Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1627 du 01/04/2015
 

ASV

QUESTIONS-RÉPONSES

Formation

Pierre Leveillard

Docteur vétérinaire,
ancien chargé de cours au
Groupement d’intérêt public
santé animale (Gipsa).

Les professionnels connaissent par tradition le régime alimentaire normal du cheval. Mais ils se trouvent souvent en difficulté lorsqu’il s’agit de le modifier en fonction de l’état de l’animal ou de certaines maladies. Les plus grosses fautes sont souvent commises par des amateurs débutants qui ne connaissent ni les règles ni la physiologie de l’alimentation du cheval.

Le cheval est un herbivore non ruminant pourvu d’un estomac assez petit qui l’oblige à manger par repas fractionnés sur de longues périodes dans la journée (jusqu’à deux tiers de son temps, le reste étant consacré au repos et aux déplacements). À l’état sauvage, il vit sur des prairies couvertes d’herbe et se déplace en fonction des saisons pour chercher la plus grande abondance. Il est toutefois capable de valoriser des pâturages pauvres par une grande activité et une grande précision dans la préhension des aliments.

Dans les pays civilisés, les chevaux domestiques vivent au pré, dans des paddocks de sable ou de terre, ou encore, le plus souvent, au box. Ils ne choisissent pas leur alimentation et sont contraints de manger ce que l’homme leur fournit.

Le vétérinaire étant le référent santé en matière de cheval, il est normal de pouvoir renseigner les propriétaires sur l’alimentation de cet animal et surtout sur les maladies directement liées. La série de questions-réponses qui suit contribuera à faciliter cette démarche.

Mon voisin me propose de verser par-dessus la clôture les résidus de tonte de son gazon. Comme les chevaux n’ont pas beaucoup d’herbe en ce moment et qu’ils ont l’air d’adorer, je me proposais d’accepter. Qu’en pensez-vous ?

Donner les résidus de tonte est une pratique très dangereuse. En effet, le cheval ne doit pas consommer d’herbes hachées très court comme celles qui sortent du bac de la tondeuse, mais des fibres longues, qu’il devra mastiquer assidûment. Sinon, le risque majeur est une consommation trop rapide, sans mastication suffisante et un défaut d’imprégnation salivaire. Il peut se former, à l’intérieur de l’œsophage, un bouchon que le cheval ressent bien mais qui, souvent, ne le décourage pas de continuer à manger. Ce comportement aboutit à une véritable obstruction massive.

Les suites sont parfois dramatiques. Malgré l’intervention du vétérinaire, de graves complications peuvent survenir : fausses déglutitions, ulcération œsophagienne, mort de l’animal (plus rarement). Cet accident peut se produire dans d’autres circonstances, avec d’autres aliments, mais il est préférable de ne pas adopter une conduite présentant des risques majeurs.

Je me suis laissé manquer de foin. Je ne serai livré que la semaine prochaine. Pensez-vous que je peux remplacer le foin par une quantité équivalente d’avoine ou de granulés concentrés sans risque pour mon cheval ?

Absolument pas. Le régime de base du cheval est constitué de foin ou d’herbe, dont il a un besoin impératif. Il serait beaucoup moins dangereux de le priver de foin que de lui donner des concentrés. Cette espèce doit consommer une quantité importante de cellulose et de fibres longues. Et elle est très sensible aux excès de glucides contenus dans les concentrés.

La cellulose et les fibres réalisent un balayage intestinal. Elles favorisent une digestion efficace, en stimulant la motricité intestinale, conforme à la physiologie digestive normale. En outre, le cheval recherche une sensation de satiété, c’est-à-dire de remplissage abdominal. Les concentrés ne la lui procurent pas et l’animal va chercher à compléter sa ration en mangeant de la terre, du bois ou n’importe quelle substance non alimentaire pour remplir son intestin.

Le rôle comportemental n’est pas non plus négligeable. Le temps passé à la consommation des aliments est aussi très important. Le cheval met presque une heure à manger 1 kg de foin, alors qu’il consomme les concentrés cinq à dix fois plus vite. L’animal consacrera un tiers de son temps à manger une dizaine de kilos de foin par jour, mais il lui faudra moins d’une demi-heure pour manger ses concentrés. Que faire le reste du temps ?

Ici, se procurer du foin (ou de la luzerne) constitue donc une véritable urgence afin de garder l’animal en bonne santé. Tout retard, ne serait-ce que d’une journée, peut avoir des conséquences graves.

J’ai un poney qui grossit beaucoup, surtout au printemps. Cela représente-t-il un danger pour sa santé ?

Bien sûr. Le surpoids est le risque majeur dans cette catégorie de chevaux. En effet, au printemps, la pousse de l’herbe constitue un apport nutritif important et vient s’ajouter à la ration qui était distribuée en hiver. Le poney se trouve donc suralimenté. Il l’est même parfois si l’herbe est très abondante et de bonne qualité, sans apport alimentaire complémentaire. L’une des conséquences les plus graves est l’apparition brutale d’une fourbure. Cette affection se caractérise par une grande douleur au niveau des sabots, souvent antérieurs mais parfois aussi postérieurs. Le poney ne peut plus marcher. Il transpire beaucoup car il souffre et le propriétaire croit souvent qu’il a « mal au dos ». Pour prévenir l’apparition de cette affection, qui peut parfois conduire à la mort tant les conséquences sont dramatiques, il est nécessaire de mettre le poney au régime, restreindre l’accès à l’herbe de la prairie et diminuer de façon très importante la ration journalière. L’ASV pourra proposer plusieurs solutions pratiques : une diminution de la ration, une limitation du temps de mise à la prairie, le port d’un panier muselière pour ralentir la consommation d’herbe, l’installation d’une clôture électrique mobile pour diminuer la surface d’accès et ne fournir que quelques mètres carrés d’herbage par jour. Le broyage préalable de la prairie représente aussi une solution, mais sa gestion est un peu plus délicate car il faut ramasser les résidus rendus trop courts pour constituer un aliment sans danger (voir la première question).

Il convient aussi de rappeler que le cheval, contrairement aux carnivores, ne saurait être soumis à une diète hydrique complète plus de 12 heures, au risque de voir s’enclencher un phénomène gravissime appelé hyperlipémie.

Mon poulain mange les crottins de sa mère, c’est dégoûtant vous ne trouvez pas ? Et en plus il risque d’attraper des maladies, comme des parasites digestifs, non ?

Pas du tout. Il s’agit là d’un comportement normal et physiologique. En effet, le poulain a besoin d’ensemencer son tube digestif avec les bactéries qui digèrent notamment la cellulose. Celles-ci sont en très grand nombre dans le tractus digestif de la jument, mais n’existent pas à la naissance dans celui du foal. Le régime lacté exclusif ne permet pas leur installation au tout début de la vie. Il faut donc que le poulain ensemence son tube digestif avec ces micro-organismes, qui seront absolument nécessaires à sa vie d’adulte.

Le risque de transmission parasitaire est quasi nul car les poulains mangent préférentiellement les crottins très frais. Les œufs de parasites qui pourraient s’y trouver n’ont pas eu le temps de suivre l’évolution qui permettrait de compléter leur cycle. Ils ne sont donc pas contaminants, en grande majorité. Le risque de transmission de bactéries pathogènes est faible si la jument n’est pas malade. La seule bactérie qui soit redoutable est celle de la rhodococcose. Mais la voie préférentielle de contamination du poulain est la voie respiratoire et non la voie digestive. Laisser le poulain ensemencer son tube digestif avec des bactéries qui l’aideront à digérer la cellulose ne comporte donc pas de risque majeur. En outre, les crottins de la mère sont riches en éléments nutritifs prédigérés. Ils constitueront un apport non négligeable au moment du sevrage, c’est-à-dire du passage d’une alimentation lactée à une alimentation solide, et compléteront la ration du jeune poulain qui n’est pas encore parfaitement apte à digérer tous les éléments contenus dans sa propre ration.

Mon cheval fait régulièrement des coliques. Pensez-vous que l’alimentation puisse être à l’origine de ces troubles ?

Effectivement, l’origine alimentaire des coliques est fréquemment à suspecter, surtout pour des chevaux nourris artificiellement (apport d’aliments cellulosiques et de concentrés). Ces troubles peuvent aussi être liés à une difficulté dans la prise des aliments ou leur mastication. Une vérification des tables dentaires doit être faite régulièrement, afin de les corriger si nécessaire. Le parasitisme gastro-intestinal est la seconde cause en fréquence, surtout chez les chevaux vivants à l’extérieur (pré ou paddock). Certains comportements anormaux peuvent aussi être à l’origine de ces coliques, comme le tic (déglutition bruyante d’air avec ou sans appui des dents), la consommation volontaire de substances non alimentaires (pica, bois, sable, ficelle, etc.). Il arrive aussi parfois que la cause soit liée à un déséquilibre de la flore intestinale ou à une lésion organique. Le vétérinaire devra donc intervenir pour établir le diagnostic sur l’origine des coliques qui, rappelons-le, ne sont que la manifestation d’une douleur abdominale et ne constituent pas un diagnostic étiologique.

Lorsque mon cheval mange du foin, il tousse. Dois-je supprimer complètement ce fourrage ?

Surtout pas, comme déjà expliqué précédemment. Ici, il existe deux solutions : mettre le cheval au pré en permanence, si cela est possible, ou supprimer la cause de cette allergie (poussière ou champignon), associée au foin, en le remplaçant par de l’herbe fraîche riche en cellulose et en fibres longues que le cheval mangera à volonté s’il n’a pas de problème d’excès de poids. Si cette solution n’est pas envisageable par manque d’herbe ou de surface, il faudra distribuer le foin mouillé. La meilleure méthode consiste à tremper les petits quartiers dans une bassine d’eau. Il est également possible d’arroser le foin, dose journalière par dose journalière. En effet, il ne faut pas le mouiller pour une semaine car cela provoquerait la prolifération de moisissures et une aggravation des symptômes. Une autre solution est de remplacer partiellement la distribution de foin par une alimentation à base de granulés de luzerne qui ne contiennent pas de poussière. Mais cela ne résout pas le problème du temps passé à la consommation (moins de 10 min/kg), ni de la longueur des fibres dont nous avons dit qu’elle était très importante : ce ne peut donc être qu’une substitution partielle.

Lorsque mon cheval est au pré, il mange l’écorce des arbres et attaque les clôtures en bois. Lorsque je le laisse au box, il mange les portes. Je suis obligé de tout protéger…

Il convient avant tout de s’assurer que le cheval dispose de foin ou d’herbe en quantité suffisante, comme indiqué plus haut. Une carence en éléments minéraux (calcium, phosphore) ne peut être totalement exclue : une complémentation pourra être proposée. Malheureusement, ce n’est pas toujours la seule cause de ce défaut comportemental qui gêne beaucoup les propriétaires, peut être imité par les congénères, et est parfois à l’origine d’intoxication végétale (écorce de robinier faux-acacia). Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour l’expliquer. Parfois, il s’agit tout simplement de la traduction d’un phénomène d’inconfort qui s’apparente aux manifestations de stéréotypies. Dans ce cas, une étude de l’environnement du cheval, de ses activités et de ses compagnons de pré devra être effectuée, soit par l’éleveur, soit par le vétérinaire.

L’essentiel à retenir

Par une bonne connaissance des principes généraux de l’alimentation et du comportement alimentaire du cheval, l’auxiliaire vétérinaire pourra démontrer que la clinique possède en la matière une capacité de conseil et une technicité valorisante.

Il pourra contribuer à éviter les accidents graves et souvent irréversibles (bouchons œsophagiens, fourbures, coliques, etc.) en prévenant les comportements à risque des propriétaires inexpérimentés.

Il saura diriger vers une consultation du vétérinaire lorsque celle-ci apparaît nécessaire.

Selon la politique commerciale de l’établissement, il pourra aussi proposer une complémentation minérale et vitaminique adaptée aux différents publics et chevaux.

La vérification des tables dentaires doit être faite régulièrement. Cet animal aura du mal à couper l’herbe de la prairie : il n’a pas d’incisives sur la mâchoire supérieure. Des ulcères des gencives, sans conséquence clinique, sont souvent observés, comme chez ce cheval.

La technique du “fil avant électrifié” permet au grand pur-sang de manger par-dessus et ne laisse que peu d’herbe au poney qui est trop gras.

L’approvisionnement en foin et fibres longues doit être permanent… par tous les moyens et toutes les voies !

Une brouette contenant des résidus de tonte représente un sérieux danger pour le cheval qui les consommerait.

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