Semaine Vétérinaire n° 1535 du 12/04/2013
 

Témoignages

Dossier

Serge Trouillet

ALAIN BEAUMONT, PRATICIEN CANIN PCR À TOURS (INDRE-ET-LOIRE)

En règle… vingt-quatre ans après !

Alain Beaumont a acheté son appareil de radiographie lorsqu’il s’est installé, en 1988. Il a toujours utilisé les équipements de protection et a commencé la dosimétrie lorsqu’il a embauché des salariés, en 1998. Sensibilisé par la profession, il suit une formation PCR en 2004, qu’il renouvelle cinq ans plus tard. Il est alors tenu d’adresser une demande de déclaration auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire, assortie entre autres du certificat de conformité de son appareil. C’est là que les ennuis commencent ! Il n’en possède pas. « À l’époque, je n’ai reçu que la facture, puis le fournisseur et le distributeur ont disparu. Je n’allais tout de même pas réinvestir 18 000 € dans un autre appareil, simplement pour obtenir un certificat de conformité, alors que le mien fonctionne bien ! » Du coup, le praticien se contente de procéder aux travaux de sécurité dans sa salle. Mais même le contrôle qu’il diligente auprès de l’organisme agréé Véritas, après la visite d’un inspecteur de l’ASN en mai 2012, risque de ne pas être validé ! Ce contrôle lui a même fait craindre pour son appareil, tellement l’intervenant de Véritas l’a poussé au maximum, en raison d’un instrument de mesure trop peu sensible… « Pendant presque un an, j’ai été en proie à un marasme noir. L’ASN a finalement retrouvé un certificat de conformité pour mon appareil, en décembre 2012. Après avoir retourné mon dossier, cette fois complet, j’ai dû les relancer en janvier pour recevoir, en mars, un numéro de dossier ASN attestant de la conformité de ma démarche de radioprotection. J’étais enfin en règle, au bout de vingt-quatre ans, sans jamais avoir cherché à ne pas l’être ! »

ANNE-GAËLLE HEITZMANN-ZIEGLER, PRATICIENNE ÉQUINE PCR À BOISSY-SAINT-LÉGER (VAL-DE-MARNE)

Le “contrôle qualité” de l’inspection ASN

« Nous faisons environ 10 000 clichés par an et cette activité fait partie intégrante de notre métier. Il serait difficile, sinon, de l’exercer. Depuis toujours, dans notre clinique équine, nous travaillons selon les bonnes pratiques. Pour autant, rien n’était définitivement validé sur le plan administratif. Après avoir suivi ma formation de PCR, en 2008, nous avons monté notre dossier de demande d’autorisation. Ma spécialité étant l’imagerie, j’étais toute désignée pour cela.

C’était compliqué, parce que nous avons plusieurs appareils, un fixe et trois portables, et que nous sommes plusieurs intervenants. De plus, ce n’est pas trop notre domaine, c’est fastidieux et chronophage. Pour autant, nous nous y sommes conformés et avons alors apprécié les services d’une consultante, pour nous guider. Après avoir complété ce dossier, nous avons eu la visite d’un inspecteur de l’Autorité de sûreté nucléaire, fin octobre 2012, afin de vérifier notre façon de travailler et l’existence d’une vraie traçabilité de toutes nos radios. Un contrôle qualité, en quelque sorte. »

THIERRY PETIT, VÉTÉRINAIRE PCR AU ZOO DE LA PALMYRE (CHARENTE-MARITIME)

« Je tournais sans autorisation, mais pas sans vigilance »

« J’ai été le premier, en parc zoologique, à être inspecté. C’était en 2011. L’Autorité de sûreté nucléaire avait des envies de découverte. Comme nombre de mes confrères, je tournais sans autorisation, mais pas sans vigilance. Même si je ne suis pas frais émoulu de l’école, ma formation de base était suffisamment pertinente pour prendre au sérieux la problématique de la radioprotection. Du reste, l’inspection n’a pas changé mon fonctionnement à cet égard. Je suis peut-être aujourd’hui plus attentif à m’assurer que des personnes qui n’ont rien à faire dans le périmètre de sécurité n’y demeurent pas.

Même si je fais moins de 100 clichés par an, j’ai besoin d’un appareil de radiographie. Cela me permet d’être réactif et de gagner du temps. Aussi, je suis entré dans le processus de la demande d’autorisation, de la formation PCR, de l’acquisition de dosimètres… avec les dépenses afférentes. L’inspection a confirmé que tout allait bien. Elle m’a aussi montré que tous les inspecteurs ne fonctionnent pas de la même façon. L’un d’eux, qui s’était reconverti après avoir exercé comme médecin, connaissait les contraintes du métier ; il était particulièrement à l’écoute. Le second, très administratif, m’aurait mis tout de suite en prison, et quand il a fallu procéder aux tests, il a disparu derrière le bâtiment… »

CÉDRIC LIBERT, VÉTÉRINAIRE PCR AU ZOO DE MONTPELLIER (HÉRAULT)

Jouer la transparence et la mise aux normes

« L’inspection de l’ASN du 20 février dernier ne m’a pas surpris. J’avais suivi la formation PCR l’an passé et nous avions été sensibilisés à cette éventualité.

Le matériel n’était pas déclaré et nous n’avions pas d’autorisation de fonctionnement, mais nous étions en train de nous mettre aux normes. Nous avons fait vérifier le matériel par un bureau de contrôle externe et plomber le local de radio qui se trouve à l’écart des autres bâtiments. Tout était lancé lorsque l’inspecteur de l’ASN est arrivé. Il nous a finalement bien aidés à compléter les dossiers avec lesquels il est reparti.

Nous sommes en effet soumis aux deux régimes de déclaration et d’autorisation, mais notre fonctionnement est hybride entre la canine et l’équine. Comme nous travaillons toujours avec les mêmes soigneurs animaliers, chacun d’eux est suivi à l’année par une dosimétrie passive, comme les auxiliaires en canine. En réalité, avec un millier d’animaux dans le parc, nous ne faisons pas plus de 200 clichés par an, tout cumulé ! En équine, avec la fréquence des contrôles internes et externes, nous faisons presque autant de radios de contrôle que de clichés à visée diagnostique.

Dans un zoo, comme dans une petite clientèle mixte, la tentation peut être grande d’avoir un appareil mobile fixé en salle de radio et déclaré comme fixe. Mais, pour des raisons de sécurité et de responsabilité, nous avons préféré jouer la transparence et nous mettre aux normes. »

VÉRONIQUE DUMAS-SOULAGEON, PRATICIENNE MIXTE À PRIVAS (ARDÈCHE)

« Je gagne de l’argent à ne plus faire de radios en équine »

« Il y a deux ans, j’ai voulu me mettre en règle en matière de radioprotection. Mon matériel fonctionnait, j’étais pourvue de tout l’équipement de sécurité, ma dosimétrie était bonne et mon activité très faible. Avec une seule salariée à mi-temps, je ne pouvais pas me libérer pour suivre la formation PCR et le sujet, au demeurant, ne m’intéressait pas vraiment. J’ai donc opté pour le choix d’une PCR externe. La société en question m’a fait changer mes dosimètres, car elle travaillait avec un autre fournisseur, et a confié le contrôle technique à un organisme agréé dont l’intervenant a endommagé mon appareil. La réparation m’a coûté 800 €! Et, cerise sur le gâteau, elle a choisi les mêmes dosimètres pour le portable que pour le fixe. Au final, même avec un appareil aux normes, l’Autorité de sûreté nucléaire a refusé mon dossier.

J’ignorais alors qu’on ne pouvait pas faire appel à une PCR extérieure pour l’activité liée à l’utilisation du portable. J’avais dépensé plus de 2 000 € pour rien ! L’ASN m’a envoyé une consultante qui m’a rassurée et conseillée de suivre la formation PCR, ce que je ne regrette pas d’avoir fait. Mais compte tenu du coût annuel de la dosimétrie en équine, j’ai baissé les bras. Pour une vingtaine de radios par an, c’était prohibitif.

Je ne fais plus aujourd’hui de radiographies avec mon portable, au grand dam de mes confrères voisins qui comptaient sur moi. Chacun doit aujourd’hui référer à 70, voire 150 km, tandis que les propriétaires locaux de chevaux ont rarement les moyens de transport appropriés. Je gagne de l’argent à ne pas le faire, ce qui n’est pas réellement un motif de satisfaction. »

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