Semaine Vétérinaire n° 1536 du 19/04/2013
 

Formation

PRODUCTIONS ANIMALES/BOVINS

KARIM ADJOU

La tuberculose bovine est une maladie infectieuse et contagieuse due à la bactérie Mycobacterium bovis qui appartient au complexe Mycobacterium tuberculosis. Cette affection est transmissible à de nombreuses espèces animales, et notamment à l’homme. Chez les bovins, elle entraîne une baisse de productivité et une mort précoce. Elle est donc associée à des pertes économiques importantes.

La tuberculose, qui fut un fléau majeur dans le passé, a évolué au cours des années. Autrefois, les animaux atteints présentaient des symptômes marqués et pathognomoniques. De nos jours, ils développent rarement des signes cliniques et sont détectés soit par dépistage lors des prophylaxies, soit à l’abattoir, avec des résultats parfois difficiles à interpréter. La fiabilité des “tests tuberculiniques” peut en effet être remise en cause.

DÉTECTION DANS LE LAIT

Au Brésil, une équipe1 s’est interrogée sur l’intérêt d’une méthode complémentaire à l’intradermo-tuberculination comparative (IDC) pour le dépistage des animaux infectés, mais dont le résultat est négatif (faux négatifs). Cette étude a été menée sur un troupeau de 77 vaches présentant des résultats négatifs pour la tuberculose depuis cinq ans, mais dans lequel deux animaux ont réagi positivement à l’IDC lors d’un dépistage programmé. Huit semaines plus tard, les 77 vaches ont fait l’objet d’une IDC. Dix-sept se sont révélées positives et sept douteuses. Chez huit des bovins négatifs en IDC, un échantillon de lait a été prélevé pour une recherche en culture de mycobactéries et une PCR duplex (cette polymerase chain reaction permet de détecter l’ADN de M. bovis et de toutes les mycobactéries du complexe tuberculosis). Pour les huit vaches “négatives”, les échantillons de lait se sont révélés positifs en PCR (mais négatifs en culture, n = 4) ou en culture (mais négatifs en PCR, n = 1). Cette dernière donnée laisse planer un doute sur la qualité du prélèvement et/ou de la réalisation des analyses de laboratoire, puisqu’il est difficile d’admettre que la culture soit plus sensible que la PCR.

Chez les cinq bovins positifs sur le lait, une IDC a été effectuée une nouvelle fois, huit semaines plus tard : les résultats montrent la présence de deux cas positifs et de deux cas douteux (autres que la vache positive en culture, mais négative en PCR). Les quatre animaux ont été euthanasiés et des lésions proches de celles de la tuberculose ont été retrouvées chez un bovin positif et un bovin douteux.

INTERFÉRENCES PARASITAIRES

Au Royaume-Uni, malgré un programme ambitieux d’éradication, la prévalence de la maladie est en hausse sans aucune explication, avec une augmentation exponentielle des cas au cours de l’année. Une étude2 réalisée par une équipe de l’université de Liverpool, sur 3 026 troupeaux laitiers en Angleterre et au Pays de Galles, montre l’existence d’une corrélation négative significative entre l’exposition au parasite helminthe, Fasciola hepatica, et le diagnostic de tuberculose bovine.

En effet, cette étude révèle que le taux de faux négatifs augmente dans le groupe des bovins atteints de tuberculose et infestés par la grande douve, par rapport au lot infecté seulement par M. bovis. Entre les deux mesures de pli de peau, les auteurs détectent 42 % de bovins de moins ayant une différence significative dans le groupe des coinfestés.

Certains agents pathogènes, comme les parasites helminthiques, modifient la réponse immunitaire de l’hôte, augmentant la probabilité d’une contamination et diminuant la sensibilité du test diagnostique fondé sur la réponse immunitaire. En effet, ce trématode induit un état anti-inflammatoire chez son hôte qui entraîne une suppression de la production de cytokines anti-inflammatoires. Ainsi, les animaux contaminés, mais non détectés, vont disséminer l’infection dans leur troupeau, mais également au sein de la faune sauvage alentour, voire dans d’autres élevages en cas de mouvements commerciaux. Ce constat pourrait expliquer en partie la propagation continue de la tuberculose bovine et l’échec du programme d’éradication en cours au Royaume-Uni.

  • 1 C.F. Zarden, C.D. Marassi, E.E. Figueiredo, W. Lilenbaum. Mycobacterium bovis detection from milk of negative skin test cows. Veterinary Record, 2013;172:130.

  • 2 J. Claridge, P. Diggle, C.M. McCann, G. Mulcahy, R. Flynn, J. McNair et coll. (2012). Fasciola hepatica is associated with the failure to detect bovine tuberculosis in dairy cattle. Nature Communications, 3 (853).

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES MÉTHODES DIAGNOSTIQUES DE LA TUBERCULOSE BOVINE

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