10/04/2013 | Le Point Vétérinaire.fr

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Rencontre

Xavier, un vétérinaire rural qui vous veut du bien

« La ville a une figure, la campagne a une âme » écrivait Jacques de Lacretelle, pour cette première de ‘Portrait de véto’ on prend la direction du monde rural.

Dans ce berceau historique de la race Limousine, il est des villages dont le nom est tristement célèbre. Oradour-Sur-Glane fut la grande perdante de cette Allemagne nazie battant retraite en juin 1944. Aujourd’hui, Oradour-Sur-Glane est une bourgade de 2 000 habitants, à une vingtaine de minutes du chef-lieu de région Limoges. Rencontre avec le Dr Xavier Longy, praticien installé à Oradour-Sur-Glane depuis 10 ans.

Agé de 37 ans, les tempes poivre et sel, le front dégarni avec les années, ce passionné de hard-rock et fan de Shaka Ponk n’a que les bottes et son Be Bop terreux pour marquer son appartenance à la buiatrie. Quant à lui, il se décrit volontiers comme la nouvelle génération de ruraux, pas nécessairement fils de la terre. Il souhaite donner un autre visage à ce métier qui pendant longtemps était celui « d’un grand balèze d’une cinquantaine d’année, né dans la commune, qui n’avait pas besoin de dormir ni de voir sa famille ». En exerçant ce métier-passion, il s’est rapidement rendu compte que l’on peut le façonner à son image. Sa structure se compose de deux associés, trois salariées et trois ASV.

Une journée type
Une journée type entre novembre et avril commence à 8h, le premier départ en visite se faisant vers 8h45-9h. Une pause déjeuner d’une heure coupe cette journée qui ne se termine pas avant 19h. En étant trois sur deux postes en rurale, les gardes s’espacent, les week-ends libres se font plus nombreux, la disponibilité et l’efficacité au travail sont meilleures de son propre aveux. Lors de la belle saison, de fin avril à début novembre, la canine et l’équine prennent le dessus, les associés s’accordent neuf semaines de congés en famille.

Une expérience enrichissante
Pour lui, l’association c’est comme le mariage, mais sans l’Amour. Malgré des points de vue parfois divergents, elle nourrit l’intellect, permet un contact fait d’expériences partagées, mais également de proposer un service de garde de qualité 24h/24 et 7jours/7. Lui a passé le pas il y a dix ans, et le concède volontiers, il ne se voyait pas exercer seul. Avec le recul, il juge cette expérience enrichissante. Devenir patron d’une PME avec la complexité de la gestion et du management ça s’apprend ! Rapidement avec son associé, ils se sont aperçus que la route les menant à la retraite était longue. Ils ont décidé de se ménager du temps libre afin de pouvoir profiter d’une vie privée plus harmonieuse faite de bons moments en famille et … d’aquariophilie. A la tête d’une fishroom qui ferait pâlir d’envie les Jardiland et autres Delbard de la région, l’entretien de sa vingtaine d’aquarium rythme ses jours de repos. Il est bien loin le temps de son unique poisson rouge qui vivait dans son 2 litres. Place aux 2500 litres et à la reproduction de Cichlidés d’Amérique du Sud…

Quand il s’agit de décrire un vétérinaire rural Limousin en 2013, il vous dresse le portrait d’un pompier appelé nuit et jour, en semaine ou le week-end, disponible dans les 20 minutes pour répondre aux besoins de chacun tout en essayant d’instaurer un peu plus de prévention chaque jour. Le statut du vétérinaire a beaucoup changé ces vingt dernières années dans les campagnes : loin d’être parfumé à l’eau de Cologne après une embryotomie d’une heure et demie, il se contentera de l’eau du ruisseau pour enlever le plus gros. Il reste néanmoins un partenaire privilégié de l’élevage tout en n’oubliant pas qu’il « n’est plus le seul intervenant en élevage, concurrencé qu’il est par les techniciens, contrôleurs et autres colporteurs divers et variés ».

Le stagiaire
Quand on lui demande de nous dresser le portrait type du stagiaire qu’il voit évoluer dans sa structure, il nous décrit quelqu’un « qui stimule son cerveau de praticien embrumé par la routine ». Celui-ci est néanmoins « trop souvent polarisé sur le médical, négligeant ainsi l’aspect psychologique et/ou sociologique des cas ». A celui qui s’apprête dans un futur proche à emprunter la même voie que lui, il conseille de « développer le ‘care’ en plus du ‘cure’ pour l’animal et pour son propriétaire ». Comme il aime à le rappeler, aucun ingénieur ne sort de l’école en ayant déjà construit un pont, mais il convient tout de même de s’être déjà frotté au milieu agricole qui encore en 2013, a toujours ses us et coutumes. En témoigne sa propre expérience, il faudra quelques années pour ne pas arriver dans une exploitation la boule au ventre pour le vêlage de 3h du mat’… Le monde agricole reste somme toute un milieu rude fait de personnes passionnées par leur métier et par leurs animaux.

Vision du futur
Concernant sa vision du futur, il pense que le tournant sera de parvenir à facturer le conseil et le suivi d’élevage car ils ne seront probablement plus liés, dans un avenir plus ou moins lointain, à la délivrance d’un produit, « de longues heures de pédagogie en perspective ».
Pour finir, ce serait vraiment vache de vous laisser ainsi. C’est pourquoi mes derniers mots seront ceux d’Aerosmith, ceux que Xavier aimait à fredonner lors de ses longues soirées de prépa :
Dream on,
Dream on,
Dream on,
Dream until your dreams come true.

Aurélien LEOBON

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