Semaine Vétérinaire n° 1537 du 26/04/2013
 

Dossier

Lorenza Richard

Stagnation de la prévalence de l’infection, détection de foyers dans de nouveaux départements, recontamination d’élevages, infection au sein de la faune sauvage, éleveurs inquiets, etc. La tuberculose n’en finit pas de faire (re)parler d’elle. Tour d’horizon de la situation actuelle et des mesures de lutte mises en place pour que l’Hexagone conserve son statut officiellement indemne de la maladie.

La France métropolitaine conserve son statut officiellement indemne (OI) de tuberculose bovine, octroyé en 2001 (décision 2001/26/CE), en raison d’un taux de prévalence annuelle de troupeaux inférieur à 0,1 %, d’un taux de troupeaux OI supérieur à 99,9 % au 31 décembre, et du respect de la réglementation européenne. Toutefois, les conditions de maintien du statut OI sont limites car, en 2011, le taux de prévalence était proche de 0,08 % (0,077 %, versus 0,073 % en 2010).

UNE PRÉVALENCE EN HAUSSE, MAIS DES RÉSULTATS ENCOURAGEANTS

Depuis 2004-2005, le nombre de foyers infectieux augmente dans l’Hexagone, et la prévalence de la tuberculose bovine en 2011 apparaît en hausse de 4 % par rapport à 2010. En revanche, son incidence est en baisse de 20 % (0,04 %, versus 0,05 % en 2010). Cela est notamment lié à l’assainissement via l’abattage partiel, qui allonge la durée de comptabilisation d’une exploitation infectée en tant que foyer. Ainsi, un nombre important de foyers (179) détectés fin 2010 est comptabilisé dans la prévalence de 2011. Celle de 2012 sera également élevée, car elle inclura notamment 101 troupeaux infectés au 31 décembre 2011.

Toutefois, pour Alexandre Fediaevsky, de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), « les résultats de l’année 2011 sont encourageants par rapport à ceux de 2010, car l’incidence est en baisse et le taux de détection de réactions non négatives en prophylaxie est en hausse, ce qui traduit une augmentation de la sensibilité du dispositif ». Cela est à mettre en relation avec la proportion d’acteurs vétérinaires ayant déclaré des réactions non négatives auprès d’une Direction départementale de la protection des populations (DDPP), c’est-à-dire 21,9 % en 2011-2012, au lieu de 15,2 % en 2010-2011.

Jusqu’en 2006, la maladie était principalement découverte à l’abattoir, puis la mise en place du dépistage par tuberculination, en 2007, a pris le dessus. Le nombre de cas par région est corrélé au taux d’exploitations tuberculinées. En 2011, ces deux circonstances s’équilibrent, en raison de la diminution des foyers incidents détectés par la prophylaxie dans les zones les plus à risque, et par des découvertes en abattoirs dans des régions où la prophylaxie est absente ou allégée (voir tableau 1). De nouveaux foyers sont ainsi observés dans des départements jusqu’alors indemnes, mais ces détections ne peuvent actuellement être attribuées, de façon formelle, à une recrudescence de la maladie dans ces zones ou à la surveillance (voir encadré page 32). Cela appelle toutefois à la vigilance, et les enquêtes épidémiologiques prennent également une part importante dans la découverte de la maladie.

LES ENQUÊTES ÉPIDÉMIOLOGIQUES, PILIERS DE LA SURVEILLANCE

Les modalités de surveillance des troupeaux en lien épidémiologique avec un foyer (voir encadré page 32) sont explicitées par la DGAL dans la note de service du 21 mars 2013 (DGAL/SDSPA/N2013-8059). Il y est rappelé qu’une enquête épidémiologique approfondie doit être réalisée dès que l’infection est confirmée dans un troupeau, conformément à l’article 26 de l’arrêté ministériel du 15 septembre 2003 modifié. Son objectif est de « déterminer la source et les conditions dans lesquelles l’infection tuberculeuse s’est propagée à l’élevage et à identifier les élevages susceptibles d’avoir été infectés à partir du troupeau placé sous arrêté portant déclaration d’infection (APDI) ». Cette enquête constitue « un pilier essentiel du dispositif de surveillance, en raison de l’arrêt des tuberculinations systématiques et de la limite de détection de la maladie à l’abattoir ». Les troupeaux en lien épidémiologique avec un cheptel dans lequel l’infection est confirmée (voir encadré page 31) font l’objet d’investigations prises en charge par l’État au titre de la police sanitaire, et sont placés sous arrêté préfectoral de mise sous surveillance (APMS) de suivi épidémiologique. Si l’intradermo-tuberculination comparative (IDC) ou le test à l’interféron gamma (INT-γ) est non négatif dans l’un de ces troupeaux, il est placé sous APMS, avec abattage diagnostique et nouveau contrôle du cheptel (conformément à la note DGAL/SDSPA/N2012-8215). Si l’abattage diagnostique est positif, le troupeau est placé sous APDI.

OBJECTIF PRINCIPAL : CONSERVER LE STATUT OFFICIELLEMENT INDEMNE

Historiquement, la lutte contre la tuberculose a été instaurée en raison de son caractère zoonotique. M. bovis (qui infecte principalement les bovins) et M. tuberculosis (qui infecte principalement l’homme) appartiennent au Mycobacterium tuberculosis complex (MTBC) et affichent une grande proximité génétique. Les principaux facteurs de risque pour l’homme d’être contaminé par M. bovis sont à la fois une forte prévalence de la tuberculose bovine et des mesures hygiéniques insuffisantes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un tiers de la population de la planète est atteinte de tuberculose latente, avec plusieurs millions de nouveaux cas cliniques par an et des souches multirésistantes aux traitements. La transmission passe essentiellement par le lait et par les aérosols. En France, l’incidence de la maladie humaine à M. bovis est de 0,5 à 1 % et la majorité des cas concernent des sujets d’origine étrangère, qui ont contracté la maladie dans leur pays, ou des personnes âgées (plus de 60 ans), signe d’une infection ancienne.

Ainsi, en raison de la faible prévalence de la tuberculose bovine en France métropolitaine, les enjeux économiques liés au statut officiellement indemne du pays sont actuellement plus importants que ceux de santé publique. D’après les données transmises par les DDPP, l’État a engagé près de 18,8 millions d’euros dans la surveillance et la lutte contre la tuberculose bovine en 2011 (77 % en indemnisations versées aux éleveurs, 16 % en frais de laboratoire, 7 % en honoraires vétérinaires). L’accent est désormais mis sur la protection des élevages officiellement indemnes, afin de maintenir leur qualification, et sur la création d’un réseau d’épidémiosurveillance dont les vétérinaires font partie. En réalisant scrupuleusement les tuberculinations et en déclarant tout foyer infectieux, ils permettent de détecter les troupeaux infectés et de prévenir la diffusion de la maladie.

RAPPELS ET ACTUALITÉS DE POLICE SANITAIRE

Lors de résultats non négatifs en élevage, des examens complémentaires sont conduits de façon à recontrôler tout ou partie du troupeau, sous le régime de la police sanitaire, par IDC ou par test INT-γ avec antigènes recombinants dans un cadre expérimental.

Si les résultats sont défavorables, le ou les animaux qui réagissent font l’objet d’un abattage diagnostique. Une recherche de mycobactéries par polymerase chain reaction (PCR) et par culture est réalisée sur les organes lésés et les ganglions rétropharyngiens, médiastinaux et trachéobronchiques.

Lors d’infection confirmée, les exploitations en lien épidémiologique font l’objet d’investigations.

En cas de confirmation de l’infection, l’exploitation infectée est assainie par un abattage total, avec inspection renforcée à l’abattoir, suivi d’un nettoyage-désinfection. Dans certains cas particuliers justifiés par la sauvegarde de races d’intérêt local, ou à titre expérimental en Dordogne et en Côte-d’Or, l’assainissement peut être effectué via un abattage partiel. Dans ce cas, les animaux sont testés par IDC et INT-γ à plusieurs reprises. Ceux qui réagissent sont éliminés par abattage diagnostique.

Le troupeau est considéré comme assaini à l’issue de deux contrôles favorables espacés de deux mois, et comme requalifié à l’issue de deux autres contrôles favorables sur un intervalle de deux mois.

La Commission européenne reconnaît un protocole expérimental qui inclut le test INT-γ et est conduit sur les bovins à statut indéterminé, sur une base volontaire, durant deux campagnes de prophylaxie. La spécificité de ce texte n’est pas aussi élevée que celle de l’intradermoréaction, mais son objectif est de réduire le délai nécessaire au recontrôle de ces animaux.

Toutefois, en cas de résultat non négatif, les blocages seront allongés (42 jours avec isolement des animaux suspects) et associés à des abattages diagnostiques systématiques des bovins même négatifs, suivis d’un recontrôle de tout le troupeau en cas de résultat négatif à l’abattage diagnostique. Les résultats seront connus en 2015 et les protocoles pour l’utilisation de l’INT-γ devraient être harmonisés au sein de l’Union européenne.

DISTRIBUTION DE LA TUBERCULOSE BOVINE DANS LES CHEPTELS FRANÇAIS

La répartition de la maladie en France est hétérogène, avec un faible nombre de foyers dans la majorité des départements et des zones à risques connues, qui concernent essentiellement des bovins allaitants. Ainsi, 44 % des foyers se situent en Côte-d’Or et en Dordogne, et 15 % entre les Landes et les Pyrénées Atlantiques (voir carte ci-dessous).

En Dordogne, 17 cas sont répertoriés au premier trimestre 2013 dans la zone infectée (du Ribéracois à Thiviers). Une cellule d’épidémiologie sera créée en mai 2013 pour comprendre les raisons de ces contaminations.

En Côte-d’Or, les foyers infectieux apparus en 2011 et 2012 sont, pour la moitié d’entre eux, des recontaminations d’élevages déjà infectés et assainis, avec deux sérotypes différents, BCG et GB35 selon la zone.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, 13 foyers sont recensés en 2012 et la situation risque d’évoluer comme en Dordogne et en Côte-d’Or, car des sangliers infectés ont été détectés. L’incidence en Camargue a fortement diminué, mais cette tendance peut être faussée en raison d’un dépistage principalement réalisé par intradermo-tuberculination simple (IDS). La reprise du test à l’interféron gamma (INT-γ) confirmera ou non ce résultat dans les mois à venir.

Des foyers sont également recensés entre l’Ariège et la Haute-Garonne, ainsi que dans des départements où aucun cas n’a été observé depuis 2006 (Doubs, Cantal, Manche, Somme) ou 2001 (Aisne et Nord).

Liens épidémiologiques entre un troupeau et l’élevage infecté

Troupeau en lien aval : il comprend un bovin issu du troupeau infecté.

Troupeau en lien amont : le bovin reconnu infecté y est né ou y a transité.

Troupeau en lien de voisinage : il regroupe des bovins ayant pu avoir des contacts directs (ou indirects) fréquents avec des animaux du troupeau reconnu infecté.

DISTRIBUTION DE LA TUBERCULOSE BOVINE EN FRANCE, DANS LES ÉLEVAGES ET LA FAUNE SAUVAGE, DE 2000 à 2012

1 > SURVEILLANCE DE LA TUBERCULOSE BOVINE À L’ABATTOIR EN 2011 SELON LES MOTIFS D’INSPECTION

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