Semaine Vétérinaire n° 1537 du 26/04/2013

LE LIVRE

Évasions

MICHEL BERTROU

« L’histoire de la compatibilité des hommes et des animaux (…) est l’histoire même de l’humanité », écrit Jean-Christophe Bailly dans l’introduction de son nouvel ouvrage, Le parti pris des animaux. Un lien premier donc, mais que le langage, en persuadant l’homme de sa solitude, a voulu rompre. Pour autant, la supposée pauvreté en monde1 des animaux n’a jamais convaincu, et la pure énigme de leur existence continue de « surprendre et réjouir ». Y a-t-il réellement une exclusivité humaine du sens ? Les voies que chaque animal – avec ses moyens, sa forme, sa mobilité – trace dans le monde ne sont-elles pas comme des pensées, des pensées sans langage ?

Sans donner la parole aux animaux, l’écriture précise et minutieuse de l’auteur nous conduit, entre littérature et philosophie, « au-devant de leur silence » pour « tenter d’identifier ce qui s’y dit ». Grâce au fil renoué du langage, c’est ce sens « perdu, éperdu, confondu au vivant » que poursuit l’écrivain, prolongeant dans les textes de ce nouveau recueil ce qu’il avait déjà engagé avec Le Versant animal. Il s’agit bien ici d’engagement. Du côté de la diversité offerte du vivant. Du côté de l’expérience du sensible (sans sensiblerie). On a rarement aussi finement pensé et écrit sur les animaux.

Le parti pris des animaux de Jean-Christophe Bailly, Christian Bourgois Éditeur, 133 pages, 9 €.

  • 1 La formule est du philosophe allemand Martin Heidegger.

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