Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1622 du 01/03/2015
 

Formation

MÉDECINE CANINE

Élodie Goffart

docteur vétérinaire

CONTEXTE

– Même si elle est rare (moins de 5 % de la population canine), l’épilepsie est une maladie à connaître car les animaux qui en souffrent sont des clients réguliers de la clinique vétérinaire en raison de son caractère incurable et chronique. Il importe de savoir prodiguer les bons conseils lors de crise, car le propriétaire est souvent impressionné par les convulsions de son animal.

L’épilepsie est un motif de consultation fréquent en neurologie chez les chiens, plus rare chez les chats. Il importe de différencier les crises épileptiformes, ponctuelles et généralement provoquées par une cause extérieure, de l’épilepsie au sens strict, qui est une maladie chronique nécessitant un traitement et un suivi adapté. Les auxiliaires vétérinaires sont fréquemment amenés à voir le propriétaire de l’animal épileptique dans le cadre de ce suivi. Il est essentiel de savoir le recevoir, le rassurer, le conseiller, voire lui recommander une consultation lorsque cela apparaît nécessaire.

LES DIVERSES FORMES D’ÉPILEPSIE

L’épilepsie est un syndrome. Elle se définit comme la répétition anormale de manifestations épileptiformes. Celles-ci sont provoquées par une activité électrique anormale au niveau du cerveau : un groupe de cellules de ce dernier, les neurones, déclenche une décharge électrique excessive, rapide et transitoire, au niveau d’une partie ou de la totalité de la substance grise du cerveau. Cette décharge peut être localisée (elle engendre alors une crise dite focale) ou généralisée.

Les symptômes des crises épileptiformes diffèrent selon la zone du cerveau où naît l’activité électrique anormale.

→ L’épilepsie primaire ou essentielle se caractérise par des manifestations épileptiformes récidivantes chez des animaux sains, c’est-à-dire sans maladie suspectée de provoquer des crises et ne présentant pas de lésions cérébrales. Il s’agit donc d’un désordre fonctionnel qui trouve son origine dans le cerveau. Elle apparaît chez des animaux jeunes (moins de 2 ans), sans prédisposition particulière de race, ni de sexe.

→ L’épilepsie secondaire est consécutive à une maladie sous-jacente, qui provoque des symptômes généraux et neurologiques. Elle peut avoir des causes intracrâniennes ou extracrâniennes. Parmi les premières se trouvent les malformations et les tumeurs cérébrales, l’encéphalite virale et les traumatismes crâniens (à la suite d’un accident de la voie publique, par exemple). Les causes extracrâniennes sont les dérèglements métaboliques (hypoglycémie, insuffisance hépatique, hypocalcémie, insuffisance rénale chronique) et les intoxications (tue-limaces, insecticide mal adapté du type perméthrine, plomb).

Tout dysfonctionnement des neurones est susceptible de provoquer une crise épileptiforme chez tous les chiens, chaque animal possédant un seuil de déclenchement de la crise qui lui est propre. Certaines situations physiologiques peuvent ainsi déclencher une crise : la fatigue après un effort intense, un stress positif (joie de retrouver son propriétaire) ou négatif (peur intense), une activité hormonale inhabituelle (période d’œstrus). Des facteurs environnementaux sont également susceptibles de déclencher une crise, tels les orages, le tir de feux d’artifice, la foudre.

Une épilepsie essentielle est évoquée lorsque le seuil est si bas que le chien peut présenter une crise spontanée.

LES SYMPTÔMES DE L’ÉPILEPSIE

Une crise d’épilepsie classique se déroule en trois phases : l’aura (période précédant la crise), la crise elle-même et la phase postcrise.

L’aura dure de quelques minutes à quelques heures. L’animal peut sentir venir la crise et présenter alors des modifications de comportement : fatigue ou au contraire nervosité, phase d’isolement ou de recherche de proximité avec son propriétaire ou ses congénères. La crise en elle-même est focale ou généralisée. La phase postcrise est celle de récupération, qui dure de quelques minutes à quelques heures (rarement davantage). L’animal est le plus souvent épuisé, prostré, désorienté.

→ Lors de crises généralisées, les manifestations cliniques durent habituellement moins de 3 minutes. Cependant, pour le propriétaire qui voit son animal en pleine crise, cela semble terriblement long. Généralement, les convulsions commencent par un raidissement des muscles. L’animal tombe en décubitus, sa tête bascule vers l’arrière et il présente parfois des mouvements de pédalage. Souvent, l’animal se met à baver et il urine et défèque involontairement. Sa fréquence respiratoire peut changer, et la langue devenir bleue. L’intensité des symptômes dépend de l’animal, de sa race, de son âge et de sa condition physique.

Les propriétaires d’un chien épileptique, en particulier lorsqu’ils ont de jeunes enfants, peuvent avoir peur que leur chien se comporte de manière agressive, que ce soit pendant ou après une crise. Il importe de leur rappeler que cette situation est extrêmement rare.

→ Les crises partielles, ou focales, sont la manifestation clinique d’un seul foyer épileptogène localisé. Selon les régions cérébrales touchées, les symptômes diffèrent. Les crises durent habituellement quelques minutes et consistent en des contractions musculaires involontaires d’une partie du corps ou de la face. Une hypersalivation, des vomissements et une mydriase peuvent également être observés. Parfois, des modifications du comportement (hallucinations, vocalises, peur, anxiété, etc.) sont notées.

→ L’état épileptique. La fréquence des crises est variable d’un animal à un autre. Elles sont dites isolées si elles sont espacées de 24 heures au minimum. Elles sont dites groupées si elles sont rapprochées.

Lors de crises qui s’enchaînent, il est nécessaire de recommander d’amener immédiatement l’animal chez le vétérinaire. Une hospitalisation et un traitement anticonvulsivant sont rapidement instaurés afin d’arrêter les convulsions.

LE DIAGNOSTIC DE L’ÉPILEPSIE

Il est rare que le chien fasse une crise dans la clinique vétérinaire. Il importe donc que le propriétaire observe son animal attentivement afin de décrire la crise au praticien ou encore qu’il filme l’animal en crise. Il est également utile de lui demander de noter les éléments suivants : la durée de la crise, le moment de la journée où elle s’est produite (l’heure), ce que le chien faisait avant la crise (venait-il de manger, de jouer, etc. ?) et le temps qu’il lui a fallu pour récupérer son comportement habituel. Ces informations peuvent être répertoriées dans un journal des crises, dont certains laboratoires proposent des modèles.

Le diagnostic d’épilepsie primaire est posé lorsque tous les examens complémentaires (analyses sanguines, radiographies, scanner cérébral, etc.) sont normaux. L’âge d’apparition (jeunes animaux) est également une donnée intéressante.

Le diagnostic d’épilepsie secondaire est lié à celui de la maladie qui la provoque.

LE TRAITEMENT DE L’ÉPILEPSIE

Lorsqu’une épilepsie est diagnostiquée, la question de la nécessité de traiter se pose. En effet, considérant les aspects toxiques des traitements, le rapport bénéfice-risque est à évaluer précisément afin de s’assurer que la prise en charge ne réduira pas l’espérance de vie de l’animal davantage que la maladie elle-même.

L’arsenal thérapeutique est assez large chez le chien, un peu moins chez le chat.

→ Le phénobarbital, depuis longtemps considéré comme traitement de choix de l’épilepsie chez les deux espèces, présente l’inconvénient d’une forte toxicité hépatique. Il est donc généralement admis de ne choisir ce principe actif que lorsque l’animal fait plus de deux crises par mois, ou si les symptômes sont particulièrement graves et dangereux. Il convient de prévenir les propriétaires que le comportement de l’animal est susceptible de changer. Le phénobarbital peut rendre le chien plus calme que d’habitude, voire somnolent. Certains propriétaires souffrent de voir l’attitude de leur compagnon se modifier, c’est pourquoi il importe de bien les préparer à cet inconvénient du traitement. En outre, son administration impose des examens sanguins répétés. Une phénobarbitalémie régulière est en effet requise afin de mesurer la quantité réelle de barbital dans le sang. Un suivi des paramètres hépatiques est également recommandé. Les prises de sang sont ainsi réalisées tous les 6 mois environ.

→ Diverses spécialités. D’autres molécules sont également utilisées chez le chien, dans une moindre mesure. Le bromure de potassium, la primidone, le diphényl-hydantoïne, le clonazépam, la carbamazépine et le diazépam ont ainsi révélé leur efficacité dans le traitement de l’épilepsie. Quelle que soit la molécule choisie, il importe de ne pas juger de son efficacité avant quelques semaines et de ne pas en changer brutalement. Un premier contrôle sera effectué au bout de 2 semaines, afin d’adapter la dose (augmentée si les crises persistent, diminuée si l’animal est somnolent). Trouver la quantité minimale efficace et non toxique requiert du temps, des analyses et l’investissement du client, à la fois en patience et en ressources. Il convient de bien expliquer la nécessité de cette phase de stabilisation en début de traitement afin que les propriétaires de l’animal épileptique ne se découragent pas et n’en viennent pas à prendre une décision d’euthanasie. Une fois la dose idéale trouvée, les suites sont généralement plus simples.

→ L’imépitoïne, nouvelle molécule disponible depuis peu, est réputée pour être bien tolérée. Comme pour le phénobarbital, le vétérinaire commence le traitement à la quantité recommandée, deux fois par jour, puis adapte la posologie selon la réponse clinique. Il est possible de doubler ou de tripler la dose. Les effets indésirables (somnolence, sédation) semblent moins fréquents avec ce traitement. En outre, des études toxicologiques à trois fois la dose maximale recommandée ne mettent pas en évidence de toxicité hépatique. Il semblerait donc que ce nouveau traitement soit une possibilité intéressante chez le chien. La molécule ne dispose pas d’indication pour le chat, mais elle est utilisable chez cette espèce dans les mêmes conditions que chez le chien, sous la responsabilité du vétérinaire.

L’épilepsie ne se guérit pas. Cette maladie incurable se gère. Le propriétaire et l’animal doivent donc apprendre à vivre avec elle. L’auxiliaire vétérinaire est en mesure de contribuer à motiver les personnes à poursuivre le traitement, lors des visites de contrôle et de renouvellement des prescriptions. Dans tous les cas, il convient de se montrer optimiste, car la plupart des animaux vivent bien et longtemps avec l’épilepsie, une fois la phase de recherche et de stabilisation du traitement initial passée.

QUE RECOMMANDER AU PROPRIÉTAIRE LORS DE CRISE

Si un propriétaire paniqué appelle pendant la crise de son animal, plusieurs conseils peuvent lui être donnés.

→ Sécuriser l’environnement. Laisser l’animal dans un endroit sécurisé (pas en hauteur sur un lit ou un canapé, ni près des escaliers, par exemple). Retirer tous les objets dangereux autour de lui (table basse, fils électriques). Ne pas s’approcher de l’animal, ni lui tenir la tête, car il pourrait mordre involontairement. Un chien n’avale pas sa langue, il n’y a donc aucune inquiétude à avoir à ce sujet.

→ Laisser l’animal au calme. Baisser la lumière, éviter le bruit (ni radio, ni télévision) et faire sortir les enfants de la pièce. Il est préférable de laisser l’animal au calme jusqu’à ce que son comportement redevienne normal.

→ Filmer la crise. Commencer immédiatement à filmer la crise de l’animal, en particulier les membres antérieurs et la tête. Avec la généralisation des smartphones et des tablettes, il est désormais facile de réaliser des vidéos, qui sont un outil riche d’enseignements pour le vétérinaire.

→ Contacter immédiatement la clinique vétérinaire dans les cas suivants :

– il s’agit de la première crise ;

– la crise dure plus de 5 minutes ;

– les crises se répètent rapidement (plusieurs en moins de 24 heures).

LES PARTICULARITÉS DE L’ÉPILEPSIE FÉLINE

→ Épilepsie primaire. Les cas d’épilepsie primaire sont rares chez le chat. Il existe donc peu d’informations dans ce domaine. Cette entité pathologique est même contestée par certains. Il semble que les crises généralisées chez cette espèce soient particulièrement impressionnantes, l’animal pouvant se projeter en l’air lors des convulsions. Contrairement aux chiens, les crises partielles seraient donc la forme prédominante chez les chats atteints d’épilepsie primaire. Ceux-ci présenteraient une grande diversité de symptômes : modification de l’état de conscience (prostration, abattement), mouvements altérés, modification du comportement (hallucinations, vocalises, peur, anxiété).

→ Épilepsie secondaire. En revanche, les causes de manifestations épileptiformes et d’épilepsie secondaire chez le chat sont fréquentes. Comme chez le chien, elles peuvent être extracrâniennes ou intracrâniennes. Certaines de ces causes sous-jacentes sont propres au chat en raison de sa sensibilité particulière aux toxiques (perméthrine, organophosphorés, organochlorés) ou de maladies infectieuses et virales spécifiques à cette espèce (péritonite infectieuse féline, virus de l’immunodéficience féline et de la leucémie féline).

→ Traitement. La prise en charge médicale de l’épilepsie primaire chez le chat diffère de celle du chien. Le phénobarbital est le traitement habituel de première intention, mais le diazépam présente lui aussi un intérêt comme traitement de fond, grâce à son élimination métabolique plus lente que chez le chien. Toutefois, ces deux molécules révèlent à long terme une toxicité hépatique. L’utilisation hors autorisation de mise sur le marché de l’imépitoïne a récemment été décrite et il semblerait qu’elle constitue une solution alternative intéressante. La difficulté de cette prise en charge chez le chat réside dans la nécessité d’administrer des comprimés deux fois par jour, une tâche malaisée chez cet animal souvent peu coopératif aux traitements… De plus, les cas étant rares chez cette espèce, la galénique n’est pas adaptée (gros comprimés peu appétents).

Après la crise, la phase de récupération se caractérise par un épuisement et une désorientation de l’animal.

Le propriétaire peut injecter du diazépam par voie intrarectale dès le début de la crise.

Hallucinations et anxiété font partie des symptômes relevés chez le chat en crise l’épilepsie.

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