06/03/2013 | Le Point Vétérinaire.fr

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Grande Odyssée

Rendez-vous en terre inconnue avec Joséphine Julia

La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc 2013 vécue de l’intérieur par Joséphine Julia, étudiante en 5ème année à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse.

Née en janvier 2005 de l’imagination de deux amoureux de chiens de traineau, Nicolas Vanier et Henry Kam, la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc est une épreuve qui traverse la chaîne alpine française. Les chiffres qui caractérisent cette course sont vertigineux et font froid dans le dos : trente parmi les meilleurs mushers de la planète se défient sur près de 1 000 km en neuf étapes avec 3 000 m de dénivelé positif. L’an passé, le grand vainqueur a bouclé la course en 40 heures à plus de 20 km/h de moyenne.

Cette aventure avec un grand A est tout à fait singulière du fait du niveau technique requis et des dénivelés imposés aux attelages : elle exige un niveau de préparation maximal. Cette épreuve hors norme se déroule à 70% du temps en dehors des domaines skiables. La moitié des épreuves sont nocturnes avec un classement commun pour les concurrents hommes et femmes. Elle fait intervenir l’ensemble des professionnels de la montagne : qu’ils soient agents techniques des communes, guides ou moniteurs, tous concourent au bon déroulement de cette course sans commune mesure.

Les règles de la course sont les suivantes. Chaque musher possède un pool de quatorze chiens. A chaque étape, la direction de course impose un nombre maximal de chiens au départ ainsi qu’un nombre minimal de chiens à l’arrivée. Au musher et à son équipe de faire les bons choix et de ménager les animaux tout au long de l’épreuve.

La santé de ces champions canins est la préoccupation centrale de l’organisation de course et plus particulièrement de la Team Véto. Elle se compose de praticiens passionnés de médecine sportive canine et a pour mission de réaliser les soins au quotidien, de palier à toutes les urgences, de procéder aux contrôles anti-dopage mais surtout et avant tout de veiller au bien être de ces athlètes de l’extrême.

C’est dans ce contexte que pour la première fois, Merial, partenaire pour la 7ème année consécutive de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc, a permis à quatre étudiants des ENV françaises de participer à cette expérience unique. Partons à la rencontre de l’une d’entre eux :

Aurélien Léobon : Pourquoi avoir voulu participer à cette aventure ?
Joséphine Julia : Le mushing est un monde que je connaissais peu ou seulement à travers les récits de Nicolas Vanier. Pouvoir participer à une telle aventure était pour moi une opportunité à ne pas manquer !

A.L. : Te voilà revenue, quelles sont tes impressions ?
J.J. : A mon retour, j'ai eu la sensation d'avoir vécu durant près de quinze jours dans une grande famille : ce fut une véritable aventure humaine. Le fait de pouvoir apporter sa contribution à un tel projet est valorisant, les mushers ainsi que les handlers nous le rendent bien.

A.L. : Avais-tu des appréhensions avant le départ ?
J.J. : Dès le début, les organisateurs ont bien insisté sur l’environnement de travail : peu d'heures de sommeil et des conditions climatiques difficiles. Ce que j'appréhendais le plus était mon manque de connaissances concernant la médecine sportive canine. Finalement, cela n'a pas posé de problèmes.

A.L. : As-tu eu des contacts avec les autres membres de ton équipe avant le départ ou était-ce l'inconnu jusqu'au dernier moment ?
J.J. : Je suis partie sans connaître un seul membre de l'équipe vétérinaire.

A.L. : Quelles étaient les missions qui t'étaient confiées ?
J.J. : Dans un premier temps, nous avions un rôle de contrôle avant que la course ne débute : nous vérifions l'identification, la validité de la vaccination, et l'état de santé de chaque chien pour leur accorder le droit de participer (soit près de 300 chiens examinés en tout !).
Tout au long de la course, nous pratiquions une médecine vétérinaire de terrain, avec la contrainte de médicaments considérés comme dopants, et sans examen complémentaire disponible. Nous étions opérationnels de 6h du matin jusqu'à parfois 1h le lendemain matin. Nous réalisions également des contrôles intermédiaires en montagne lors des étapes longues : une minute d'arrêt obligatoire nous permettait de contrôler rapidement l'état de l'attelage. Les mushers avaient la possibilité de s'arrêter plus longtemps pour donner à boire ou à manger à leurs chiens, et nous pouvions décider de sortir un chien de la course si son état de santé l'imposait.
Nous avions également un rôle de conseiller auprès des handlers et mushers afin de leur indiquer quel soin effectuer, quel chien écarter de la course... Ils nous voyaient donc comme des alliés et non comme des juges, nous avions leur confiance.

A.L. : Quelles sont les pathologies les plus fréquemment rencontrées ?
J.J. : Ce sont principalement des affections liées à de la traumatologie et à de la gastro-entérologie : contractures et tendinites, fatigue et déshydratation, crevasses interdigitées, coupures des coussinets, diarrhées de stress ...

A.L. : Quels sont les meilleurs moments ? Les plus difficiles ?
J.J. : Le moment que j'attendais était la nuit à la base polaire, où les mushers bivouaquent à 2000m d'altitude. Mon souvenir le plus marquant est la descente d'un chien blessé derrière une motoneige à 7h du matin, après la courte nuit passée au refuge : pas facile de cramponner le chien pour éviter qu'il ne saute de la barquette au cours des trente minutes de descente !
Les moments les plus difficiles sont les moments d'attente, dans la nuit et le froid. Je me souviens notamment d'une soirée passée à attendre l'arrivée du dernier traîneau par -17°C : dehors depuis 6h du matin, nous étions complètement frigorifiés !

A.L. : Quelles sont selon toi les qualités requises pour participer à une telle aventure ?
J.J. : Je pense qu'il faut avant tout être observateur, parce que la sémiologie a une place très importante dans la médecine pratiquée, étant donné le peu de moyens matériels mis à notre disposition. Il faut aussi avoir le sens du travail d'équipe, être motivé et aimer le grand air !

A.L. : Qu'est-ce que cette expérience t'a apporté ?
J.J. : Je retiendrai principalement l'aspect technique et les connaissances acquises sur les chiens de traineaux ainsi que sur tout le milieu qui les entoure : des chiens formidables et une médecine du sport en conditions de terrain loin d'être inintéressante !

A.L. : Est-ce que cette expérience va infléchir le cours de ta carrière ?
J.J. : J'envisage une pratique mixte en zone rurale. Soigner des chiens de chasse ou des chiens de sport représentera probablement une partie de mon activité. Je l'aborderai avec plus d'intérêt et de sérénité grâce à ce que j'ai appris lors de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc 2013, notamment en ce qui concerne les problèmes myo-ostéo-articulaires.

A.L. : Si tu devais résumer ton expérience en trois mots ?
J.J. : Hors du commun

A.L. : Si c'était à refaire ?
J.J. : Je le referais volontiers ! Certains ont d'ailleurs déjà réservé leur place pour l'an prochain ...

Propos recueillis par Aurélien Léobon

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