Semaine Vétérinaire n° 1535 du 12/04/2013
 

Formation

ANIMAUX DE COMPAGNIE

ISABELLE GOUJON

MorphéeVet (conseil en anesthésie) à Steenwerck (Nord).

La prémédication constitue une phase essentielle de l’anesthésie des carnivores domestiques. Elle suit l’examen préanesthésique et précède l’induction proprement dite. Son intérêt dans le déroulement de l’ensemble de la procédure est certain, mais sa mise en œuvre varie selon le profil de l’animal.

INTÉRÊT

La prémédication anesthésique consiste à tranquilliser l’animal pour diminuer les réactions liées au stress. L’anxiété génère en effet une agressivité potentielle, elle-même source d’inconfort et de danger pour l’équipe soignante. Elle provoque la libération de catécholamines arythmogènes qui compromettent la sécurité cardio-vasculaire de l’animal.

De même, la contention et la réalisation d’actes douloureux (mise en place de cathéters, etc.) ou désagréables (préoxygénation au masque) sont d’autant plus aisées que l’animal est sédaté.

Enfin, la prémédication permet la mise en place d’un protocole analgésique efficace, contribue éventuellement à limiter la réactivité du système nerveux autonome, participe à la réduction des besoins anesthésiques et à un réveil paisible.

CHOIX DES MOLÉCULES

De nombreuses molécules peuvent être utilisées, mais la prémédication “idéale” associe en général un opiacé et un sédatif (neuroleptanalgésie). Le choix qui s’offre au vétérinaire est large et tient compte de l’état de santé de l’animal, de son tempérament, de la nature et de la durée de l’intervention. Il porte également sur les doses administrées et l’association de plusieurs familles de médicaments.

En médecine humaine, la prémédication anesthésique fait largement appel aux benzodiazépines. Toutefois, ces molécules sont essentiellement des anxiolytiques, et leur faible pouvoir sédatif chez les carnivores domestiques fait préférer les α2-agonistes, associés ou non à la kétamine, ainsi que les dérivés de la phénothiazine (voir tableaux 1 et 2).

L’administration systématique d’anticholinergiques (atropine, glycopyrrolate) a été largement discutée. Aujourd’hui, elle est abandonnée au profit d’une utilisation raisonnée, par exemple pour prévenir une salivation excessive, bloquer les effets d’une stimulation vagale prévisible, ou compenser les effets parasympatomimétiques de molécules bradycardisantes telles que les opiacés à fortes doses.

CHOIX DU PROTOCOLE

Le protocole de prémédication est choisi selon :

– le statut ASA de l’animal (voir tableau 3) ;

– l’espèce et la race ;

– le tempérament ;

– l’âge ;

– la nature de l’intervention ;

– la durée de l’intervention ;

– l’intensité de la douleur attendue.

Les protocoles de prémédication procurent idéalement une couverture analgésique satisfaisante et une sédation modérée. Ils ne permettent pas, tels quels, la réalisation d’actes invasifs douloureux. Leur mise en œuvre, indispensable, précède l’induction de l’anesthésie générale proprement dite et la prise d’un relais gazeux lorsqu’il est disponible.

TROIS EXEMPLES

Ces trois protocoles de prémédication ne constituent en aucun cas des recettes, et doivent être scrupuleusement adaptés aux besoins de chaque animal et à ses spécificités pathologiques. De la même façon, différentes molécules peuvent être associées selon le matériel dont dispose le praticien, notamment en termes de moyens de surveillance peropératoires et postopératoires.

Chien et chat ASA 1 à 2, voire 3

Administration par voie intramusculaire d’acépromazine à raison de 0,01 mg/kg (chien très calme) à 0,05 mg/kg (jeune chien très dynamique) et de buprénorphine à la dose de 20 µg/kg.

Laisser l’animal au calme pendant 45 minutes. Puis mise en place de la voie veineuse, préoxygénation, induction, perfusion et monitorage.

→ Avantages

– efficacité ;

– durée d’action très longue (donc réveil paisible) ;

– analgésie satisfaisante.

→ Inconvénients

– analgésie parfois insuffisante si douleur intense ;

– non réversible (acépromazine) ;

– latence longue ;

– effets hypotenseurs marqués (acépromazine).

Chien et chat ASA 1 à 2

Administration par voie intramusculaire de médétomidine (5 à 10 µg/kg), de kétamine (2 à 4 mg/kg) et de méthadone (0,3 mg/kg).

Laisser l’animal au calme durant 10 minutes. Puis mise en place de la voie veineuse, pré-oxygénation, induction, perfusion et monitorage.

→ Avantages

– excellente sédation ;

– excellente analgésie (les trois molécules ont un effet analgésique) ;

– très grande rapidité d’action (en 5 à 15 minutes) ;

– deux molécules réversibles sur trois (médétomidine/ atipamézole et méthadone/ naloxone).

→ Inconvénients

– effets de la kétamine parfois gênants (myoclonies);

– effets cardio-vasculaires de la médétomidine : à n’utiliser que chez les animaux dont la fonction cardio-vasculaire est normale ;

– vasoconstriction due à la médétomidine : voie veineuse parfois difficile à mettre en place.

Chien et chat ASA 3 à 5

Administration par voie intramusculaire de buprénorphine (10 à 20 µg/kg) ou de méthadone (0,3 mg/kg) ou de butorphanol (0,3 mg/kg) selon l’intensité de la douleur et le degré de sédation souhaité.

Laisser l’animal au calme pendant 15 minutes. Préoxygénation, perfusion et monitorage si nécessaire. Puis administration de midazolam (0,2 à 0,3 mg/kg par voie intramusculaire ou intraveineuse) ou diazépam (0,2 à 0,3 mg/kg par voie intraveineuse lente) juste avant l’induction.

→ Avantages

– grande innocuité cardio-vasculaire et respiratoire ;

– réversibilité (méthadone/ naloxone, benzodiazépine/ flumazénil) ;

– efficacité analgésique (opiacés).

→ Inconvénients

– le butorphanol est utile pour ses effets sédatifs, mais son efficacité analgésique le cantonne aux douleurs viscérales faibles à modérées ;

– les benzodiazépines sont de mauvais sédatifs. Le diazépam est à administrer lentement, juste avant l’injection de l’agent d’induction (seringue prête au cas où l’animal manifesterait une excitation soudaine).

ISABELLE GOUJON, MorphéeVet (conseil en anesthésie) à Steenwerck (Nord).

La prémédication permet, dans l’idéal, une induction sereine, un sommeil stable et un réveil paisible : ici, un réveil sous acépromazine/morphine (hors AMM).

Les chiens de races brachycéphales présentent une sensibilité accrue à l’acépromazine.

La prémédication permet de limiter la contention lors d’actes douloureux.

MOLÉCULES DE PRÉMÉDICATION : SÉDATIFS

MOLÉCULES DE PRÉMÉDICATION : ANALGÉSIQUES OPIACÉS

CLASSIFICATION DE L’AMERICAN SOCIETY OF ANESTHESIOLOGISTS

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