Julier Garnier

Très engagée pour la faune sauvage et la préservation de l’environnement, Julie Garnier (A 88) a consacré sa thèse de doctorat vétérinaire au rhinocéros noir, alors en voie d’extinction. Son parcours professionnel l’a menée en Afrique, au cœur du terrain, où elle a pu développer son approche globale de la santé humaine et animale et de l’environnement. Entretien avec notre consœur, au parcours aussi brillant qu’engagé.

Comment avez-vous mis en place cette approche holistique de la biodiversité ?

L’approche One Health me semble nécessaire. Il y a une vraie place pour les vétérinaires, qui méritent de s’engager dans cette voie. La problématique de la santé animale et publique va croissante, avec la perte de la biodiversité, le changement d’agents pathogènes, le réchauffement climatique. Le rôle du vétérinaire est de diffuser un message.

Votre approche est de terrain, au contact des populations indigènes et de leurs problématiques ?

En effet, je suis vraiment impliquée sur le terrain et sur la mise en place de programmes qui visent à résoudre de réelles problématiques avec des personnes en local. Nous travaillons avec les gouvernements, aux niveaux local, régional, international. J’œuvre avec des personnes sur le terrain depuis 25 ans. Cette approche holistique est nécessaire. Ce sont les habitants qui identifient les problématiques. Un peu comme un vétérinaire qui arrive dans un élevage, ma démarche est toujours diagnostique. Nous sommes les seuls dans cet univers à vouloir apporter des solutions pragmatiques, car nous avons été formés ainsi. Nous sommes là pour considérer le point de vue des élevages.

Les parcs nationaux sont indispensables, il faut intégrer les populations locales et leur droit de gestion. Ces situations ont parfois engendré des conditions de pauvreté, alors que la biodiversité est encore présente, car les personnes indigènes connaissent la forêt et la respectent.

En outre, il importe de différencier le braconnage de subsistance du braconnage commercial. Si les populations locales sont vraiment impliquées, elles ont la possibilité de dire non.

Les femmes ne sont-elles pas un maillon essentiel ?

Mon cheminement est orienté vers les femmes, car ce sont elles qui gèrent les ressources liées à l’animal et à l’environnement. De par leurs activités particulières (cueillette, préparation des repas, artisanat, etc.), elles gèrent toute l’agrobiodiversité. Ce savoir est peu connu, car les femmes restent souvent en amont. Elles s’occupent de la santé familiale, des enfants, et ont le souhait de transmettre leur savoir. Elles sont aussi en première ligne pour tout ce qui concerne les carcasses et les sources d’eau. Si l’on considère ces cultes, ces savoir-faire, c’est la perte d’un patrimoine bioculturel qui est fondamental.

En aidant les femmes, nous voulons aussi réduire la pauvreté et rompre son cycle. Une femme éduquée est une personne dont le taux de survie des enfants augmente considérablement. Les leviers ont un effet domino sur bien des choses. Une femme éduquée a la capacité de gérer une affaire. Les femmes détiennent un savoir-faire sur toute la biodiversité alimentaire. Nous cherchons à promouvoir la réhabilitation des potagers, des plantes médicinales, dont elles se servent aussi pour leurs animaux domestiques. Le savoir est également lié au tissage artisanal, de sacs, notamment.

À quels types de problèmes devez-vous faire face ?

Nous sommes confrontés à des problèmes divers. Au Mozambique, par exemple, nous sommes souvent témoins d’attaques de lions, de crocodiles, d’éléphants, qui détruisent les récoltes. Il faut construire des programmes aux bénéfices supérieurs, et trouver un terrain de conciliation avec la pression démographique, les grandes pressions liées à l’agriculture et aux exploitations. Tous les volets doivent être pris en compte – la santé humaine, l’aide aux pêcheurs, les récifs coralliens – et il importe que les gouvernements adoptent des décrets qui permettent d’aider les communautés locales.

Nous souhaitons restaurer le droit de gestion des ressources naturelles par les populations locales elles-mêmes. Il existe des zones de grande pauvreté, des endroits reculés peu propices à l’agriculture. Les habitants évoluent donc dans un cycle de pauvreté, sans accès à l’éducation. Le paradoxe réside dans le fait que si ce droit de gestion est restauré, les habitants ne dépendent plus uniquement des ressources naturelles et le cycle de pauvreté est brisé.

L’approche est donc nécessairement holistique ?

Le contexte de base est la conservation de la biodiversité. Je travaille souvent avec des vétérinaires, des anthropologues et des biologistes. Je constate que l’approche One Health est de plus en plus reconnue. Nous sommes tenus d’avoir cette approche, avec ses trois composantes : santé humaine, animale et environnement. Nous devons reformuler notre position par rapport à la nature. C’est une voie dans laquelle la profession doit s’engager !

Propos recueillis par Marine Neveux

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