Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 111 du 13/07/2017

MÉDECINE CANINE ET FÉLINE

FORMATION

Le diabète sucré est une maladie métabolique fréquente chez le chien et le chat. Son traitement, à vie, n’a pas pour objectif de le guérir, mais de le contrôler.

Le nombre d’individus en surpoids est en augmentation dans la population des carnivores domestiques (comme dans la population humaine, d’ailleurs). En conséquence, le nombre de cas de diabète chez les chiens et les chats est, lui aussi, en augmentation. Car l’obésité est un facteur favorisant. Il est important de sensibiliser les propriétaires aux signes d’appel de cette maladie, afin de la diagnostiquer précocement. De même, dans les bilans proposés pour un animal senior, inclure le dépistage du diabète est systématique.

Une maladie métabolique

Chez un animal en bonne santé, les aliments consommés lors du repas sont métabolisés en nutriments assimilés par l’organisme, en particulier le glucose. Ce glucose est absorbé, puis circule dans le sang. Il est distribué aux organes, où il fournit de l’énergie disponible pour les cellules. Il peut aussi être stocké sous forme de graisses dans les cellules adipeuses grâce à l’action d’une hormone produite par le pancréas : l’insuline. On dit que l’animal souffre d’un diabète sucré lorsqu’il se produit un défaut lié à l’insuline, dont la cause est variable. Il existe ainsi trois types de diabète chez le chien et le chat (encadré).

Dans tous les cas, le stockage du glucose ne s’effectue pas bien et la glycémie – c’est-à-dire le taux de glucose dans le sang – augmente anormalement, de manière persistante.

Un chien ou un chat sur 500

Il est estimé que la prévalence (fréquence de survenue) du diabète sucré chez le chien est d’environ 1 sur 500. Elle est à peu près identique chez le chat et en augmentation dans les deux espèces.

L’affection atteint plus volontiers les chiens d’âge moyen et les chiens âgés. Les femelles non castrées sont les plus touchées. Il existe une dizaine de races canines prédisposées. En clinique vétérinaire, les plus fréquemment rencontrées sont cependant les caniches, les yorkshire terriers, les pinschers, les beagles et les cairn terriers.

Dans l’espèce féline, tous les chats, mâles ou femelles, quels que soient leur âge et leur race, sont susceptibles de souffrir un jour de diabète sucré. Toutefois, la maladie atteint plus volontiers les chats les plus âgés. Les plus touchés sont les mâles castrés. Une fréquence du diabète sucré plus élevée chez les chats de race sacré de Birmanie a été observée.

« Il boit et urine beaucoup »

Pour le propriétaire, le signe le plus évident, surtout pour un chat, est généralement la polyuro-polydypsie (PUPD), c’est-à-dire que l’animal boit beaucoup et urine beaucoup. En réalité, c’est parce qu’il urine plus souvent qu’il boit davantage, et non l’inverse. Chez le chat, le premier symptôme décrit est souvent cette polyurie (action excessive d’uriner). Parfois, le chat se met même à uriner n’importe où dans la maison. Mais le propriétaire remarque également régulièrement que son chat boit davantage. Car les félins sont généralement de petits buveurs et toute modification de ce comportement apparaît vite anormale et inquiète leur maître.

L’animal diabétique présente également une perte de poids, relativement rapide alors qu’il mange beaucoup, parfois plus qu’avant. Un chien atteint peut sembler plus calme que d’habitude, fatigué. De même, un chat malade peut devenir apathique, et son poil moins beau et moins brillant. Ces changements sont souvent signalés à l’accueil à l’auxiliaire : il convient donc d’y porter attention.

Du glucose dans les urines

Pour le diagnostic, l’analyse d’un échantillon d’urines y révèle la présence de glucose (glucosurie). La suspicion de diabète est alors à confirmer par une analyse sanguine, pour déterminer la concentration en glucose dans le sang (glycémie). Si cette concentration est supérieure à 1,8 g/l, de manière persistante, l’animal est diagnostiqué diabétique.

Cette hyperglycémie (taux élevé de glucose circulant) est toxique pour beaucoup de cellules, en particulier pour celles du cristallin (petite lentille transparente au centre de l’œil). Il s’observe ainsi une opacification rapide du cristallin, ce qui provoque une cécité rapide plus ou moins complète. C’est parfois la modification de l’aspect de l’œil qui est le motif de consultation chez les chiens de petites races, alors qu’il s’agit en fait d’une complication locale d’une maladie générale grave.

La glycémie de stress du chat

Le diagnostic du diabète félin présente des particularités. Le chat est en effet un animal qui stresse beaucoup chez le vétérinaire. Les simples manipulations liées à la prise de sang peuvent faire grimper sa glycémie en flèche. Cette hyperglycémie de stress dite “effet blouse blanche” n’est pas persistante, mais pourrait faire diagnostiquer la maladie à tort. Une seule mesure de la glycémie ne suffit donc absolument pas pour conclure à un diabète. Il faut confirmer la suspicion par le dosage des fructosamines dans le sang, qui donne une idée du niveau de glycémie sur les jours précédents.

Un traitement à vie

Il est impossible de faire refonctionner le pancréas. Les animaux diabétiques ont donc besoin d’un traitement à vie, qui consiste à leur apporter de l’insuline. L’objectif n’est pas de restaurer une glycémie quasi normale permanente, à 1 g/l (ce serait très difficile), mais d’offrir une qualité de vie correcte à l’animal diabétique et de limiter les conséquences de la maladie pour les autres organes. Il convient de bien sensibiliser le propriétaire au fait qu’il ne s’agit pas de guérir l’animal, mais de gérer son diabète.

Le diabète étant une maladie fréquente dans la population humaine, il est en général relativement aisé d’en faire comprendre le principe au propriétaire. Lorsque l’affection n’est pas bien prise en charge ou si elle est laissée sans traitement, le risque est que l’animal développe une acidocétose diabétique : en raison de concentrations en glucose sanguin extrêmement fortes ainsi que d’une carence importante en insuline, l’organisme mobilise les graisses pour lui fournir de l’énergie. Ce processus métabolique produit des corps cétoniques dans le sang et les urines : le chien vomit, halète et son haleine a une odeur de pomme. Il risque le coma et la mort.

Une prise en charge réussie du diabète impose des gestes quotidiens rythmés. Elle est contraignante et relativement coûteuse, mais indispensable. Sans traitement, l’espérance de vie d’un chien diabétique est généralement inférieure à 1 an. L’administration de médicaments hypoglycémiants est très peu efficace chez le chien et le traitement médical repose donc dans la grande majorité des cas sur des injections d’insuline.

Un choix et un dosage individuels

Plusieurs types d’insuline sont disponibles pour le praticien vétérinaire : insuline rapide, lente, semi-lente. La plus utilisée est une préparation à base d’insuline dite lente extraite du pancréas de porc. Elle doit être injectée une à deux fois par jour, si possible à 12 heures d’intervalle. La dose choisie au départ est la dose moyenne efficace, dans l’objectif de gérer l’hyperglycémie sans prendre le risque d’une hypoglycémie, qui survient si la dose est trop élevée. L’hypoglycémie, plus grave qu’une hyperglycémie, est rapidement mortelle. La dose est ensuite progressivement adaptée selon la réponse au traitement.

Dans un certain nombre de cas, des périodes d’hospitalisation de 12 à 24 heures peuvent être nécessaires pour ajuster au mieux l’insulinothérapie. Le vétérinaire réalise des dosages de glucose toutes les heures en prélevant par exemple une petite goutte de sang à l’oreille. Ces mesures permettent de tracer une courbe de glycémie (figure page 12), afin d’ajuster la dose, le type d’insuline, le nombre d’injections, les heures de distribution des repas. Pour certaines insulines, des stylos injecteurs peuvent rendre les injections plus faciles pour le propriétaire.

La réponse au traitement insulinique est généralement très satisfaisante. Une surveillance et des contrôles réguliers restent toutefois nécessaires.

Alimentation et exercice contrôlés

En complément de l’insulinothérapie, l’adaptation de l’alimentation est un paramètre extrêmement important pour une prise en charge réussie du diabète sucré. Le régime doit être strict : un aliment riche en hydrates de carbone complexes et en fibres, mais pauvre en graisses, est conseillé. Il sera donné à heures fixes. Ce régime alimentaire a pour objectif de limiter les fluctuations (normales) du taux de glycémie après le repas.

En outre, l’animal obèse doit maigrir, mais pas trop vite ; celui qui est maigre doit grossir. Il existe aujourd’hui des gammes de croquettes diététiques de bonne qualité destinées aux animaux diabétiques. Les friandises entre les repas sont à éviter.

Enfin, un exercice régulier mais peu intense (marche) est recommandé. La stérilisation des chiennes entières est nécessaire : en effet, la présence de progestérone interfère avec la sécrétion d’insuline et rend le diabète encore plus difficile à maîtriser.

Diabète félin : plus délicat à équilibrer

Chez le chat, la mise en place de l’insulinothérapie est plus compliquée. En effet, les insulines vétérinaires porcines sont un excellent analogue de l’insuline du chien, mais elles sont moins proches de celle du chat. Le traitement est donc d’emblée moins efficace. De plus, le chat ne mange pas à heures fixes, et l’alimentation industrielle qui lui est distribuée est souvent trop riche en glucides. Il va donc falloir proposer au chat diabétique un aliment hyperprotéique.

Le comportement du chat hospitalisé à la clinique vétérinaire est variable, de très sympathique à extrêmement peu coopératif ! Ceci peut rendre la réalisation d’une courbe de glycémie difficile, voire impossible. Le risque de déclencher une hypoglycémie est également majoré chez le chat. En effet, certains diabètes (dont les causes sont inflammatoires, par exemple) peuvent régresser avec le traitement en quelques semaines ou mois. La poursuite du traitement, alors devenu inutile, va provoquer une hypoglycémie. Cependant, si l’état du chat parvient à être stabilisé par l’insuline, son espérance de vie est alors similaire à celle des autres chats.

Il importe de savoir reconnaître deux situations d’urgence dans cette espèce : l’hypoglycémie et l’acidocétose. Une hypoglycémie survient si le chat reçoit la dose normale d’insuline, mais qu’il n’a pas mangé, si la dose est trop forte ou si son diabète s’est amélioré. L’hypoglycémie étant rapidement fatale, il est indispensable de sensibiliser le propriétaire au repérage des signes : sommeil ou agitation, tremblements et frissons, sautes d’humeur inhabituelles ou spasmes musculaires. Dans ce cas, sans attendre d’être chez le vétérinaire, le propriétaire peut déposer du miel dans la bouche de son chat. L’acidocétose, elle, apparaît lorsque le maître a tardé à consulter, si la dose d’insuline est insuffisante ou si l’insuline choisie n’est pas efficace. Les symptômes observés sont alors de l’anorexie, des nausées, des vomissements et de la léthargie. Le traitement doit être instauré le plus rapidement possible : il consiste à administrer de l’insuline rapide par voie intraveineuse et à réhydrater l’animal.

Privilégier la prévention

Le diabète est une maladie grave chez le chien comme chez le chat. Il n’est pas toujours simple de le contrôler et cela passe par des tâtonnements quant à la dose d’insuline efficace. Chaque cas est complexe et différent. Les visites à la clinique vétérinaire sont fréquentes, surtout au début, et les frais engendrés non négligeables. La coopération du propriétaire, pleine et entière, est indispensable aux bons soins à l’animal. La coopération de l’animal est souvent moins facile à obtenir, surtout chez le chat ! Toutes ces contraintes peuvent se révéler pesantes pour le maître et frustrantes pour l’équipe soignante. C’est pourquoi il est important de privilégier la prévention de l’obésité, et ainsi du diabète. Lors de la visite vaccinale annuelle, la pesée systématique de l’animal est l’occasion de sensibiliser le client. Dès que le seuil d’obésité est franchi (soit un poids supérieur de 20 % au poids idéal), le risque de diabète doit être évoqué, en expliquant la difficulté de soigner cette maladie. Il ne s’agit pas d’inquiéter le propriétaire, mais d’expliquer qu’il est possible de faire quelque chose pour éviter sa survenue. La multiplication des gammes de croquettes diététiques disponibles et efficaces pour la perte de poids chez le chien et le chat facilite cette mission.

LES TROIS TYPES DE DIABÈTE

Élodie Goffart Docteur vétérinaire, praticienne dans l’Essonne.


•  Le diabète juvénile ou diabète de type I. Comme chez l’enfant, ce diabète dit insulino-dépendant est la conséquence d’un défaut précoce et grave de sécrétion de l’insuline par le pancréas chez le jeune animal. Il est rare.


•  Le diabète gras ou diabète de type II. Dans cette forme de diabète, le taux d’insuline dans le sang est normal ou augmenté, mais les cellules ne répondent pas (ou plus) bien à l’hormone. C’est un diabète dit insulino-résistant. L’obésité est une cause favorisante très importante de ce type de diabète.


•  Le diabète maigre ou diabète de type III. Le taux d’insuline dans le sang est abaissé. Il est souvent le stade ultime d’un diabète de type II, quand les cellules du pancréas sont épuisées.

L’obésité est un facteur favorisant du diabète chez le chat et le chien.

L’un des premiers signes visibles d’un diabète est l’augmentation de la prise de boisson.

L’utilisation d’un stylo injecteur facilite l’administration de l’insuline par le propriétaire.

exemple de courbe de glycémie

exemple de courbe de glycémie

La mesure d’une glycémie très élevée, comme ici (> 4 g/l), est un signe d’appel, qui ne suffit cependant pas à caractériser un diabète, surtout chez le chat.

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