Semaine Vétérinaire n° 1529 du 01/03/2013
 

Région Auvergne

Dossier

Serge Trouillet

L’exercice du métier de vétérinaire dans le Cantal est rude. Il n’attire guère les jeunes. Dans les réunions professionnelles, syndicales ou ordinales, les cheveux blanchissent. Et pourtant…

Avec environ une centaine de vétérinaires, la profession maintient ses effectifs dans le département. Pour autant, la répartition des cabinets et leur taille ne recouvrent plus la même réalité qu’il y a trente ans. Les femmes sont plus nombreuses, même si elles sont encore moins d’une vingtaine. Elles sont essentiellement salariées, « comme c’est la volonté de beaucoup de jeunes vétérinaires aujourd’hui », regrette Jacques Monet (T 79), praticien à Mauriac et président du CRO d’Auvergne. Les structures se sont concentrées et densifiées dans les villes et les gros bourgs : Aurillac, Saint-Flour, Mauriac, Riom-ès-Montagnes, Massiac, Pleaux, Saint-Mamet-la-Salvetat, Lafeuillade-en-Vézie, Maurs, Laroquebrou, Allanche.

En revanche, les petits cabinets de campagne disparaissent les uns après les autres. Les zones montagneuses se désertifient, notamment les monts d’Aubrac, dans le sud, en lisière de l’Aveyron et de la Lozère. Même la couverture de l’axe Mauriac-Aurillac, sur la D922, est menacée. Le cabinet de Saint-Cernin n’a pas été repris, celui de Salers non plus, tandis que son associé à Saint-Martin-Valmeroux va s’arrêter en 2013. Aucune reprise n’est prévue d’ici à la fin de l’année. Y aura-t-il une nouvelle installation, la création d’une antenne délocalisée, une entente entre les clientèles voisines Le nœud du problème est toujours le même : il faudra du renfort, et la partie est loin d’être gagnée !

La rurale, voire l’activité mixte, essentiellement

C’est en effet toute l’histoire du département durant les dernières décennies : vieillissement de la population, dépeuplement des campagnes, désenclavement insuffisant, climat difficile, agriculture de montagne fragilisée, recrutement à la mesure de ces difficultés, etc. « Le métier est rude chez nous, reconnaît Jacques Monet. Les femmes non vétérinaires et étrangères au département ne sont généralement pas préparées à y vivre. Les jeunes préfèrent en outre s’installer au mieux dans les villes et sur les grands axes routiers, au pire (pour nous) dans des régions qui offrent davantage de perspectives quant au confort de vie et aux loisirs. L’exercice se limite essentiellement à la pratique rurale, voire à la mixte, plus contraignante. Avec peu d’habitants, la canine est forcément bridée. Quant à l’équine, elle est un peu dans la tourmente. Les chevaux élevés dans le Cantal sont surtout des races de trait, pour la filière bouchère, avec une exportation des laitrons (poulains de 6 à 7 mois) vers l’Italie majoritairement.

Or le retrait des Haras nationaux entraîne une augmentation des tarifs d’insémination et de reproduction, en raison de la disparition des subventions qui y étaient affectées. Parallèlement, le prix des produits est catastrophiquement bas (1,50 €/kg versus 2,50 €/kg il y a vingt ans !). À cela s’ajoute le scandale sur la viande de cheval… Nous pouvons être inquiets pour cette activité. Malgré tout, nous essayons actuellement de contribuer à la maintenir dans le nord du département, à l’instar de ce que font nos confrères de Haute-Loire1. Mais avec des marges proches de zéro ! »

De quoi gagner correctement sa vie

Le climat n’est pas attractif non plus. Les annonces récurrentes de températures minimales à Aurillac par la météo nationale, relayées sur toutes les chaînes de télévision, finissent par être dissuasives. De même que les routes montagneuses, notamment l’hiver. « Se déplacer n’est pas toujours une sinécure, admet Jacques Monet. Et chez nous le 4x4 s’impose souvent. Or ce véhicule est presque considéré comme un luxe, avec la déduction fiscale kilométrique plafonnée depuis cette année à 7 CV, au lieu de 13 CV ! Le budget carburant, quant à lui, est en hausse continue. Ces contraintes s’accumulent. Si le maillage du mandat sanitaire est encore assuré, ses mailles deviennent parfois assez larges. Et nous sommes de purs libéraux, d’éventuelles mesures coercitives touchant l’installation sont donc peu envisageables.

Même les étrangers ne parviennent pas à rester ici, car notre modèle est plus contraignant que dans beaucoup d’autres pays plus administrés. La menace sur le maintien de la délivrance du médicament nous inquiète également, surtout en rurale. De même que les pratiques des affairistes dans ce domaine. Il y a mille raisons d’hésiter avant de venir s’installer dans le Cantal, et pourtant le département compte 500 000 bovins ! Il faut bien s’en occuper. Le métier évolue et il y a du travail, à moins de le laisser à d’autres, non vétérinaires ! Pourvu que l’on accepte de s’associer et que l’on ne ferme pas son cabinet à 18 h 30, il y a de quoi gagner correctement sa vie. »

  • 1 Voir La Semaine Vétérinaire n° 1507 du 14/9/2012 en page 25.

Jacques Monet, praticien à Mauriac et président du CRO d’Auvergne.

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