Semaine Vétérinaire n° 1535 du 12/04/2013

Prescription-délivrance

Actu

SOCIOPRO

Marine Neveux

Quelques pharmaciens s’activent contre le couplage, tandis que l’Académie vétérinaire de France en rappelle l’importance.

Le couplage de la prescription et de la délivrance du médicament vétérinaire attise toutes les ambitions de ses détracteurs, en cette période de consultations sur le sujet dans le cadre d’une mission confiée par le ministre de l’Agriculture. Le rapport est prévu en mai. En attendant, un récent article du Monde tente d’attiser les débats : « Cette double casquette fait l’objet de critiques, certains y voyant un conflit d’intérêts et un vecteur de dérive et d’abus de prescription d’antibiotiques », explique le quotidien. Conflit d’intérêts, volumes, etc., les termes qui fâchent sont lâchés. Michel Baussier, président de l’Ordre tempère leur impact en rappelant que la moitié des volumes évoqués concernent les aliments médicamenteux, qui sont pres­crits par les vétérinaires, mais achetés auprès d’un fournisseur d’aliments. « Même si l’on fait abstraction des considérations déontologiques, il reste une double régulation, explique-t-il. En premier lieu, les éleveurs sont libres de changer de vétérinaire s’ils considèrent que celui-ci prescrit trop. Ensuite, celui qui prescrit plus que de raison le fait au détriment de la valorisation de ses actes. »

De même, Pascal Férey, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), n’envisage pas un découplage des activités des vétérinaires : « Nous sommes farouchement opposés à la séparation des rôles de prescripteur et de dispensateur. »

Poursuite de la croisade de quelques pharmaciens

En revanche, Jacky Maillet, à la tête de l’Association nationale de la pharmacie vétérinaire d’officine (ANPVO), n’a pas manqué de surfer sur la vague et de prendre la parole dans l’article du Monde pour fustiger les vétérinaires, comme il l’avait fait plusieurs semaines auparavant dans les colonnes du Quotidien du médecin1. Le 7 avril, lors du dernier salon des pharmaciens, Pharmagora, il a aussi débattu sur l’antibiorésistance avec Corinne Lambert, pharmacienne, devant un auditoire plus que clairsemé : « Les vétérinaires vivent à 75 % de la vente des médicaments dans les campagnes, et à 25 % de celle aux animaux de compagnie. Ces proportions sont suffisantes pour justifier un conflit d’intérêts. Un vétérinaire est d’abord un thérapeute, et non un pharmacien », prêche-t-il.

Et Corinne Lambert d’enfoncer le clou : « Aujourd’hui, le pharmacien d’officine ne délivre que 2 % des antibiotiques. Oui, il est prêt, les molécules en médecine humaine sont les mêmes qu’en médecine vétérinaire, ce sont les mêmes classes. Hormis les problèmes de délai d’attente, de traçabilité, le médicament vétérinaire fait partie des compétences du pharmacien. » Face à de tels propos, il est possible de s’inquiéter pour la santé publique ! Et elle poursuit : « Je trouve dommage de se priver de la pharmacie, il n’y a pas d’antagonisme de compétences, il n’y a que des synergies. Même si aujourd’hui le pharmacien doit approfondir ses connaissances, il est facile pour lui de s’adapter. »

La santé publique en exergue

L’Académie vétérinaire de France2 vient de rendre un avis sur l’importance du couplage. Elle met en exergue les exigences de santé publique. « L’association doit être plus étroite entre le praticien et le détenteur de l’animal dans leur responsabilité commune d’usage du médicament vétérinaire », détaille-t-elle. Les dispositions réglementaires actuelles fondées sur les trois ayants droit sont aussi citées pour leur pertinence, de même que la mise en place d’un observatoire.

DERNIÈRE MINUTE

À l’heure où nous mettons sous presse, la presse spécialisée annonce que Jacky Maillet, président de l’ANPVO, et Philippe Augier, secrétaire de l’Union nationale pour la pharmacie vétérinaire d’officine (UNPVO), ont été emmenés cette semaine par les gendarmes et seraient gardés à vue deux jours. Cette garde à vue intervient dans le cadre d’une vague d’enquêtes ciblant les pharmacies.

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