Echange avec Sébastien Grech-Angelini, Ingénieur de Recherche à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Laboratoire de recherches pour le développement de l’élevage (LRDE), Corte.


Quelles sont vos missions en tant qu’ingénieur de recherche à l’INRA?

Je travaille sur l’épidémiologie des maladies infectieuses (animales et/ou humaines) en Corse. La trichinellose, l’échinococcose kystique ou encore la bilharziose uro-génitale, qui a émergé en Corse en 2013 après plus de 50 années d’absence sur le continent européen, font partie de mes objets de recherche. Mais aujourd’hui, mon travail se concentre sur les maladies transmises par les tiques. Aucune étude exhaustive n’avait jamais été menée en Corse sur ce thème, et sa situation d’île méditerranéenne à la géographie variée, où l’homme et l’animal sont en forte interaction (chasse, élevage, randonnée) en fait un lieu privilégié pour la circulation des zoonoses.
La première phase de notre projet (mené en collaboration avec le CIRAD, Montpellier, l’Anses de Maisons-Alfort et l’Université de Perpignan) a consisté à faire l’inventaire des différentes espèces de tiques présentes sur le territoire insulaire. La collecte de tiques a concerné la plupart des animaux domestiques (bovins, ovins, caprins, équins), de compagnie (chiens, chats) et la faune sauvage (sangliers, mouflons, cerfs, hérissons), grâce à la mise en place de réseaux incluant une grande partie des acteurs locaux qui travaillent en santé et avec les animaux (vétérinaires libéraux, ONCFS, chasseurs, éleveurs, personnel d’abattoirs, laboratoires départementaux d’analyses, Parc naturel régional de Corse, etc.). Près de 3500 tiques ont été collectées et 9 espèces différentes ont été identifiées, la plupart morphologiquement mais certaines ont nécessité l’appui de la biologie moléculaire.
Les articles scientifiques sont en cours de rédaction, mais la découverte surprenante d’une population établie d’une espèce de tique exotique, Hyalomma scupense, principal vecteur de la theilériose bovine tropicale, a fait l’objet d’une publication anticipée. La deuxième phase du projet consistait à aller rechercher les agents pathogènes (humains et/ou animaux) présents dans les tiques. Ce travail a été réalisé avec l’Anses de Maisons-Alfort (équipe Vectotiq) en utilisant une puce à PCR en temps réel à haut-débit qui permet la recherche simultanée de près de 40 agents pathogènes transmis par les tiques.
Dans le cadre de ce type de projet, nous sommes amenés à créer des collaborations -prévues ou non- entre laboratoires de recherche, pour mutualiser le matériel de pointe, la connaissance et les compétences spécifiques.
Récemment, nous avons dû le faire avec une équipe tunisienne (Ecole nationale vétérinaire de Sidi Thabet), qui a l’habitude de travailler avec Hyalomma scupense, qui est la principale tique infestant le cheptel bovin tunisien.

Pourquoi et comment êtes vous entré dans la recherche ?

Après 5 années en pratique mixte, je désirais travailler en santé à un niveau collectif et non plus individuel, et la recherche m’avait toujours attiré. J’ai donc repris les études et suivi un Mastère spécialisé en santé publique et épidémiologie des maladies infectieuses à l’institut Pasteur. Après avoir mené une étude sur la peste des petits ruminants (PPR) au Sénégal avec le CIRAD, j’ai postulé à ce poste d’ingénieur de recherche à l’INRA de Corte.

Quel est l’aspect le plus gratifiant de votre métier ?

Les satisfactions sont nombreuses : mener un projet du début à la fin, mais surtout obtenir des résultats, les publier dans une revue scientifique et les diffuser à l’ensemble des acteurs qui travaillent en santé. L’objectif de la recherche est avant tout de permettre des avancées qui, souhaitons le, serviront aux vétérinaires cliniciens et aux médecins dans un futur proche.

Comment voyez-vous ce métier évoluer ?

La recherche est un peu le parent pauvre de la France. Les récentes tribunes de prix Nobels français pour que l’Etat ne coupe pas les fonds alloués à la recherche, nous prouvent que cela n’est pas près d’évoluer. Mais ce métier reste passionnant, et les vétérinaires ont incontestablement des atouts à faire valoir. Notre formation nous a permis de développer, notamment, un sens pratique, une connaissance du terrain et une expertise en matière de santé animale.

Nb : Sébastien Grech-Angelini a désormais fondé Corsican Health Research, une société dédiée à la Recherche en Santé. Cette dernière a pour objectif de collaborer avec les laboratoires (privés ou publiques) sur des projets de Santé à monter en Corse. 

Propos recueillis par Ségolène Minster




Missions :

  • Mener des projets de recherche
  • Créer des collaborations entre laboratoires de recherche
  • Communiquer les résultats à travers des publications scientifiques
    Les plus du métier :
  • Projets passionnants
  • Satisfactions de mener des projets scientifiques, d’obtenir des résultats et de les diffuser
  • Participation aux avancée de la Médecine vétérinaire et humaine
Qualités requises : ouverture d’esprit, goût pour le terrain, goût pour les statistiques, capacité à communiquer, capacité à créer des réseaux, capacité à rédiger.

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