Semaine Vétérinaire n° 1537 du 26/04/2013

Entre nous

VOUS AVEZ LA PAROLE

BERNARD POUTRELCONSULTANT EN SANTE ANIMALE

Dans le domaine des mammites, il est des termes couramment et improprement utilisés, soit parce qu’ils constituent des fautes de français, soit parce qu’ils sont scientifiquement non valides.

Concernant les cellules somatiques, l’expression « taux cellulaire » est fréquemment employée, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Elle a été introduite par les contrôleurs laitiers, puis souvent reprise par les praticiens, afin de faire le “pendant” à « taux protéique » et « taux de matière grasse ». Ces dernières expressions sont justifiées puisqu’il s’agit de préciser un pourcentage, ce qui n’est pas le cas pour les cellules. L’expression « les comptages sont de 200 000 » n’est pas plus appropriée car, au sens strict, elle signifie que l’on a effectué 200 000 comptages, alors qu’il s’agit du résultat de ces derniers. S’agissant d’exprimer un nombre par unité de volume, il convient donc d’utiliser l’expression « concentration cellulaire ».

Dans l’emploi des termes « dépistage » et « diagnostic », il existe également une confusion. Le dépistage intervient avant l’apparition de la maladie et s’applique à des animaux en bonne santé apparente. Le dépistage organisé s’adresse à un ensemble ciblé d’individus du troupeau et se distingue du dépistage individuel. Le diagnostic, lui, est une démarche initiée par la présence de signes cliniques et/ou biologiques.

Un autre terme est scientifiquement inexact, celui de « lipopolysaccharide » (LPS), qui désigne un constituant de la membrane externe des bactéries Gram négatif, impliqué dans la sévérité des mammites à coliformes. Il s’agit en fait d’un faux ami, car en réalité, il n’est pas constitué d’unités répétitives de saccharose comme le laisse à penser le terme anglais, mais d’oses de nature différente. Le terme scientifiquement exact est donc « lipopolyoside » (LPO, qui ne veut pas toujours dire Ligue de protection des oiseaux !).

Pour le diagnostic des mammites, l’apparition de la polymerase chain reaction (PCR) a conduit à la remise en cause de la notion de mamelle stérile, établie depuis près de 50 ans par les chercheurs anglais de Reading. Cette méthode très sensible, qui permet l’amplification de l’ADN de bactéries présentes en faible quantité dans l’échantillon de lait, donne d’une part moins de résultats négatifs, d’autre part plus de résultats polymicrobiens que la méthode de référence par culture. Ainsi, récemment, plusieurs auteurs, dont certains font autorité, ont évoqué l’existence d’un microbiote mammaire, comme il existe un microbiote intestinal. La crédibilité de cette notion est alimentée par l’existence d’un tel microbiote chez la femme qui allaite. L’un des partisans de ce concept, à la suite de prélèvements de lait réalisés par ponction stérile dans la citerne et soumis à la PCR, a récemment confirmé la réalité de la stérilité de la mamelle (communication personnelle, publication en cours).

Les précisions apportées ici n’ont pas la prétention de remettre en cause des notions parfaitement établies concernant le diagnostic et l’épidémiologie des mammites. Elles sont une invitation à la rigueur pour les praticiens, qui sont des scientifiques, dans l’emploi des termes et l’analyse critique.

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