Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1614 du 01/01/2015
 

ASV

Formation

MÉDECINE CANINE

Élodie Goffart

docteur vétérinaire

CONTEXTE

– La vaccination du chien, instaurée au xxe siècle, fut l’une des armes les plus efficaces dans la lutte contre les épidémies de maladies infectieuses mortelles qui ont décimé les populations de chiens dans les années 1970 (la parvovirose en particulier). Elle reste à ce jour indispensable dans les populations canines pour éviter la résurgence de ces maladies.

En France, la vaccination du chien est possible contre une dizaine de maladies infectieuses, majoritairement virales, mais aussi bactériennes, voire parasitaires. Elle vise à protéger les animaux (chaque individu, mais aussi la population canine en général), contre des affections graves et contagieuses, pour lesquelles le traitement est difficile ou inexistant, et auxquelles ils sont potentiellement exposés. En France, il s’agit de la maladie de Carré, l’hépatite de Rubarth, la parvovirose et la leptospirose. D’autres vaccins sont disponibles contre des maladies moins fréquentes, mais que les chiens sont susceptibles de contracter selon leur mode de vie : piroplasmose, maladie de Lyme, toux de chenil, herpèsvirose, leishmaniose. La vaccination contre la rage, enfin, est un cas particulier : elle reste obligatoire dans certains cas.

LES MALADIES INFECTIEUSES CONCERNÉES

→ La parvovirose est due à différentes souches d’un virus appelé CPV2 : parvovirus canin de type 2. Les chiens sont infectés par contact direct (nez-à-nez) avec un congénère porteur, ou indirect via des objets (écuelle, chaussures, jouets) ou des fèces contaminées. Le virus attaque les cellules des cryptes intestinales, provoquant des vomissements puis, dans les 12 à 24 heures qui suivent, une diarrhée profuse souvent hémorragique et malodorante. L’animal se déshydrate rapidement et la mort intervient en quelques jours sans traitement. Le taux de mortalité des animaux soignés peut être élevé (proche de 50 %), et ce d’autant plus si l’animal est jeune (chiot de moins de 2 mois), débilité ou fortement parasité.

Le parvovirus est très résistant dans le milieu extérieur : il peut ainsi rester contaminant dans des fèces à l’air libre pendant plusieurs mois, voire une année. De plus, tous les désinfectants ne sont pas efficaces pour le supprimer. Il importe donc de bien choisir celui utilisé pour la table de consultation et de pratiquer un nettoyage minutieux après la consultation d’un animal diarrhéique suspect de parvovirose.

→ La maladie de Carré, ainsi appelée à la suite de sa découverte en 1905 par le vétérinaire Henri Carré, est provoquée par un virus de la famille des morbillivirus. Elle est responsable de fièvre, de troubles digestifs, respiratoires (écoulements nasaux, toux) et cutanés, et surtout de troubles nerveux (crises convulsives).

Elle se transmet par contact nez-à-nez avec un chien malade. En revanche, le virus est peu résistant dans le milieu extérieur, ce qui limite sa transmission par contact indirect. Mortelle sans traitement, cette maladie est fréquente chez les animaux de moins de 1 an non vaccinés.

→ L’adénovirus canin de type 1 (CAV1) est responsable de l’hépatite de Rubarth ou hépatite contagieuse canine. Ce virus, assez résistant dans le milieu extérieur, se transmet par voie oronasale et touche de nombreux organes. Il provoque de la fièvre, des hémorragies, des troubles digestifs, oculaires et hépatiques. Mortelle sans traitement, la maladie a pratiquement disparu de notre pays grâce à la vaccination.

→ La leptospirose est une zoonose due à des bactéries du genre Leptospira. Son réservoir est constitué par les rongeurs (en particulier le rat et la souris), qui sont des porteurs sains et éliminent la bactérie dans leurs urines.

La contamination s’effectue de manière indirecte par contact cutané avec des bactéries présentes dans l’environnement (eau, alimentation, végétaux). En effet, les leptospires présentent la particularité de franchir la barrière cutanée, même saine. Un chien qui patauge dans une flaque d’eau contaminée, sans la boire, peut donc être infecté.

Une fois présentes dans l’organisme, les bactéries se dirigent vers le foie et les reins, entraînant une insuffisance rénale et une destruction rapidement mortelle des cellules du foie.

La leptospirose est une maladie professionnelle pour les vétérinaires et les auxiliaires. Le médecin du travail recommande donc généralement la vaccination des personnels soignants.

→ La toux de chenil, ou trachéobronchite infectieuse canine, est due à une “association de malfaiteurs”. Les bactéries (Bordetella bronchiseptica), les virus (parainfluenza canin, adenovirus de type 2) et les mycoplasmes provoquent une maladie respiratoire aiguë contagieuse, souvent rencontrée dans les fourrières, les refuges pour animaux et les élevages, d’où son nom.

La contamination des animaux s’effectue majoritairement de manière directe via les aérosols émis par les individus infectés qui toussent, mais aussi de manière indirecte via le personnel ou les objets contaminés. La plupart du temps, les symptômes consistent en une toux sèche facilement déclenchée à la palpation de la trachée, sans altération de l’état général de l’animal. Cependant, chez les animaux jeunes ou immunodéprimés, la maladie est susceptible d’évoluer jusqu’à une bronchopneumonie, voire la mort dans les cas les plus graves. Un traitement symptomatique associé à une antibiothérapie peut être mis en place, mais il n’existe pas de traitement antiviral spécifique.

→ La rage est une maladie du système nerveux due à un rhabdovirus. Transmis par la morsure d’un animal lui-même contaminé, le virus chemine par l’intermédiaire des nerfs jusqu’au cerveau, qu’il endommage. La mort est alors inéluctable, chez tous les mammifères (y compris l’homme). Il n’existe aucun traitement.

Cette maladie, qui provoque encore plusieurs dizaines de milliers de morts dans le monde chaque année, a disparu du territoire français. Les rares cas recensés ces dernières années sont ceux d’animaux importés illégalement de zones d’endémie (Maghreb, pays d’Europe de l’Est)1.

La vaccination, longtemps obligatoire pour tous les carnivores domestiques, n’est plus imposée aujourd’hui que pour les chiens des catégories I et II, les animaux des assistantes maternelles, ceux qui voyagent hors de nos frontières et dans certains cas particuliers (camping, centre de vacances, chenil, etc.).

La vaccination contre la rage des personnels des cabinets et des cliniques vétérinaires est fortement recommandée, même en 2015.

→ La piroplasmose ou babésiose est une maladie vectorielle canine. Elle est transmise au chien par les tiques, qui inoculent à leur hôte un protozoaire, Babesia canis le plus souvent, lors de leur repas de sang. Les chiens susceptibles d’être infestés par les tiques (chiens de chasse, vivant en extérieur ou sortis régulièrement à la campagne) sont les plus exposés.

La forme clinique la plus typique de la maladie associe un syndrome fébrile (hyperthermie, anorexie, dépression) à un autre hémolytique (anémie, bilirubinurie) qui peuvent entraîner une insuffisance rénale aiguë potentiellement mortelle en moins d’une semaine. Le signe pathognomonique de cette affection est la couleur café des urines du chien malade : il est facilement observé par les propriétaires. Véritable urgence, ce symptôme doit donner lieu à une consultation le plus rapidement possible. Contrairement aux maladies précédentes, un traitement spécifique existe chez le chien (imidocarbe). Il est généralement efficace si les symptômes sont récents.

→ La borréliose ou maladie de Lyme est due à une bactérie spirochète, Borrelia burgdorferi, transmise également par les tiques. Le réservoir de cette bactérie est constitué par les petits mammifères sauvages (souris, rongeurs) qui contaminent les tiques, elles-mêmes à l’origine d’une contamination des chiens. Les signes cliniques associent une polyarthrite et des symptômes généraux d’évolution lente sur plusieurs mois (anorexie, abattement, amaigrissement). Le traitement combine des antibiotiques et des anti-inflammatoires.

→ La leishmaniose est une maladie vectorielle due à un parasite unicellulaire (Leishmania infantum). Elle est transmise par de petits moustiques, les phlébotomes. En France, cette zoonose sévit surtout dans les départements du pourtour méditerranéen.

La leishmaniose se manifeste cliniquement par des symptômes variés (amaigrissement, anémie, troubles cutanés, locomoteurs, rénaux, épistaxis, etc.). Elle évolue souvent sur un mode chronique. Son traitement, lourd et coûteux, évite notamment les rechutes mais n’élimine pas le parasite2.

→ L’herpèsvirose canine est due à un alpha-herpèsvirus. Cette maladie vénérienne comporte des conséquences économiques potentiellement graves en élevage. En effet, chez les femelles gravides, l’infection provoque des résorptions fœtales, des avortements et des taux de mortinatalité élevés. Chez l’adulte ou le jeune de plus de 2 semaines en revanche, l’infection passe inaperçue la plupart du temps.

Il n’existe aucun traitement pour cette maladie. La vaccination est le seul moyen d’éradiquer le problème dans l’élevage.

LES VACCINS DISPONIBLES

Un vaccin se définit comme une préparation qui, après administration, induit une réaction immunitaire spécifique responsable d’une protection contre une maladie (infectieuse ici). Le vaccin idéal doit susciter une réponse immunitaire précoce et durable.

En médecine vétérinaire, deux types de vaccins sont principalement utilisés : inactivés ou vivants atténués. Chez le chien, ils s’administrent (sauf exception) par voie injectable. Les préparations commercialisées associent souvent plusieurs valences, dont certaines peuvent être atténuées et d’autres inactivées.

→ Les vaccins à agents vivants atténués contiennent des microorganismes vivants, mais ne génèrent pas la maladie chez l’animal vacciné. Leur fabrication comporte différents procédés qui permettent d’atténuer la virulence des agents pathogènes.

Ces vaccins sont très efficaces, car la réponse immunitaire qu’ils engendrent est durable et d’excellente qualité. Ils sont responsables de rares effets secondaires. En revanche, il est recommandé d’éviter leur utilisation dans le cadre de la vaccination d’animaux immunodéprimés, de chiots âgés de moins de 4 semaines ou de femelles gravides. Des conditions particulières de conservation et de manipulation sont à respecter (attention à la rupture de la chaîne du froid).

Chez le chien, des vaccins vivants atténués sont commercialisés contre les affections suivantes : maladie de Carré, hépatite de Rubarth, parvovirose, toux de chenil. Ils se présentent sous la forme de lyophilisat (poudre) à reconstituer.

→ Les vaccins à agents inactivés contiennent tout ou partie de l’agent infectieux, préalablement inactivé par différentes méthodes physiques ou chimiques. Pour obtenir le développement d’une immunité de bonne qualité, l’association d’un adjuvant se révèle souvent indispensable afin de stimuler la réaction immunitaire.

L’utilisation de vaccins inactivés est possible chez les chiennes en gestation ou pour la vaccination de sujets à risque (nouveau-nés, individus immunodéprimés). En revanche, ceux-ci induisent parfois une réponse immunitaire moins complète et moins durable que celle obtenue avec des vaccins vivants. La présence d’adjuvants peut, en outre, engendrer des effets secondaires locaux ou généraux plus importants.

Des vaccins inactivés sont disponibles contre la leptospirose, la rage, la maladie de Lyme, la piroplasmose, l’herpèsvirose, la toux de chenil et la leishmaniose. Ils se présentent généralement sous forme liquide.

LA VACCINATION EN PRATIQUE

Lorsqu’un client appelle pour prendre rendez-vous pour la vaccination de son chiot, la question à poser est : « Quel âge a-t-il ? » En effet, il est conseillé d’attendre 8 semaines avant la première injection car, avant, les anticorps maternels sont encore présents. Ils ne sont plus suffisants pour être protecteurs, mais leur présence peut gêner la réponse à la vaccination. Si l’animal a déjà été vacciné avant l’âge de 8 semaines, dans son élevage d’origine, les injections seront quand même à multiplier ensuite (ce qui est fait avant 2 mois est une protection supplémentaire en quelque sorte).

Les protocoles de vaccination comprennent généralement une deuxième injection, pratiquée entre 3 et 5 semaines après la première, puis des rappels annuels. Ils varient selon les maladies et les vaccins utilisés. Certains vaccins sont incompatibles : il est déconseillé de les administrer le même jour.

Un carnet de vaccination doit être rempli. Il est fourni par l’élevage ou par le vétérinaire qui pratique la première injection. Il importe d’y noter consciencieusement et lisiblement les dates des vaccinations, et d’y coller les vignettes des vaccins. Si l’animal est vacciné contre la rage, la délivrance d’un passeport est indispensable pour garantir la validité de la vaccination, et l’animal doit obligatoirement être identifié. Attention, le format des passeports a changé le 29 décembre 2014. Il n’est plus possible de remettre les anciens modèles.

Il se révèle toujours intéressant de coller sur le carnet une étiquette avec la date du prochain vaccin. Cela permet au propriétaire de vérifier en un coup d’œil qu’il n’est pas en retard. La plupart des vétérinaires envoient à leurs clients un rappel de vaccination (par courrier, e-mail ou SMS). Cette démarche est bien perçue par les propriétaires.

Au moment de la vaccination, le vétérinaire ou l’ASV prépare le vaccin. Il est recommandé d’effectuer le mélange des flacons avec une aiguille, mais de changer d’aiguille pour l’injection, afin que celle-ci soit la plus atraumatique possible. Une réaction de douleur locale peut survenir, immédiatement ou de manière différée. L’animal peut également présenter une légère hyperthermie et un abattement dans les jours qui suivent, mais cela reste rare chez le chien.

La vaccination est précédée d’un examen clinique minutieux afin de vérifier que l’animal est en bonne santé et apte à subir cet acte.

  • 1 Voir aussi le dossier publié dans le supplément ASV n° 80 (juin 2014).

  • 2 Voir aussi la fiche pratique en page 7 du n° 81 (juillet 2014).

LA VISITE VACCINALE

La visite annuelle, au motif du rappel de vaccination, permet au vétérinaire de vérifier que l’animal est en bonne santé. Elle représente en particulier l’occasion de contrôler la fonction cardiaque (recherche d’un souffle à l’auscultation), d’apprécier l’état des yeux (cataracte), des oreilles (otite), des dents (présence ou non de tartre). L’appareil reproducteur est également inspecté (mamelles chez les femelles, toucher prostatique chez les mâles âgés). Le comportement (et ses éventuels changements), l’état de la peau et du pelage ainsi que l’état général font également l’objet d’une discussion avec le propriétaire, si besoin.

Cette visite est l’opportunité d’effectuer un suivi des traitements antiparasitaires (externe et interne) et de les adapter selon l’âge et le mode de vie de l’animal.

Aux périodes charnières de sa vie, notamment à l’entrée dans l’âge senior, l’alimentation pourra être rediscutée et un bilan gériatrique proposé.

Idéalement, un compte rendu de cette visite annuelle est remis au propriétaire, lui permettant d’y retrouver le poids actuel de son chien, les informations importantes transmises par le vétérinaire, notamment les recommandations nutritionnelles ou médicales et les éléments à surveiller d’ici à la prochaine visite.

Un examen clinique complet précède la vaccination.

Le matériel à préparer comprend les vaccins, une seringue et une aiguille.

Les vaccins administrés sont notés dans le carnet de vaccination ou le passeport du chien.

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