Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 109 du 29/05/2017
 

DOSSIER

PAR  SANDRINE COMBARET 

Désormais communément installées dans les jardins des particuliers, les poules de compagnie ont des besoins qu’il convient de respecter pour préserver leur confort de vie et prévenir les maladies.

Les années 2000 ont vu se développer les élevages familiaux de poules en zones urbaines et péri-urbaines. La principale motivation des propriétaires est écologique : une poule recycle jusqu’à 200 kg de restes alimentaires en une année. Elle produit des fientes utilisables en engrais pour le jardin ou le compostage, elle est friande d’insectes, de limaces et d’escargots (les traitements chimiques deviennent inutiles). En prime, les propriétaires bénéficient de la compagnie d’une espèce très sociale et récoltent des œufs extra-frais.

Pour maintenir ces poules de compagnie en bonne santé, il est indispensable de connaître leurs besoins fondamentaux et de reconnaître les premiers symptômes de maladie.

Choisir les bonnes poules

Il existe plus de 40 races de poules françaises, plus de 200 dans le monde. Chacune a des caractéristiques propres : taille (races naines, moyennes ou grandes), plumage, production orientée œuf ou chair. Les œufs eux-mêmes sont plus ou moins gros, parfois colorés (photo 1). Des races hybrides, issues du croisement de races pures pour augmenter la production en œufs ou en viande, existent également ; par exemple, la poule rousse, très répandue.

La durée de vie d’une poule est variable : de 4 à 6 ans pour les races hybrides, et jusqu’à 10 ans pour les races pures.

La présence d’un coq n’est pas nécessaire pour avoir des œufs, elle l’est pour obtenir des poussins (la couvaison dure 21 jours). Le coq est utile pour chasser les intrus, mais il peut se montrer agressif et son chant est souvent source de troubles du voisinage (encadré). Compter un coq pour quatre (races naines) à 10 poules.

La poule est un animal social qui a besoin de compagnie. Il est recommandé d’en posséder au moins deux pour leur assurer une vie normale. Les poules cohabitent sans problème avec d’autres espèces de volailles. La présence d’un chat limite la multiplication des nuisibles (rat, souris), mais présente un risque lors de production de poussins. Il est difficile d’empêcher les chiens d’avoir un comportement de prédation sur les poules.

Construire et équiper son poulailler

Le poulailler doit être facile à nettoyer et empêcher l’intrusion des prédateurs (photo 2). Surélever les espaces “nuit” et “ponte” par rapport au sol du poulailler garantit une meilleure isolation vis-à-vis de l’humidité.

Les poules vont se percher à la tombée de la nuit, pour dormir à l’abri des prédateurs et des parasites. Les perchoirs doivent être adaptés à la taille des pattes : plats avec des arêtes arrondies et d’une largeur suffisante pour soutenir les doigts (7 cm en moyenne). Prévoir au moins 18 à 25 cm de largeur de perchoir par poule. Un plateau amovible recouvert de sciure ou de copeaux de bois et positionné sous les perchoirs simplifie la collecte quotidienne des fientes. La litière (paille, sciure, chanvre) recouvrant le sol du poulailler doit être changée chaque semaine.

La poule préfère pondre dans un endroit calme et sombre. Les nids (un nid pour trois), garnis de paille, de foin ou de copeaux de bois, sont installés à 50-70 cm du sol et maintenus propres pour que les œufs ne soient pas souillés.

Une mangeoire à l’abri des intempéries et un abreuvoir complètent l’installation. La poule est beaucoup plus sensible au chaud qu’au froid, et un stress thermique important peut lui être fatal.

Elle a besoin de gratter le sol et d’avoir accès à une nourriture variée : un parcours extérieur herbeux est indispensable. Attention, une trop forte concentration de poules transforme rapidement un jardin en désert végétal ! Il convient de disposer d’au moins 10 à 20 m2 par poule et d’effectuer des rotations de parcours pour que la végétation se régénère. Si la surface disponible est très importante, les gallinacés respecteront les plantations, à condition de protéger les jeunes pousses. Le parcours comporte un abreuvoir, des arbustes (cachette, refuge, réserve d’insectes), de l’ombre, un bac à sable pour les bains de poussière. Les clôtures protègent les poules des éventuels prédateurs et les empêchent de s’échapper (prévoir 1 m de hauteur pour les races lourdes et 2 m pour les races légères). Il faut enfin penser qu’en cas d’épidémie de grippe aviaire, le parcours devra être entièrement clos (recouvert d’un filet).

Granulés, céréales et restes de table

La poule est omnivore. En parcours extérieur, elle consomme des graines, de la verdure (herbe, restes de tonte de pelouse, salade, orties) et des protéines animales (insectes, vers, limaces et escargots). De l’eau propre et fraîche est accessible à volonté : sans eau, pas d’œuf ! La présence de gravier (grit) dans le gésier est indispensable au broyage des graines. Il est impératif d’en fournir aux poules qui n’ont pas accès à l’extérieur.

Un aliment équilibré (granulés) sera distribué chaque jour, en fonction du stade physiologique des animaux (premier âge, croissance, ponte) : 100 à 150 grammes par jour et par poule. Les céréales (blé, maïs, orge), 20 à 30 grammes par jour, sont distribuées en fin de journée. Stockées dans le jabot, elles seront digérées pendant la nuit. Les restes de table complètent le menu : féculents cuits (riz, pâtes), viande et poisson, pain, croûtes de fromage, couenne de jambon, trognons de salade, épluchures de fruits et légumes, fanes de radis, etc. Éviter néanmoins les pelures d’oignon, d’ail, de poireau, de pomme de terre crue, d’agrumes (et tout ce qui ne vous viendrait pas à l’idée de manger vous-même).

Les plumes sont essentiellement composées de protéines. La mue implique ainsi une dépense énergétique et protéique importante, à compenser par une alimentation adaptée, même si la ponte est stoppée.

Une alimentation déséquilibrée (restes de table et céréales sans complémentation minérale et vitaminique) est à l’origine de problèmes de ponte et de santé.

100 à 200 œufs par an

Une poulette commence à pondre vers l’âge de 16 à 22 semaines, selon les races. Les premiers œufs sont petits, mais leur taille augmente avec l’âge de la poule. La période de ponte est d’une durée variable, jusqu’à la mue annuelle, pendant laquelle la poule ne pondra pas pendant 6 à 12 semaines. Si la durée du jour va en diminuant, la ponte peut ne redémarrer que lorsque les jours rallongent, c’est-à-dire après le solstice d’hiver.

Le nombre d’œufs varie selon les races, de 100 à 200 par an. Il diminue progressivement au cours des pontes successives, jusqu’à l’arrêt de celles-ci vers l’âge de 6 à 8 ans.

Seuls l’ovaire et l’oviducte gauches étant fonctionnels, il n’y a jamais deux œufs à des stades différents de formation dans les voies génitales. Le délai entre l’ovulation et la ponte est de 25 à 26 heures, et une nouvelle ovulation a lieu environ 30 minutes après la ponte. Ainsi, pour une même poule, on observe souvent une série de pontes avec un œuf par jour pendant 3 à 5 jours, un jour sans œuf, puis une nouvelle séquence qui débute tôt le matin.

Pour pondre, la poule s’installe sur le nid, y creuse une cuvette avec ses pattes et rentre la tête. La ponte peut prendre une heure. La poule ne doit pas être dérangée, sinon elle ira pondre ailleurs ou elle retiendra son œuf, ce qui provoque la production d’œufs rugueux. Pour encourager la ponte dans les nids, il suffit d’y laisser un œuf ou d’y placer un œuf factice (ou une balle de golf). Le ramassage est quotidien.

Un œuf se conserve quatre semaines dans une boîte à température constante. Il est conseillé d’y noter au crayon la date de ponte. Les œufs ne doivent pas être lavés. Et il convient d’écarter ceux qui sont souillés ou fêlés de la consommation à cause du risque de contamination bactérienne.

Poule malade ? Quand consulter

La poule en bonne santé est alerte, active pendant la journée et présente un plumage lisse, brillant, non souillé, et une crête rouge vif. L’oiseau malade est apathique et se place à l’écart du groupe. Il reste immobile de longues périodes, les plumes gonflées, la tête près du corps ou penchée avec le bec au sol (à ce stade, la consultation vétérinaire est indispensable !). Entre ces deux situations extrêmes, quelques particularités sont à connaître pour conseiller intelligemment les propriétaires sur la nécessité de consulter.

Comportement anormal de picage

Les poules établissent entre elles une hiérarchie linéaire : la poule dominante “pique” toutes les autres et chaque poule “pique” toutes les poules qui lui sont “inférieures” dans la hiérarchie. Une fois l’ordre de picage établi, les gallinacés cohabitent pacifiquement si la conduite d’élevage est adaptée. Une nouvelle poule sera placée quelques jours dans un enclos grillagé séparé pour sécuriser la prise de contact avec le reste du groupe.

Un picage anormal apparaît si l’alimentation est déséquilibrée ou l’environnement trop pauvre (accompagné de diverses anomalies liées au stress, comme l’amaigrissement, la chute de ponte).

Ne pas confondre mue et trouble dermatologique

Chaque année les volailles muent, généralement au début de l’automne (photo 3). La perte des plumes est parfois assez brutale, mais symétrique et dans un ordre fixe : tête et cou, poitrine, dos et abdomen, ailes et queue. Ce phénomène naturel ne doit pas être confondu avec une maladie, mais la poule est plus sensible aux affections pendant cette période.

Les pertes de plumes anormales, les lésions cutanées (visibles près des yeux et du bec, et sur les pattes) ont souvent une origine parasitaire (poux, gale), parfois infectieuse.

Anomalies des œufs ou de leur coquille

Une diminution durable de la production d’œufs en dehors de la période de mue est anormale. Son origine peut être une réduction de la consommation alimentaire, un manque d’eau, un stress (surpopulation, parasitisme, stress thermique, etc.) ou une infection virale ou bactérienne. Il importe alors de déterminer si une ou plusieurs poules sont touchées.

Les œufs peuvent également présenter des modifications :

- œuf à coquille mince ou sans coquille (photo 4) : il est produit par des poulettes à l’entrée en ponte ou en conséquence d’un déséquilibre phosphocalcique de l’alimentation ;

- œuf à deux voire trois jaunes : il s’explique par une ovulation irrégulière ;

- œuf très petit, sans jaune ou avec un jaune résiduel : il s’observe en début de ponte ou sur des poules âgées, mais aussi en cas de stress ;

- coquille décolorée : sans conséquence si elle concerne un œuf isolé, elle peut être sinon le signe d’une infection ;

- coquille déformée (photo 5) : elle marque une atteinte de la glande coquillière (en cas de stress, de bronchite infectieuse) ;

- coquille rugueuse (photo 5) : elle apparaît lors de rétention d’œuf (par stress ou manque d’eau) ou d’infection ;

- tache de sang : parfois due à une infection, il s’agit le plus souvent simplement d’un capillaire qui s’est rompu au moment de la libération du jaune dans l’oviducte.

Diarrhée, stase dans le jabot

En cas de diarrhée, les plumes autour du cloaque sont souillées et, bien sûr, les fientes sont anormales. La première cause est parasitaire (ascaridiose ou coccidiose) : le traitement est médical et concernera toutes les poules. Il convient de traiter rapidement si les oiseaux sont jeunes.

Normalement, au réveil, le jabot des poules est vide. Un retard de vidange du jabot signale une stase ou une obstruction de celui-ci, d’origine mécanique le plus souvent (présence d’un corps étranger). Une diète hydrique de 24 heures suffit parfois à lever l’obstruction, sinon il est impératif de le vidanger.

RÉGLEMENTATION : DES DISPOSITIONS LOCALES

Il n’existe pas de réglementation particulière à respecter si l’on possède moins de 50 poules. Mais certaines municipalités limitent ou interdisent les animaux de basse-cour, de même que le règlement intérieur de certains lotissements.
Un permis de construire est nécessaire si le poulailler dépasse 20 m2 sur 2 m de haut. Pour moins de 10 animaux, aucune distance n’est imposée entre le poulailler et la clôture ; au-delà, le poulailler devra être placé à plus de 25 m des habitations.
Chaque propriétaire doit veiller à ce que ses animaux ne portent pas atteinte à la tranquillité ou à la santé des voisins. Le chant du coq, le caquètement des poules, les odeurs provenant d’un poulailler insuffisamment nettoyé, les mouches, les rongeurs, les dégâts dans le potager du voisin sont autant de nuisances potentielles qui engagent sa responsabilité civile.
En cas d’épidémie, notamment de grippe aviaire, le confinement des poules peut devenir obligatoire.

Par Sandrine Combaret Docteur vétérinaire, praticienne à é tréchy (Essonne).

Les œufs sont de taille et de couleur variées.

Exemple de poulailler pour trois à quatre poules.

Poule rousse en cours de mue : la chute des plumes est normale.

Œuf à coquille molle.

Œuf rugueux à gauche et déformé à droite.

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