentée par une cage, de dimensions minimales 100 x 50 x 50 cm pour un individu. L’intérieur est enrichi par la présence d’étages, de tuyaux en PVC, ainsi que de hamacs, de couvertures et de serviettes, qui serviront de lieu de couchage et seront lavées une fois par semaine au minimum. Une litière rectangulaire ou en bac d’angle, nettoyée quotidiennement et désinfectée une fois par semaine, complète cet équipement (photo 1).

L’espace d’exercice et de jeu permet à l’animal de se dépenser physiquement au moins deux à quatre heures par jour. Il est classiquement constitué d’une ou plusieurs pièces sécurisées. En effet, de par son caractère explorateur et son absence de notion de vide, le furet est prédisposé aux accidents domestiques : défenestration, chute d’un meuble, brûlure à la suite du mâchonnement d’un fil électrique (photo 2), écrasement par les portes ou les canapés pliants. Le furet affectionne les espaces étroits, qu’il explore et où il stocke des réserves de nourriture ou de petits objets (dans la nature, le putois est terricole et chasse les lapins et les rongeurs dans leurs terriers). Il aime également terrasser les plantes en pot et l’intérieur en mousse des canapés et des fauteuils. Le propriétaire peut lui fournir, pour jouer, des sacs ou des boîtes garnies de serviettes ou de vieux vêtements, des tuyaux en PVC, des balles de ping-pong, etc. En revanche, les objets et les jouets en mousse, en caoutchouc et en plastique mou doivent être évités car le furet a tendance à les ingérer, ce qui peut conduire à une occlusion digestive potentiellement mortelle (photo 3). Des litières multiples sont conseillées, compte tenu des habitudes du furet : il peut faire ses besoins à différents endroits, sa propreté étant moins parfaite que celle du chat à cet égard. Les sorties en extérieur, à l’aide d’un harnais et d’une laisse, sont profitables.

L’élevage en enclos extérieur est également possible. Il concerne surtout les particuliers qui possèdent des furets utilisés pour la chasse. En effet, le rythme biologique et métabolique de ces animaux est fortement dépendant de la photopériode, et l’exposition à une lumière artificielle trop longue à l’année chez les furets élevés en intérieur est un facteur favorisant l’apparition de la maladie surrénalienne (comme expliqué plus loin).

L’alimentation

Le furet est un carnivore strict, aux besoins énergétiques élevés (200 à 300 kcal/kg de poids vif/jour), qui nécessite un apport important en protéines animales (35 à 40 % issues du muscle) et en matières grasses (20 à 30 %), mais limité en protéines végétales, en glucides et en fibres. L’alimentation (croquettes, ration alimentaire ou proies entières, telles que des poussins) doit être distribuée en libre-service, en raison des besoins énergétiques élevés et du transit digestif rapide (3 à 4 heures), qui se traduisent par la prise de 7 à 9 petits repas par jour1.

Le furet est un animal routinier, dont les préférences alimentaires sont adoptées en bonne partie au moment du sevrage.

L’eau doit être propre, fraîche, distribuée dans une gamelle stable et renouvelée quotidiennement.

Les vaccins

La vaccination concerne deux maladies virales : la maladie de Carré et la rage. Ces affections sont mortelles et il n’existe aucun traitement spécifique. Vacciner est donc la seule protection efficace (photo 4).

La vaccination contre la maladie de Carré est indispensable, même si l’animal n’a pas accès à l’extérieur, car la contamination peut s’effectuer via le chien de la maison ou, indirectement, par des objets souillés (chaussures, vêtements). La primovaccination est réalisée entre 6 et 8 semaines, avec un rappel à 3 mois, puis un rappel annuel qui est l’occasion de faire un bilan de santé complet.

La vaccination contre la rage est obligatoire en cas de voyage à l’étranger. Elle est également parfois demandée dans les rassemblements d’animaux (pension, exposition). Comme chez le chien et le chat, elle n’est reconnue valide qu’à partir de 3 semaines après la primovaccination, et uniquement si l’animal est identifié et dispose d’un passeport pour carnivores domestiques. La primovaccination est pratiquée à partir de 3 mois par une injection seule, puis un rappel annuel est réalisé.

La stérilisation

La stérilisation du furet est conseillée pour les deux sexes vers 5 à 6 mois, âge moyen de la puberté. Elle est d’abord indiquée pour des raisons de convenance : maîtrise de la reproduction (éviter les portées tout en permettant au furet de vivre en groupe) et diminution de la forte odeur corporelle secondaire aux sécrétions des glandes sébacées (notamment chez le mâle). Elle est indispensable chez la femelle non reproductrice. En effet, la furette reste en chaleur tant qu’elle n’est pas saillie, ce qui conduit, à long terme, à un hyperœstrogénisme responsable d’une aplasie médullaire. Sous l’effet de l’excès d’œstrogènes, la moelle osseuse ne produit plus de globules rouges, entraînant l’apparition d’une anémie arégénérative mortelle. Toutefois, la stérilisation chirurgicale du furet, mâle comme femelle, est un facteur favorisant l’apparition de la maladie surrénalienne. En effet, elle entraîne la suppression des hormones sexuelles, donc leur rétrocontrôle sur l’axe hypothalamo-hypophysaire. En conséquence, une surproduction d’hormones hypophysaires (FSH et LH) a lieu, qui dérègle le fonctionnement des glandes surrénales de l’animal. Ce dérèglement conduit à la maladie surrénalienne, potentiellement mortelle.

La stérilisation chimique est donc recommandée. Chez le mâle comme chez la femelle, elle est effectuée par la pose d’un implant de desloréline, qui peut être utilisé en période d’anœstrus, au moment des chaleurs ou du rut, ou même avant la puberté, vers 4 à 5 mois. L’implant est injecté par voie sous-cutanée en région interscapulaire (photo 5). Une anesthésie gazeuse flash au masque est souvent utile lors de l’intervention. Pendant les 10 à 15 jours qui suivent, l’odeur forte et les signes sexuels augmentent, avant de disparaître. Les implants les moins dosés (4,7 mg) ont une action d’environ 1 à 2 ans. L’implant est biocompatible et se résorbe presque complètement au cours du temps. Il n’est donc pas nécessaire de l’enlever au terme de son activité. L’opération peut être réitérée dès les signes de retour en chaleur ou en rut.

Entretien du pelage et des griffes

À l’état naturel, le putois se déplace sur des sols abrasifs et explore les terriers de lapins et de rongeurs à la recherche de proies à consommer. Ce comportement est difficilement reproductible en captivité. Il est donc nécessaire de couper régulièrement les griffes, une à deux fois par mois environ. Le matériel et la technique sont identiques à ceux des carnivores domestiques : utiliser un petit coupe-griffes pour chat et visualiser la vascularisation située à la base de la griffe (qui ne doit pas être coupée sous peine de douleur et de saignement).

Le furet se toilette régulièrement. Un bain trimestriel suffit donc généralement (un bain mensuel est un maximum), complété ponctuellement en cas de salissure (promenade à l’extérieur, etc.). Le propriétaire peut utiliser un shampooing physiologique pour carnivores domestiques. Le brossage régulier du pelage évite la formation de bourres de poils et de trichobézoars chez les furets à poils longs (angora, semi-angora).

L’odeur forte de l’animal provient essentiellement de la sécrétion des glandes sébacées, et la stérilisation est le meilleur moyen d’entraîner sa diminution. Le retrait chirurgical des glandes anales est interdit comme intervention de convenance en France et inutile pour diminuer l’odeur corporelle, car celles-ci ne sont finalement vidangées qu’en cas de stress important.

Soin des oreilles et des dents

Le cérumen du furet est naturellement brun foncé. Cette espèce est très sensible à la gale auriculaire à Otodectes cynotis, qui affecte également le chien et le chat (photo 6). L’entretien des oreilles est réalisé une à deux fois par mois à l’aide d’un produit d’hygiène auriculaire pour chien ou chat. Une petite pression est administrée dans chaque oreille, puis la base du pavillon est massée. Laisser ensuite le furet se secouer pour faire remonter l’excédent de cérumen, qui sera éliminé à l’aide d’un petit coton. Le furet apprécie peu ce type de soins : il est donc utile de mettre des vêtements à l’épreuve des tâches.

L’entretien des dents est théoriquement assuré par un brossage régulier à l’aide d’une petite brosse ou d’un doigtier, mais la tolérance du furet est, dans ce cas encore, moins importante que celle du chien, et la petitesse de la cavité buccale rend cet acte plus difficile. Le tartre dentaire et la maladie parodontale concernent également cette espèce. La réalisation d’un détartrage-polissage par un vétérinaire, sous anesthésie générale et intubation trachéale, associée à une antibiothérapie systémique, est alors nécessaire (photo 7).

Traitements antiparasitaires

Le furet est sensible aux puces du chien et du chat et davantage encore à la gale auriculaire. Il peut également être porteur de parasites internes (vers, coccidies).

Les protocoles et les posologies des antiparasitaires sont identiques à ceux des félins. Les traitements antiparasitaires externes sont administrés mensuellement avec des pipettes. La vermifugation est réalisée tous les 3 mois.

  • 1 Pour plus de détails, se reporter à l’article sur l’alimentation du furet du supplément ASV n° 75 de janvier 2014, pages 16 à 18.

L’identification du furet

Cette formalité est rendue obligatoire par la loi, avant toute cession d’un animal. L’identification de l’animal est réalisée par l’implantation d’un transpondeur électronique au niveau de la gouttière jugulaire gauche, soit en face latérale gauche du cou, selon la même technique que chez le chien et le chat.

Chez le furet adulte, l’épaisseur de la peau et le dynamisme de certains individus rendent parfois utile le recours préalable à une anesthésie gazeuse flash au masque. L’enregistrement de l’identification est réalisé au sein du Fichier national d’identification des carnivores domestiques, géré par la société I-CAD.

Identification d’un furet albinos par pose d’un transpondeur électronique en face latérale gauche du cou, sous anesthésie gazeuse au masque.

Exemple de cage à étages de grandes dimensions adaptée au furet.

Ce furet a subi une électrocution en mordant un fil électrique et a conservé comme séquelle une fistule palatine.

3. Les corps étrangers digestifs sont fréquents chez le furet et nécessitent leur retrait chirurgical.Flèche : aspect chirurgical d’un corps étranger duodénal. Exemples de corps étrangers : joint de porte-fenêtre (A), morceau de balle en caoutchouc (B), grain de maïs ©.

4. La vaccination s’effectue par injection sous-cutanée. L’attention de ce fureton de 2 mois est ici détournée par l’administration concomitante d’une pâte appétente.

5. La stérilisation chimique par pose d’un implant hormonal sous-cutané est le mode de stérilisation recommandé chez le furet.

La gale auriculaire à Otodectes cytonis est fréquente chez le furet.

Le détartrage est réalisé sous anesthésie générale avec un équipement identique à celui utilisé chez le chien et le chat.

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