Semaine Vétérinaire n° 1537 du 26/04/2013

Formation

NAC

MINH-THI HUYNH*, TANIT HALFON**


*praticien au CHV Frégis à Arcueil (Val-de-Marne). Article tiré d’une conférence présentée par l’Afvac Ile-de-France en janvier 2012.

POINTS FORTS

– La malocclusion provient quasi systématiquement d’un manque de fibres dans la ration.

– Son diagnostic précis passe par des examens d’imagerie et par l’endoscopie.

– Lors d’abcès, le traitement de choix est l’extraction de la dent infectée, la marsupialisation de l’abcès et une cicatrisation par seconde intention.

– De nouvelles techniques sont décrites : intervention endoscopique et incision de l’abcès sans retrait de la coque, mais avec mise en place de compresses de clindamycine.

Les affections de l’appareil bucco-dentaire sont parmi les plus fréquemment rencontrées en pratique courante chez le lapin de compagnie. En effet, ses dents sont à croissance continue et tout défaut d’usure de la surface dentaire entraîne une malocclusion. Toutes les dents sont concernées. Un manque de fibres dans la ration est la cause la plus courante de la maladie. Néanmoins, une origine métabolique (carence en vitamine D3) ou génétique est aussi décrite. L’affection suit plusieurs stades. Le plus simple s’exprime par la présence de pointes dentaires sur les prémolaires et les molaires. Le plus avancé fait apparaître, entre autres, un abcès dentaire.

RAPPELS ANATOMIQUE ET DYNAMIQUE

Le lapin possède 28 dents. Sa formule dentaire est la suivante : 2*(I2/1, C0/0, PM3/2, M3/3). Les incisives et les prémolaires sont séparées par un espace vide appelé le diastème. Le terme de dents jugales englobe les prémolaires et les molaires.

L’usure des dents est assurée, au cours la mastication, par :

– des mouvements latéro-latéraux et crânio-caudaux des dents jugales, observés lors de la consommation de foin ; ce frottement des dents entre elles use efficacement leur surface ;

– des mouvements latéro-latéraux plus petits et crânio-dorsaux plus grands, observés au cours de la consommation de granulés ; il en résulte l’apparition de pointes dentaires sur les dents jugales.

DIAGNOSTIC

En plus du simple examen otoscopique de la bouche, plusieurs techniques permettent d’évaluer précisément le degré d’atteinte de la cavité buccale.

La radiographie

Une anesthésie générale est indispensable au bon positionnement de l’animal. La projection latérale et les deux obliques sont recommandées. Cet examen permet d’évaluer la partie apicale des dents, non visible à l’examen otoscopique. La vue de profil montre les surfaces d’occlusion des incisives, des prémolaires et des molaires, ainsi que la longueur des incisives.

Des travaux récents (Boehmer et coll., 2009) définissent d’ailleurs deux lignes de référence à tracer sur cette vue de profil. Une première ligne relie la protubérance occipitale à l’extrémité rostrale de l’os nasal. Une seconde, parallèle à la première, relie la crête alvéolaire des incisives supérieures au tiers distal de la bulle tympanique. Cette technique permet une meilleure visualisation des modifications à apporter au cours d’un parage dentaire.

L’endoscopie

Cette technique d’imagerie permet un examen plus approfondi de la cavité buccale par rapport à un simple examen otoscopique. Les lésions linguales et jugales discrètes sont plus facilement observables.

Le scanner et l’IRM

Ces examens sont indispensables pour l’exploration d’un abcès dentaire, car ils permettent d’identifier précisément la ou les dents infectées, et de visualiser l’extension de l’abcès.

TRAITEMENT D’UN ABCÈS DENTAIRE

La technique de choix est l’exérèse de la dent infectée, puis la marsupialisation de l’abcès et une cicatrisation par seconde intention.

L’utilisation nouvelle de l’endoscopie permet une intervention dans la cavité buccale, et non à l’extérieur, ce qui permet de diminuer l’incision, donc la douleur opératoire. L’ouverture réalisée par voie intra-orale n’est pas refermée, laissant l’abcès se drainer dans la bouche.

Un suivi sous anesthésie est effectué une fois par semaine. En général, la cicatrisation est presque terminée au bout de trois contrôles. Si l’œil du lapin était sorti de son orbite, il retrouve sa position initiale deux à trois semaines plus tard.

Une nouvelle technique, plus conservatrice, est décrite. L’abcès est ouvert par l’extérieur. Seul le pus est retiré, la membrane pyogène est laissée intacte. Il est conseillé d’envoyer au laboratoire un morceau de cette membrane pour une analyse bactériologique et un antibiogramme. Des compresses imbibées de clindamycine sont placées à l’intérieur de la coque, puis l’abcès est refermé. En effet, la flore bactérienne d’un abcès dentaire, à dominante anaérobie, est sensible à 90 % à cet antibiotique. Bien que la clindamycine soit toxique pour le lapin par voie orale, il ne diffuse pas en dehors des parois de l’abcès. Des contrôles sont nécessaires une fois par semaine afin de renouveler les compresses.

Cette technique est particulièrement intéressante pour les lapins âgés, car l’anesthésie est de courte durée et l’intervention peu invasive. Les résultats sont bons, avec d’éventuelles récidives au bout de deux à trois ans seulement, tant qu’aucune fistule ne communique avec la cavité orale.

MINH-THI HUYNH, praticien au CHV Frégis à Arcueil (Val-de-Marne). Article tiré d’une conférence présentée par l’Afvac Ile-de-France en janvier 2012.

Vue endoscopique d’une malocclusion dentaire chez un lapin. Noter la pointe dentaire inférieure et l’ulcère lingual.

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