Semaine Vétérinaire n° 1534 du 05/04/2013
 

REPORTAGE

Frédéric Decante

Clément Mestdagh s’avoue plutôt insatisfait de ce qu’il a appris à l’école vétérinaire : « Hors les soins aux animaux, on aborde trop peu des notions fondamentales comme l’économie d’une exploitation agricole ou simplement l’économie d’un cabinet vétérinaire, son fonctionnement, le travail en équipe. Je ne parle pas de choses compliquées, juste de la gestion au quotidien, celle du vétérinaire chef d’entreprise, du travail de groupe, de la gestion du personnel, des caractères, des besoins, des revendications des salariés. Bien entendu, cela s’apprend sur le terrain et, même si je me suis associé depuis peu, j’avais commencé à m’investir dans la gestion et la prise de décisions bien avant. La question est plus d’être préparé que d’être formé, car j’ai beaucoup d’amis dans la désillusion et c’est dommage. C’est pareil en ce qui concerne la gestion humaine, le rapport avec les clients. Sans préparation, et face aux difficultés actuelles du monde agricole, on peut être rapidement déçu par l’activité rurale, car il existe un décalage entre la réalité et son idéalisation lorsqu’on est plus jeune. »

Vivien Philis est moins critique quant à sa formation et parle plus volontiers de positionnement avec ses clients : « En sortant de l’école, nous ne sommes pas préparés aux rapports économiques avec les éleveurs. Du coup, par compassion, j’avais du mal à facturer mon travail. Ne parlons même pas de notre absence de préparation à la concurrence de tous les techniciens d’élevage. Il devient rapidement impératif de proposer nos services, car les autres professions n’ont pas les mêmes scrupules que nous à le faire. »

« La confraternité, je n’y crois plus… »

Ces jeunes-là ont aussi perdu une part de leurs illusions : « Au début, tu crois que tu vas tout sauver. Tu te rends vite compte que la réalité est tout autre. Du coup, au début, face aux échecs, c’est dur ! Heureusement, les plus anciens ne sauvent pas tout non plus, et là, c’est rassurant ! » La relation avec les aînés montre parfois combien la vision du métier a changé. Clément, le jeune associé, en témoigne : « Notre bâtiment est excentré par rapport au centre-ville commercial, dans une rue peu passante. Mes précédents associés avaient pour raisonnement qu’il fallait un lieu tranquille, qui ne fasse pas fuir les clients âgés. À l’inverse, ma génération a bien compris qu’il vaut mieux s’installer en plein centre du bourg, là où il y a du mouvement, avec évidemment un parking. Bref, être visibles ! »

Concernant le lien avec les générations qui les précèdent, les jeunes vétérinaires restent assez critiques : « La confraternité, je n’y crois plus. En tout cas, je ne l’ai pas trop vue. »

Pour autant, s’ils sont satisfaits de leur sort là où ils sont aujourd’hui, les rapports avec leurs aînés n’y sont pas étrangers. Les échanges et la transmission d’un savoir pratique, le rôle moteur de l’ancien, toujours prêt à partir en visite ou à tenter une chirurgie, la possibilité d’opérer à deux sont des points importants pour Clément et Vivien. Les deux ont en outre une compagne vétérinaire et la possibilité pour elles de travailler à proximité (deux clientèles voisines) s’est révélée déterminante : « Après sept ans d’études, il est impensable de leur demander de sacrifier leur vie professionnelle. »

Échapper aux contraintes du métier

Concernant le choc des générations, la pierre d’achoppement reste toujours le goût des jeunes pour le salariat. Clément, le jeune associé, le sait bien : « Ma génération préfère ce statut, avec une conception du salariat qui, comme dans d’autres professions, refuse les contraintes des gardes et des heures de travail qui n’en finissent pas. C’est une forme de délégation des exigences du métier. Il est vrai aussi que nombre d’entre nous ont été exploités au début de leur activité. Du coup, par un salariat très cadré, ils essayent d’échapper aux contraintes les plus lourdes. Dans ce jeu-là – des jeunes salariés qui cherchent à s’échapper et des patrons qui veulent exploiter – se trouve le ferment d’un cercle vicieux tout à fait préjudiciable. »

Une forme de déconnexion de l’interprofession

Les jeunes praticiens sont aussi critiques vis-à-vis des organisations professionnelles. Vivien a animé les GTV juniors de Toulouse pendant deux ans, afin de gagner en technique, et semble y avoir trouvé son compte. À première vue seulement, car ce ne sont pas les vétérinaires les plus expérimentés qui assurent les formations dans ce cadre. Aujourd’hui, les deux jeunes ne se sentent pas coupés des organismes de formation, car tout le monde prend son tour, salarié comme associé.

Ils ont bien plus à redire quand il s’agit du syndicat ou de l’Ordre. Le premier les laisse indifférents en raison de son manque d’efficacité : « Un petit monde pas très ouvert qui fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose. » Le second leur donne le sentiment d’un organisme à l’utilité limitée, car ses missions et ses moyens relèvent d’un flou peu artistique : « J’ai l’impression qu’ils s’occupent surtout des petits conflits sans voir les difficultés que nous rencontrons avec d’autres professions ; ils sont complètement déconnectés de nos réalités ! »

Clément et Vivien adoptent donc un discours assez critique, et pourtant aucun d’eux n’envisage une autre vie que la sienne, un autre métier que celui-là, une autre place ailleurs. Ils apprécient et gouttent le temps présent avec délectation. Cette aptitude à dire que tout va mal alors qu’ils se sentent bien est sans doute un effet de jeunesse, celui de l’architecte qui, petit à petit, dessine dans sa tête un plan : il y a quelque temps, il était encore futuriste ; aujourd’hui, il n’est que le dessin d’un futur…

Ils sont sortis de l’école de Toulouse, l’un en 2006, l’autre en 2008. Le premier fut assistant en pathologie du bétail, le second était en T1pro dans le même service. Tous deux, partis occuper un premier emploi, en sont revenus un peu déçus. Ils travaillent aujourd’hui au même endroit, l’un est associé et a une activité rurale stricte, l’autre est salarié et fait aussi un peu de canine. Un même métier, deux statuts, pour un même temps professionnel lié à ce regard que l’on porte sur la vie quand s’achève cette si longue phase d’apprentissage fondamental et que l’on vole de ses propres ailes. Comme dit l’un d’eux, le temps de la bascule… Les jeunes confrères tiennent pour capitale la relation avec les plus anciens, fondée sur la confiance et la transmission du savoir.

Ils sont sortis de l’école de Toulouse, l’un en 2006, l’autre en 2008. Le premier fut assistant en pathologie du bétail, le second était en T1pro dans le même service. Tous deux, partis occuper un premier emploi, en sont revenus un peu déçus. Ils travaillent aujourd’hui au même endroit, l’un est associé et a une activité rurale stricte, l’autre est salarié et fait aussi un peu de canine. Un même métier, deux statuts, pour un même temps professionnel lié à ce regard que l’on porte sur la vie quand s’achève cette si longue phase d’apprentissage fondamental et que l’on vole de ses propres ailes. Comme dit l’un d’eux, le temps de la bascule… Clément Mestdagh part rendre visite à une vache en plein champ.

Clément met à profit sa période d’internat en pathologie du bétail à Toulouse : une bonne école pour apprendre la rigueur face à un cas clinique et la lecture de la bibliographie. Cela lui permet de maintenir des rapports étroits avec l’ENV.

Du fait de l’organisation du travail, et malgré sa valence rurale, Clément s’est mis à faire de la canine et y a pris goût. Aujourd’hui, il est un associé très généraliste.

Vivien Philis rêve de ce métier depuis qu’il est tout petit : « Ma grand-mère dit que je l’ai choisi depuis que je sais m’asseoir sur une chaise ! »

Vivien aime parler rugby et chasse. Cela tombe bien, ses clients aussi…

Avec le temps, Vivien voudrait proposer à ses clients d’autres services plus globaux, tournés vers le préventif, mais il a l’impression qu’une frange de sa clientèle, restée traditionnelle, n’est pas mûre pour l’entendre.

Vivien et Clément insistent sur l’importance de se sentir soutenus et aidés par leurs aînés. Toutes les interventions chirurgicales chez les bovins se font à deux pour rassurer chacun.

Issu du milieu de l’élevage, Vivien avoue compatir aux problèmes des éleveurs. Mais, avec le temps, cela devient moins paralysant qu’au début.

Le hasard veut qu’il faille aller soigner un taurillon chez le mari de l’une de ses consœurs, ce qui n’amoindrit pas la pression psychologique.

L’une des grandes déceptions de Vivien a été de réaliser qu’il ne pouvait pas tout soigner.

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