Semaine Vétérinaire n° 1536 du 19/04/2013
 

Entre nous

FORUM

SERGE TROUILLET

La connaissance dans ce domaine s’est accélérée

Dominique Autier-Dérian, vétérinaire comportementaliste, PhD en éthologie.

La communauté scientifique internationale s’intéresse à la bientraitance depuis longtemps. Une accélération de la connaissance dans ce domaine semble toutefois être intervenue, ces cinq dernières années. Un gros travail a été réalisé, notamment sur le décryptage et l’appréciation de la douleur chez l’animal. De nombreuses études en aveugle ont ainsi été menées. Des personnes naïves avant le début de l’expérience, grâce à ce qu’on leur apprend des mimiques et des postures de souffrance chez l’animal, ne se trompent pas quand elles évaluent l’absence de douleur chez ceux qui ont reçu des antalgiques, tandis que les autres, dans un cadre éthiquement réglementé, en éprouvent.

Les vétérinaires possèdent de plus en plus d’outils d’appréciation des émotions des animaux. Il existe dorénavant des programmes en élevage, des accréditations en expérimentation animale, des évaluations dans tous les domaines. Par exemple, dans la directive européenne entrée en vigueur au 1er janvier 2013 et qui concerne les établissements élevant ou utilisant des animaux en expérimentation, la valeur de référence pour la douleur est de l’ordre de la piqûre d’une aiguille. Des grilles d’évaluation, validées scientifiquement, sont proposées chez les rongeurs, les lagomorphes, et sont à l’étude chez d’autres espèces.

L’expérimentation animale est bien circonscrite

Claude Milhaud, membre émérite de l’Académie vétérinaire de France.

Dans la relation de l’homme à l’animal, la prise en compte de la bientraitance animale a sans aucun doute constitué l’un des faits marquants des dernières décennies. Les rencontres “Animal et société”, organisées en 2008-2009 par le ministère de l’Agriculture, en ont été l’un des principaux jalons. Par la richesse des échanges entre les professionnels, les organismes de protection des animaux ou encore les experts, ces rencontres ont concrétisé les préoccupations de la société. L’écho de ces réflexions se traduit progressivement aujourd’hui dans les dispositions réglementaires mises en œuvre. Il en est ainsi de l’expérimentation animale. Sa réglementation en France a commencé, en 1968, par l’obligation pour le chercheur d’être autorisé. Une directive européenne, en 1986, a renforcé cette obligation, la faisant également porter sur l’établissement où elle se pratique, ainsi que sur les productions des animaux utilisés. La nouvelle directive européenne de 2013 ajoute le protocole expérimental, ainsi que la constitution, au sein des laboratoires, de comités d’éthique. Leur avis, bien que consultatif, est cristallisé dans le rapport remis au ministère de la Recherche qui décide de l’autorisation d’expérimentation.

Les pratiques des éleveurs s’en trouvent modifiées

Isabelle Veissier, directeur de recherches à l’Inra de Clermont-Ferrand-Theix (équipe “adaptation et comportements sociaux”).

La communauté scientifique parle plutôt de bien-être animal, c’est-à-dire de ce que l’animal ressent. À travers le réseau AgriBEA (un groupe d’animation transversale piloté par l’Inra qui réunit des chercheurs de tous horizons), nous travaillons à développer une culture commune sur cette notion et à répondre aux interrogations de la société. Il s’agit de mieux comprendre le ressenti des animaux et l’impact des situations chargées émotionnellement sur le fonctionnement de l’animal à long terme.

Une thèse a récemment montré que des moutons perturbés deviennent pessimistes, et que le retour à un environnement favorable vient contrer cet effet : ils redeviennent optimistes. Une autre thèse révèle que le réallotement de jeunes bovins, pour constituer des groupes homogènes lorsqu’ils passent du naisseur à l’engraisseur, est une source de stress. Cela se traduit par une moindre croissance et davantage de troubles sanitaires. Les éleveurs commencent ainsi à modifier progressivement leurs pratiques. Depuis 2003, l’obligation d’élever les veaux de boucherie en groupe, au lieu de le faire dans des cases individuelles, a même redonné aux éleveurs le sentiment d’exercer de nouveau leur métier, avec des animaux libres, qui peuvent être observés, avec lesquels ils interagissent.

Oui, le bien-être des animaux s’améliore grâce aux progrès de la connaissance, de la réglementation, de la prise de conscience collective et, surtout, grâce aux éleveurs.

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