Semaine Vétérinaire n° 1537 du 26/04/2013
 

Face aux nombreux facteurs de recontamination

Dossier

À la demande de la DGAL, une mission d’investigation des cas de recontamination a eu lieu durant l’été 2012 en Dordogne et en Côte-d’Or. Le rapport d’expertise montre « qu’il n’est pas apparu des failles majeures dans les modalités de gestion des foyers soumis à un abattage total. Chaque exploitation constitue un cas particulier, avec souvent plusieurs modalités de recontamination possibles et difficilement hiérarchisables. Les mêmes hypothèses peuvent être retenues dans les deux départements, avec toutefois, pour la Côte-d’Or, un risque plus important représenté par la faune sauvage, beaucoup plus abondante ».

Un suivi télémétrique par collier GPS de dix blaireaux et dix sangliers a été réalisé en Côte-d’Or, afin de déterminer la taille, la composition et l’utilisation des domaines vitaux, et le taux de contacts avec les zones d’élevage bovin, pâtures et bâtiments. Il a permis de déterminer que la distance qui sépare les deux points extrêmes du domaine vital est de 2 km chez le blaireau et de plus de 14 km chez le sanglier, ce qui laisse supposer que l’infection peut se transmettre sur de grandes distances.

Réduire les contacts directs et indirects avec la faune

De plus, les fortes densités d’animaux augmentent les risques d’émergence et de persistance de la maladie. Le seuil de densité considéré comme « à risque », selon un avis de l’Anses d’avril 2011, est de dix sangliers par hectare (avant chasse) et de trois à cinq cerfs par hectare. Le seuil des blaireaux n’est pas déterminé.

En Côte-d’Or, les densités en sangliers sont élevées (13 000 animaux tués en 2011-2012 versus 15 000 en 2010-2011, au lieu de 8 000 par an en Dordogne).

Toutefois, la diminution des effectifs ou l’élimination ponctuelle et ciblée de certains animaux ou groupes d’animaux de la faune sauvage, notamment celle du blaireau, ne sont pas suffisantes. Des mesures de biosécurité doivent être conseillées et rappelées aux éleveurs afin de réduire les contacts directs et indirects entre les bovins et la faune sauvage (clôtures, etc.) et de prévenir la recontamination intercheptels.

Parmi les facteurs de risque, sont notamment identifiés la distribution à même le sol de compléments alimentaires au pré, les nourrisseurs à veaux dans les pâtures qui sont rarement désinfectés, les points d’abreuvement qui attirent la faune sauvage, l’accès des bovins aux zones boisées ou aux terriers situés au milieu des prés, ou le dépôt de fumiers d’exploitations infectées à leur proximité (voir photos). En outre, une contamination du sol n’est pas à exclure.

Par ailleurs, si la désinfection des bâtiments et du matériel d’élevage est correctement effectuée, celle des matériels partagés entre plusieurs exploitants ou utilisés en pâture est perfectible.

Envisager une gestion sanitaire géo-épidémiologique

La charge de travail qui pèse sur les éleveurs – en raison de l’accroissement de la taille des cheptels et de la recherche des aides de la politique agricole commune (PAC), notamment la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes – les incite à l’achat de terrains parfois éloignés du siège social de l’exploitation et pénalise la surveillance des animaux. « Certaines zones constituent des unités épidémiologiques qui regroupent une mosaïque de parcelles appartenant à plusieurs exploitations. Dès lors, la gestion de la tuberculose conduite à l’échelle d’un cheptel perd de sa cohérence et de son efficacité, car les mesures d’assainissement ne sont pratiquement jamais appliquées de manière simultanée sur ces troupeaux. Il serait intéressant d’engager une réflexion sur la possibilité de se doter de moyens permettant de favoriser une gestion sanitaire reposant sur des considérations géo-épidémiologiques », indique le rapport de l’Anses.

En outre, si le nombre de cas par exploitation est le plus souvent limité à un seul individu avec des lésions de petite taille, parfois la maladie touche des veaux de quatre à six mois, qui présentent des lésions généralisées rappelant le caractère parfois explosif de la contamination. Et certaines exploitations situées dans un environnement à risque restent indemnes, alors que des voisines se recontaminent. « Ces observations peuvent conduire à s’interroger sur l’existence d’une variabilité de la virulence des souches circulantes, ou sur la sélection de profils de souches nouvelles ou particulières, ou encore sur l’intervention de facteurs de sensibilité d’ordre génétique chez les bovins. »

À la suite de ce rapport d’expertise, une plaquette concernant les mesures de biosécurité sera produite par GDS France dans le courant de l’année.

Vétérinaires et GDS sur le terrain

Toutefois, ce changement des pratiques d’élevage se heurte à de fortes contraintes socio-économiques pour les éleveurs. Si certains sont résignés, la plupart sont lassés des recontaminations. Ils jugent que les tests imposés ne sont pas fiables1. Ils souhaitent que les indemnisations soient versées plus tôt et soient indexées sur les valeurs de remplacement des bêtes. Ils acceptent mal le blocage du troupeau, l’absence d’amélioration épidémiologique malgré les abattages totaux, et les difficultés commerciales potentielles liées au statut de l’exploitation ou de la zone d’élevage.

En conseillant les éleveurs sur la nécessité de mettre en place des mesures de biosécurité, les vétérinaires et les Groupements de défense sanitaire jouent un rôle primordial sur le terrain. « Sur tout le territoire national, de l’agriculteur jusqu’au chasseur même occasionnel, tous doivent prendre conscience que la perte du statut “officiellement indemne de tuberculose” de la France aurait des conséquences graves sur l’ensemble de la filière agro-alimentaire de notre pays. »

  • 1 En effet, moins de 5 % des abattages diagnostiques sont confirmés, malgré la réalisation d’une PCR et d’une culture systématiques. De même, environ 5 % des bovins qui n’ont pas réagi au dépistage tuberculinique peuvent être porteurs de lésions tuberculeuses. Cette double discordance entre les résultats de tuberculination et les observations faites à l’abattoir est une caractéristique de la tuberculose. La faible prévalence d’une maladie, quelle qu’elle soit, entraîne une faible valeur prédictive positive des tests de dépistage.

POUR EN SAVOIR PLUS

Fediaevsky A., Bénet J.J., Boschiroli M.L. et coll. La tuberculose bovine en France en 2011, poursuite de la réduction du nombre de foyers. Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation, bilan 2011, novembre 2012;54/spécial MRE:4-12.

Courcoul A., Moutou F., Vialard J. Tuberculose bovine : investigations épidémiologiques au sein de troupeaux bovins infectés à plusieurs reprises. Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation, mars 2013;56:10-14.

Courcoul A., Moutou F., Vialard J. Rapport d’expertise sur la tuberculose bovine en Côte-d’Or et en Dordogne, 8 octobre 2012, 32 p.

Richomme C., Rivière J., Hars J. et coll. Tuberculose bovine : infection de sangliers dans un parc de chasse. Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation, mars 2013;56:14-16.

Richard L. Le diagnostic progresse, la réglementation aussi. Sem. Vét. 2011;1438:24-28.

Séance thématique : la tuberculose en médecine vétérinaire, Académie vétérinaire de France, 4 avril 2013. http://www.academie-veterinaire-defrance.org/seances/programmes-et-diaporamas-des-seances/seances-2013.html

Bénet J.J., Praud A. La tuberculose animale. Polycopié des enseignants de maladies contagieuses des 4 ENV françaises, juillet 2012. 84 p. http://eve.vet-alfort.fr/course/view.phpid=280

Efsa panel on Animal Health and Welfare (AHAW) ; Scientific opinion on the use of a gamma interferon test for the diagnosis of bovine tuberculosis. Efsa Journal 2012;10 (12):2975 [63 p.] www.efsa.europa.eu/efsajournal.

Hars J., Richomme C., Rivière J. et coll. Dix années de surveillance de la tuberculose bovine dans la faune sauvage française et perspectives. Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation, septembre 2012;52:2-6.

Rivière J., Fediaevsky A., Hars J. et coll. Sylvatub : dispositif national de surveillance de la tuberculose bovine dans la faune sauvage. Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation, septembre 2012;52:7-8.

Centre de ressources épidémiosurveillance : www.plateforme-esa.fr

Note de service DGAL/SDSPA/N2013-8054 et DGAL/SDSPA/N2013-8059, www.legifrance.gouv.fr

L’installation de clôtures autour des terriers de blaireaux serait une solution pour éviter que les bovins pâturent à leur proximité immédiate.

Une désinfection régulière des nourrisseurs à veaux au pré est indispensable, car ils peuvent être souillés par les animaux sauvages, notamment les sangliers, attirés par les granulés.

Les dépôts de fumier d’exploitations infectées près des zones boisées, lieu de vie de la faune sauvage, constituent un facteur de risque de contamination, de même que l’accès des bovins aux zones boisées.

Les points d’abreuvement dans les pâtures peuvent être partagés par les bovins et la faune sauvage, et constituer un environnement favorable à la persistance de Mycobacterium bovis.

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