Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 1606 du 01/11/2014
 

Dossier

Cécile Hervé-Bazin

docteur vétérinaire, praticienne en homéopathie et réflexothérapie, membre de la commission environnement de la SNGTV, master en leadership stratégique vers la durabilité basé sur la démarche The Natural Step

L’action pour le développement durable n’impose pas de révolutionner ses pratiques, mais repose sur l’adoption progressive de nouvelles habitudes, à petits pas.

Ce dossier propose des recommandations pratiques en faveur du développement durable faciles à mettre en œuvre car elles ne demandent que peu de temps et d’énergie. En outre, ces gestes sont positifs pour l’équipe de la structure, car ils procurent une meilleure qualité de l’air dans les locaux, un meilleur environnement de travail et moins de contact avec des produits chimiques. Le recyclage, essentiel dans la démarche de développement durable, n’est pas décrit ici. Il fera l’objet d’une fiche pratique dans un prochain numéro.

ÉCONOMISER L’ÉNERGIE

→ Le chauffage. La nuit, il convient de fermer les volets et de baisser le chauffage à 17 °C. En laissant la température à 22 °C au lieu de 18 °C, 50 % de chauffage en plus sont consommés !

L’idéal est de régler le programmateur du chauffage : diminuer une heure avant la fin des consultations et prévoir une mise en route une heure avant l’ouverture le matin, par exemple.

→ L’électricité. La lumière d’une pièce utilisée ponctuellement est à éteindre lorsque celle-ci est quittée. En revanche, il ne faut pas éteindre les zones de présence permanente. Il est utile de débrancher le boîtier téléphonique la nuit, surtout si la ligne de la clinique est fixe. Attention, c’est impossible si une mise à jour du laboratoire d’analyses s’effectue la nuit via Internet !

→ En salle d’attente. La balance de pesée, les fontaines à eau, les affichages rétroéclairés, la télévision, le lecteur DVD, les cadres photos et autres sont tous éteints en partant.

En salle de consultation. L’ensemble de l’équipement électrique (ordinateur, écran, poste téléphonique, imprimante, fax, scanner, lampe, chargeur de téléphone) est lui aussi arrêté à la fermeture de la clinique.

ÉCONOMISER L’EAU

Pour réduire la consommation d’eau, le robinet est à fermer le temps de nettoyer la table ou de se savonner les mains (comme lors du brossage de dents). Ouvrir moins fort celui-ci est également efficace. Il existe aussi des réducteurs de débit d’eau (pastilles, mousseurs) qui diminuent la quantité de liquide distribué. Le débit passe, par exemple, de 12 à 5 l/min !

Il ne faut pas hésiter à réutiliser l’eau lorsque c’est possible : pourquoi ne pas placer une petite bassine dans l’évier pour récupérer celle à peine sale et arroser les plantes en pot ou le jardin ? De même, l’eau des écuelles du chenil ou de la salle d’attente servira à arroser les plantes.

Il importe de combattre les fuites d’eau : plus l’on tarde à effectuer la réparation, plus la perte d’eau est importante…

Il convient également de réduire le volume des chasses d’eau : s’il n’y a pas de système de double chasse, régler la hauteur du flotteur pour diminuer la quantité d’eau ou placer une bouteille remplie dans le réservoir afin d’économiser son volume en eau. Attention, toutefois, à laisser un volume suffisant, sinon, l’utilisateur risque de tirer deux fois la chasse !

OPTIMISER LES COMMANDES

L’association Éco-Véto a établi des recommandations en concertation avec les centrales vétérinaires pour des commandes qui optimisent l’utilisation des ressources1 :

→ commande hebdomadaire ;

→ commande exacte, sans erreur, pour éviter les retours inutiles ;

→ commande dans les temps, sans ajout de dernière minute, donc sans suremballage pour un petit envoi ;

→ commande groupée, sans envoi en direct depuis les laboratoires ;

→ retour systématique des bacs de transport en plastique (dans un état de propreté satisfaisant).

ÉPARGNER LE PAPIER

→ La boîte aux lettres. Le refus de la publicité se formule en collant un autocollant “stop pub”. Ces courriers non adressés correspondent chaque année à 31 kg en moyenne par adresse.

→ À l’accueil. Il est possible de proposer des autocollants “stop pub”. Les mairies les fournissent gratuitement sur simple demande. C’est une bonne façon de mettre en avant son engagement pour le développement durable et d’avoir une influence positive sur la clientèle. Actuellement, 5 % des Français affichent cet autocollant, économisant ainsi 40 000 t de papier par an.

→ La salle d’attente. Après leur remplacement, les vieux magazines sont à offrir (à une maison de retraite, par exemple) ou à jeter dans la poubelle de recyclage.

→ Le recyclage du papier. Réutiliser le papier imprimé sur une seule face ou les vieilles ordonnances (ratées ou déposées par les clients) comme papier de brouillon (pour les commandes, les notes).

Pour confectionner un carnet express, il suffit de couper en quatre les feuilles A4, de les assembler avec deux pinces à dessin, de perforer à deux ou trois endroits et d’attacher par un brin de laine, de ficelle, un lacet ou un ruban selon l’humeur du jour…

Il est en outre possible d’utiliser du papier recyclé éventuellement blanchi sans chlore ou, à défaut, du papier “neuf”, mais issu de forêts gérées durablement (label FSC ou PEFC).

→ L’imprimante. L’impression recto-verso réduit de 50 % la quantité de papier utilisée. Le fait de placer un carton de récupération à côté de l’imprimante assure de penser à le recycler, sans perdre de temps.

→ Les enveloppes. Les enveloppes de la marque Direktrecycling réussissent l’exploit d’utiliser une deuxième fois du papier déjà imprimé, des cartes routières ou des cartes d’état-major. En outre, elles sont belles et originales.

→ Les sacs. Les sacs en plastique sont à bannir et ceux en papier à proposer. Encourager les clients à prendre leur sac réutilisable pour transporter les produits lourds, tels que les croquettes.

RECONSIDÉRER LES CONSOMMABLES

→ Sur le bureau. Idéalement, il convient d’utiliser des crayons de papier ou des portemines rechargeables. Si ce n’est pas possible, il existe des stylos en plastique recyclé et rechargeables.

À la place des surligneurs fluorescents, qui contiennent des produits toxiques, il est préférable d’opter pour des crayons de couleur en bois brut (non coloré et non verni).

L’agrafeuse classique est remplacée par un modèle sans agrafe qui découpe une languette de papier et la replie.

Enfin, les cartouches d’encre se rechargent en boutiques spécialisées, ce qui génère moins de déchets et favorise l’emploi local !

→ En salle de chirurgie. Les champs opératoires en plastique sont les moins respectueux de l’environnement. Ils sont à réserver aux opérations complexes avec un risque septique élevé. Ceux en tissus ont un moindre impact global que des champs jetables (à condition de les réparer s’ils se trouent et de les laver dans les meilleures conditions).

Les compresses, pour être blanches, ont été javellisées. Celles non blanchies sont à privilégier. Éco-Véto propose l’astuce de stériliser les lingettes réutilisables de la même manière que les compresses ou les champs opératoires.

→ Au chenil. Les serviettes et les couvertures polaires peuvent être achetées de seconde main. Lorsque les serviettes-éponges sont trouées ou déchirées, elles sont convertibles en compresses ou en lingettes réutilisables.

Les reliquats de médicaments (comprimés) peuvent être utilisés chez les animaux hospitalisés ou offerts à un refuge plutôt que d’être jetés.

→ En salle de repos. Utiliser de préférence des mugs ou des tasses (donc réutilisables), du thé en vrac avec une boule à infuser, du café en dosette papier. Et, surtout, éviter le gaspillage.

Les bâtonnets en plastique sont à abandonner au profit d’un retour à la petite cuillère traditionnelle.

→ Aux toilettes. Le papier hygiénique est choisi à base de papier recyclé, non blanchi et non coloré pour un impact minimum.

REPENSER LE MÉNAGE

→ La salle de consultation. Les lingettes, qui ont été créées par la culture du “tout jetable”, sont à proscrire. Un vieux chiffon et un spray contenant le produit correctement dilué fonctionnent de la même manière avec moins d’émissions de composés organiques volatils. C’est positif pour la qualité de l’air respiré dans les locaux et pour la planète ! L’utilisation du papier absorbant est à réduire. Une éponge et un torchon font tout aussi bien l’affaire, avec un impact moins important.

Il est possible de confectionner ses propres lingettes en éponge lavables, de 15 x 20 cm environ, à partir d’anciennes serviettes-éponges. Ces lingettes, réutilisables des centaines de fois, s’emploient aussi en échographie.

→ La buanderie. Il convient de choisir une lessive à base végétale, biodégradable et non toxique. Il importe de respecter les doses (la quantité généralement mise est toujours excessive). L’ajout d’un verre de vinaigre d’alcool blanc (biodégradable également) dans le bac d’adoucissant permet de réduire la dureté de l’eau, donc de diminuer la dose de lessive. Le tambour est à remplir au maximum. Une machine pleine consomme moins d’eau et d’électricité que deux cycles à demi-charge. Ceux à basse température (60 °C au maximum) sont à préférer. Le programme à 90 °C est réservé au linge exceptionnellement sale. Le sang part “tout seul” en laissant tremper les textiles dans de l’eau froide. Il “cuit” en machine et laisse des traces difficiles à faire partir. Les balles de lavage sont à éviter : elles sont à l’origine d’une usure précoce de la machine à laver elle-même.

Il importe également de réduire l’usage du sèche-linge, qui consomme deux à trois fois plus d’énergie que le lavage. Le séchage à l’air ambiant (à l’intérieur ou à l’extérieur) sur un étendoir à linge n’a pas d’impact sur l’environnement.

→ Le réfrigérateur. Jusqu’à 2 à 3 mm de givre, il est inutile de dégivrer le réfrigérateur. Cette petite couche améliore le rendement de l’évaporateur et diminue de 5 % la consommation électrique. Au-delà de 5 mm de givre, il est indispensable d’ôter ce dernier, car cette épaisseur entraîne une surconsommation de 30 %.

Tout réfrigérateur ou congélateur inutilisé est à éteindre en le maintenant légèrement ouvert. Il est en effet inutile de le laisser fonctionner à vide.

FAVORISER SON MIEUX-ÊTRE

→ L’air ambiant. Il est indispensable d’aérer régulièrement pour éviter l’humidité, source de mauvaises odeurs et d’inconfort thermique, en particulier les pièces sans fenêtre.

Il est possible de disposer des plantes vertes (en hauteur pour éviter les mictions intempestives) afin de capter les polluants atmosphériques et d’assainir l’air ambiant. Celles-ci sont à arroser avec de l’eau récupérée lorsque c’est possible.

→ Les abords de la clinique. Faire pousser des fleurs, planter de la lavande ou d’autres végétaux attire les abeilles. Contre les herbes indésirables, les désherbants chimiques sont à oublier. Il suffit simplement de verser de l’eau chaude dessus, puis de les arracher et de les mettre au pied des fleurs : elles serviront de paillage et d’engrais ! Le paillage permet de limiter les besoins en eau des plates-bandes.

→ Le niveau de bruit. Le ou les téléphones de la clinique génèrent des bruits répétitifs. Il existe des applications gratuites sur smartphone pour mesurer le niveau sonore. Afin de le réduire, il convient de diminuer le volume des combinés principaux, voire de baisser au maximum ou d’éteindre la sonnerie des téléphones d’appoint (chirurgie, chenil).

L’HYDRATATION DES MAINS

Les crèmes classiques pour le soin des mains sont à base d’huile de paraffine (dérivée du pétrole), qui forme un film empêchant la peau de respirer. Celles labellisées “bio” utilisent, comme base, des huiles ou des cires végétales qui laissent respirer l’épiderme.

Pour davantage de simplicité et d’efficacité, recourir à des huiles dites sèches qui pénètrent instantanément : huile de macadamia, de noyau d’abricot, de jojoba, de sésame. Le choix repose sur l’odeur, au gré des goûts de chacun. Celle-ci peut être agrémentée par l’ajout de quelques gouttes d’huiles essentielles. Appliquées sur la peau humide, ces huiles ont une consistance légèrement crémeuse.

AVANCER À PETITS PAS

Le cerveau humain est programmé pour résister au changement. Face à la peur ou lors de stress, il ne propose que deux options : fuir ou combattre. Dans la théorie de Kaizen, il est proposé d’avancer par petits pas. Ainsi, il devient possible de satisfaire le besoin d’agir généré par le cerveau tout en apaisant son anxiété.

En pratique, il convient de choisir l’action la plus facile, la plus petite pour commencer et de l’effectuer une fois par jour, voire une fois par semaine. Il faut que le premier pas soit si petit qu’il ne soit pas possible de ne pas le faire ! Il suffit de tester cette action à la clinique ou à domicile, puis d’en prendre l’habitude et de la mettre en œuvre dans la structure comme à la maison !

THE NATURAL STEP

The Natural Step est une ONG (organisation non gouvernementale) internationale1, fondée en Suède en 1989 par Karl-Henrik Robèrt, qui a permis de créer et de faire reconnaître une définition de la durabilité fondée sur un consensus scientifique. Cette démarche, utilisée par The Natural Step dans le monde entier depuis 25 ans, n’a jamais été mise en défaut.

1 Pour en savoir plus : www.naturalstep.org

TRUCS ET ASTUCES

→ Une prise programmable permet de ne pas laisser les appareils électroniques en veille, sans effort et sans courir dans la clinique pour éteindre tous les interrupteurs.

→  La multiprise avec un bouton d’arrêt permet de couper l’alimentation de plusieurs appareils d’un seul geste.

→ Écrire ses routines du matin et du soir (appareils à allumer, lumières à laisser pour la journée, équipement à débrancher, poubelles à sortir, etc.) est utile en cas d’absence : la personne remplaçante sait ce qu’il faut faire et dans quel ordre pour être efficace (et durable).

Il importe de combattre les fuites d’eau : plus l’on tarde à effectuer la réparation, plus la perte d’eau est importante…

L’utilisation d’enveloppes issues de chutes industrielles de cartes routières réduit les déchets.

Des crayons en bois brut remplacent efficacement les surligneurs fluo.

Une agrafeuse qui relie jusqu’à quatre feuilles entre elles, grâce à un système qui perfore le papier et le replie sur lui-même en un seul geste, constitue une alternative intéressante.

Une multiprise permet d’éteindre plusieurs appareils d’un seul geste.

Les huiles sèches, de macadamia, de noyau d’abricot, de jojoba ou de sésame, s’utilisent en crème pour les mains.

PERSPECTIVE GLOBALE DES ACTIVITÉS DE LA CLINIQUE

Pour soigner un animal dans une structure vétérinaire, il aura fallu, au préalable, que des matières premières soient acheminées jusqu’à l’usine de production, puis que le médicament ou le consommable soit produit, emballé, transporté jusqu’à une centrale d’achats et, enfin, livré à la clinique. Le vétérinaire utilise ce médicament et produit des déchets : les emballages du médicament, de la seringue et de l’aiguille, le flacon, la seringue et l’aiguille, le coton, la compresse, le papier absorbant, etc. Pendant ce temps, le bâtiment de la clinique nécessite lui-même de l’eau, de l’énergie (lumière, chauffage, téléphone) et génère des déchets et des émissions polluantes.

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