Semaine Vétérinaire n° 1529 du 01/03/2013
 

Écoles vétérinaires

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Marine Neveux

La période est délicate pour nos écoles vétérinaires. Alors que les budgets sont en diminution constante, l’ouverture du concours d’admission à 80 étudiants supplémentaires, lors de la session de juin prochain, fait déborder une coupe déjà bien pleine.

80 étudiants supplémentaires aux concours d’entrée des écoles vétérinaires, soit 20 de plus par ENV1 : il y a là matière à enflammer une situation déjà explosive. Les enseignants-chercheurs des quatre établissements ont réagi rapidement et fait part de leurs inquiétudes à la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) sur la non-capacité des écoles à accueillir cette hausse de 17 % des effectifs d’étudiants.

« La dotation aux ENV par l’État pour 2013 enregistre une nouvelle baisse de 2,5 % par rapport à celle de 2012 qui, elle-même, était déjà plus faible que la dotation 2011 », constate Jean-François Bruyas, professeur à Oniris et élu au Cneseraav2.

Des pétitions largement signées

Les Alforiens avaient déjà eu l’occasion d’exprimer un malaise plus large, en décembre dernier, lors de la visite de la DGER sur le site3. Les enseignants des trois autres établissements viennent de leur emboîter le pas, en mettant leurs craintes par écrit, sous la forme de pétitions largement signées par le corps enseignant. Elles ont été adressées dans un courrier commun, arrivé sur le bureau de la DGER le 19 février dernier. En ligne de mire : l’incapacité à gérer ce surplus dans des écoles déjà soumises à des restrictions budgétaires.

Budgets en baisse, effectifs en hausse ?

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme : dans un courrier du 31 octobre dernier, la Fédération des syndicats vétérinaires de France avait déjà informé la nouvelle DGER de son opposition à un tel projet (voir encadré).

« En cinq ans, la DGER a déjà augmenté les flux entrants au sein des écoles, dont les promotions comptent entre 110 et 120 élèves aujourd’hui. Il devient impossible d’accroître encore ces chiffres », poursuit Jean-François Bruyas. Cela « conduirait à un nouvel affaiblissement de la qualité de la formation et de la recherche dans le domaine vétérinaire », ajoute la pétition d’Oniris.

Comment gérer, en effet, des promotions qui passeraient de 117 à 137 élèves ? « Pour tenir compte des capacités de nos locaux, il faudrait soit exclure systématiquement des étudiants des séances d’enseignement pour ne pas dépasser l’effectif limite possible, soit dédoubler la promotion pour les cours magistraux en amphithéâtre, et en 1/5e, 1/10e ou 1/20e pour les autres types d’enseignements, détaille la pétition nantaise et lyonnaise. Cela conduirait à augmenter le nombre de séances de travaux dirigés et de travaux pratiques et représenterait pour les trois premières années 2 075 heures supplémentaires, soit l’équivalent des obligations de service de onze enseignants-chercheurs ! »

Comment envisager une augmentation des effectifs à l’heure des restrictions de budget ? Il faudra aussi penser à étoffer les troupeaux pédagogiques en conséquence, alors que le corps enseignant peine déjà à assumer des économies de bouts de chandelle pour mener à bien les cours au quotidien.

Une rustine inadaptée

Ce débat était déjà revenu sur le devant de la scène lors des discussions sur la rénovation de l’enseignement vétérinaire. « Il manque des praticiens ruraux, mais cette carence ne sera pas résolue par l’augmentation des entrées au concours classique, poursuit Jean-François Bruyas. Les jeunes générations sont issues d’un milieu plus urbain, c’est un fait de société qui se retrouve dans beaucoup d’autres professions, ce n’est pas en augmentant le quota du concours qu’ils seront plus attirés vers la rurale. » L’ouverture en grand de l’entrée dans les écoles n’est donc pas le remède miracle. Les confrères sont d’ailleurs attachés au système des classes préparatoires et du concours. La sélection est nécessaire. Pour réduire le nombre d’années post-bac, la solution serait plutôt à trouver du côté de la “prépa” : pourquoi, en effet, ne pas envisager une seule année au lieu de deux Cela permettrait de préserver l’eurocompatibilité du cursus français qui nécessite cinq ans d’études. Mais cette option est gelée, encore aujourd’hui, par le ministère de l’Enseignement.

Vers la paupérisation de l’enseignement français ?

Les enseignants font ainsi remonter leurs craintes. Elles rejoignent celles des étudiants, qui redoutent les répercussions sur leur formation, notamment dans le cadre des travaux dirigés et cliniques qui représentent encore l’attractivité des établissements hexagonaux pour les étudiants venant de l’étranger.

En outre, alors que l’enseignement vétérinaire français mériterait d’être hissé au plus haut niveau mondial, cette déstabilisation vient le tirer vers le bas : comment être compétitif, par exemple lors d’une demande d’agrément à l’American Veterinary Medical Association (que veulent tenter certaines de nos ENV), ne serait-ce qu’en termes de quotas ?

Alors que la mise en place d’un Institut vétérinaire associant les quatre écoles françaises est à l’étude pour en particulier les faire briller à l’international, c’est aussi un signal inquiétant. De plus, « les critères quantitatifs d’évaluation des établissements vétérinaires par l’AEEEV4 se fondent notamment sur le rapport entre le nombre d’étudiants et les effectifs d’enseignants-chercheurs ou de personnels formation-recherche, mais aussi sur le rapport entre le nombre de cas cliniques vus dans les différentes espèces par étudiant. Ces critères quantitatifs vont automatiquement subir une dégradation, qui placera l’enseignement vétérinaire hexagonal en queue de peloton de l’enseignement vétérinaire européen. Certains de ces critères risquent même de le faire basculer dans la catégorie “non compatible” pour une reconnaissance pleine et entière », détaillent les pétitions d’Oniris et de VetAgro Sup.

Les enseignants signataires des trois pétitions exigent donc la publication expresse d’un arrêté rectificatif à l’arrêté ministériel du 6 décembre dernier, afin de ne pas ouvrir de places supplémentaires au concours d’entrée des ENV. « Lors de la réunion du Cneseraav du 12 décembre, à propos de réformes, vous avez déclaré vouloir “réfléchir d’abord” : il est regrettable qu’en 2012, une évaluation a priori des conséquences n’ait pas été conduite avant de décider l’augmentation des effectifs d’étudiants », conclut la pétition de Toulouse.

Une nouvelle réunion du Cneseraav est prévue le 6 mars prochain. À suivre, donc.

  • 1 Selon l’arrêté ministériel du 6/12/2012 portant ouverture des concours d’admission de la session de juin 2013.

  • 2 Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche agricole, agro-alimentaire et vétérinaire.

  • 3 Voir La Semaine Vétérinaire n° 1525 du 1er/2/2013 en pages 12-14 et n° 1522 du 11/1/2013 en page 23.

  • 4 Association des établissements européens d’enseignement vétérinaire.

Avis défavorable de la FSVF

En réponse au projet d’augmentation de 80 places aux concours 2013 dans les ENV, Benoit Assémat, président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France, a exprimé l’avis défavorable de la profession dans un courrier adressé à la DGER, le 31 octobre dernier. En premier lieu, « il apparaît indispensable de s’appuyer sur des informations fiables (quantitatives et qualitatives), rassemblées dans un observatoire de la profession », précise-t-il.

Notre confrère a aussi insisté sur la nécessité de disposer de bases solides avant toute nouvelle réforme du cursus vétérinaire.

« C’est l’adaptation aux besoins de la société de demain qui doit nous conduire à faire évoluer dans son ensemble la formation vétérinaire. Une augmentation de places aux concours 2013, effectuée de manière isolée, sans prendre en compte ces besoins, ne pourrait qu’aggraver le déséquilibre actuel : trop de vétérinaires praticiens pour les animaux de compagnie par rapport au marché et déficit de vétérinaires dans d’autres secteurs. » En outre, « l’objectif fixé d’un haut niveau de qualité de l’enseignement vétérinaire implique que toute augmentation du nombre d’étudiants soit accompagnée d’un effort particulier de la part du ministère ». La faiblesse des ratios enseignants/enseignés est en effet régulièrement pointée par l’AEEEV.

Les craintes des enseignants rejoignent celles des étudiants, qui redoutent les répercussions sur leur formation, notamment dans le cadre des travaux dirigés et cliniques, lesquels participent encore à l’attractivité des établissements français pour les étudiants étrangers.

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