Semaine Vétérinaire n° 1529 du 01/03/2013
 

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SOCIOPRO

Hélène Vandenberghe

Les élèves d’Oniris ont assisté nombreux à une conférence sur le thème du découplage de la prescription et de la délivrance du médicament vétérinaire.

L’amphithéâtre d’honneur de l’école de Nantes était comble, le 18 février dernier, pour accueillir Michel Baussier et Pierre Brouillet, respectivement président et mem­bre du Conseil supérieur de l’Ordre (CSO). Ils étaient ve­nus discuter avec les étudiants nantais de l’éventuelle perte du droit de délivrance des médicaments pour les vétérinai­res. Ce débat s’inscrit dans le cadre du vote par le Parlement européen d’une résolution visant l’interdiction de vente des antibiotiques par les vétérinaires et de l’évocation par le ministre de l’Agriculture français, Stéphane Le Foll, de la nécessité d’« envisager sans tabou le découplage prescription-délivrance pour les médicaments vétérinaires ».

La conférence a d’ailleurs succédé à un « tour de France ordinal du médicament vétérinaire » au cours duquel Michel Baussier a rencontré 2500 confrères dans une vingtaine de régions, preuve de la mobilisation importante de la profession autour de ce thème.

Des positions différentes selon les États membres

En France, trois ayants droit (les pharmaciens, les vétérinaires libéraux et les groupements d’éleveurs agréés) se partagent la délivrance du médicament vétérinaire. Or les prérogatives essentielles de la profession, telles qu’elles sont écrites dans le Code rural, ne mentionnent pas la délivrance du médicament. Le fondement juridique de cet acte pharmaceutique réside dans le Code de la santé publique. La prise de conscience collective en 2010 de la nécessité de lutter contre l’antibiorésistance est venue remettre en question la possibilité de délivrer les médicaments prescrits par le vétérinaire. Certaines mauvaises pratiques de prescription en antibiothérapie, ainsi que la politique de remises pratiquée par les fournisseurs sont régulièrement pointées du doigt par les détracteurs des vétérinaires.

À l’échelle internationale, Pierre Brouillet a souligné que l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) défend la délivrance par le vétérinaire, « un système qui offre les meilleures garanties en termes de maîtrise des maladies animales, de contrôle de l’utilisation du médicament et du maillage de proximité ».

Les avis sont plus divisés au sein de l’Union européenne. Des échanges houleux opposent régulièrement certains États, où le découplage est de mise, et ceux où plusieurs ayants droit se partagent la vente du médicament. Si la ligne de conduite actuelle est de permettre aux vétérinaires de continuer à délivrer tout en encadrant le système, certains parlementaires, à l’instar de Mme Rosenbach dans sa résolution, préconisent le découplage pour la prescription des antibiotiques. Un contexte qui annonce des mois de débats.

Importance de la reconnaissance mutuelle des professionnels du médicament

Selon Michel Baussier, les discussions actuelles entre les officinaux et les vétérinaires ne concernent pas tant la nature du distributeur au détail du médicament vétérinaire que la reconnaissance, par notre profession, des pharmaciens comme prescripteurs légitimes et compétents. Les contacts entre les syndicats et les Ordres des deux professions sont d’ailleurs réguliers et un texte symbolique de « non-remise en cause du droit de délivrance du médicament » a récemment été rédigé et cosigné par les deux présidents.

Encourager les pratiques raisonnées de prescription-délivrance

« Il est impératif d’éviter le gâchis de compétences pharmaceutiques des vétérinaires par certaines mauvaises pratiques qui pourraient être un argument pour ceux qui militent contre la prescription-délivrance », a insisté le président du CSO, rappelant en premier lieu l’importance des bonnes pratiques de prescription.

À la question « que devons-nous faire, nous, les étudiants ? », Pierre Brouillet a répondu en premier lieu de bien apprendre la réglementation, et ensuite de la respecter, avec en particulier la rédaction rigoureuse d’une ordonnance et le suivi du plan Ecoantibio2017. Les Pays-Bas ont, par exemple, su montrer qu’il était possible de réduire la consommation d’antibiotiques de 30 % sans découplage.

En France, depuis les remises en cause de 2011, la consommation d’antibiotiques en médecine vétérinaire a déjà diminué de 10 %. Une bonne raison d’être optimiste quant à l’objectif d’une réduction de consommation de 25 % visé par la mise en place du plan national.

Michel Baussier a conclu que le découplage, qui pourrait coûter cher à l’État, n’est pas une fatalité et qu’il est capital que les vétérinaires « reconnaissent le lien d’intérêt, l’analysent, et répondent en connaissance de cause, le plus important étant finalement de prescrire bien et a minima ».

Michel Baussier, Hervé Pouliquen et Pierre Brouillet sont venus débattre du découplage prescription-délivrance avec les élèves nantais, présents en nombre dans l’amphithéâtre d’honneur d’Oniris.

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