Semaine Vétérinaire n° 1529 du 01/03/2013

COUP DE CŒUR

Évasions

Michel Bertrou

Alors qu’une baleine meurt sur une plage de Nouvelle-Zélande, en Espagne, sur un bloc de granit millénaire s’ébroue un nouveau papillon. Dans la province d’Entre Rìos en Argentine, deux frères tiennent le dérisoire péage d’un petit pont flottant, au milieu de nulle part. Et tandis qu’ils tuent le temps en philosophant, de l’autre côté de la Terre, des centaines d’habitants pressés de la tentaculaire Shanghai empruntent des bacs pour traverser l’immense Yang-Tse. À l’exacte verticale de la cahute d’un berger de Patagonie qui partage sa solitude entre ses chats, ses moutons et les condors, se trouve, près du lac Baïkal, la ferme de Tatiana, elle aussi perdue dans un décor d’une comparable splendeur. S’il faut s’accommoder à Hawaï de la menace quotidienne d’un fleuve de lave qui encercle les habitations, à ses antipodes, le petit village du Botswana vit, lui, cerné par la grande faune sauvage. À travers ces quatre exemples d’antipodes1, le documentariste Victor Kossakovski enrichit une thématique qui avait davantage hanté la littérature que le cinéma. La virtuosité de son approche formelle2 bouleverse nos perspectives et multiplie les résonances. Si comme Baudelaire le prétend3 la poésie est affaire de correspondances, le cinéaste réalise ici un film poème, monumental et intimiste à la fois, musical plus que narratif, très russe au fond. Un bel hommage à la rotondité de la Terre et à la naturelle proximité des hommes et des animaux.

Vivan las antipodas ! de Victor Kossakovski, 1 h 48, en salles le 6 mars 2013.

  • 1 Seulement 4 % de la surface du globe possède des points antipodaux situés tous les deux sur des terres émergées.

  • 2 Par une image jouant sur les focales, les axes, les symétries, les reflets, ainsi qu’un design sonore en fréquent contrepoint de l’image et soutenu par la puissante partition d’Alexandre Popov.

  • 3 « Dans une ténébreuse et profonde unité (…) les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » : Correspondances de Baudelaire (Spleen et Idéal, IV).

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