Une certification “vétérinaire” sans acte vétérinaire

18.01.2013 à 06:00:00 |
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Depuis des années, les Groupements de défense sanitaire (GDS) collectent les résultats des examens sanguins des bovins prescrits par les vétérinaires et relatifs à leur statut d’infectés permanents immunotolérants (IPI) ou non. Ces examens sont la recherche d’antigénémie de protéine de structure virale (p80 essentiellement) et la polymerase chain reaction pour la diarrhée virale bovine (PCR BVD).

La collecte de ces résultats permet aux GDS de constituer une base de données d’animaux non IPI, de renseigner les fiches individuelles informatiques de ces animaux, de matérialiser cette information par la délivrance d’une attestation accolée au passeport de chaque animal afin de ne pas renouveler l’examen sanguin.

Bovin non IPI
Les études épidémiologiques montrent l’importance des coûts engendrés, pour les ateliers d’engraissement, par les animaux IPI. Ce statut est en outre incompatible avec leur vente comme reproducteurs. De ce fait, il a semblé à la filière élevage plus efficient de déterminer le statut des animaux dès ou à un âge proche de la naissance. De plus, certains intervenants commerciaux affichent leur volonté de valoriser le statut non IPI des veaux nourrissons et des broutards destinés à l’engraissement.

Un cahier des charges national
L’Association de certification en santé animale (Acersa), qui regroupe le GDS France, la Fédération nationale de la coopération bétail et viande (FNCBV), la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) et l’État, a élaboré un cahier des charges national à décliner et à appliquer dans les régions ou les départements.

Les bases de cette trame nationale sont déjà connues : PCR BVD sur cartilage auriculaire prélevé lors de l’identification des veaux par l’éleveur, recueil des examens sanguins prescrits et réalisés par les vétérinaires des élevages auprès des laboratoires départementaux d’analyses, interprétation des variations du taux d’anticorps anti-BVD dans le lait de grand mélange collecté.

La stabilité du taux d’anticorps dans le lait pendant plusieurs mois signe, selon ce cahier des charges, l’absence d’animal IPI dans le cheptel laitier. Elle permet de certifier les animaux en production et leurs ascendants : aucun contrôle de la composition du troupeau prélevé n’est prévu, ignorant donc le fait que le lait de certaines vaches n’est pas livré dans le circuit de la laiterie (vente directe, tri de lait, vaches destinées à nourrir les veaux nouveau-nés, etc.).

Le risque d’erreur est calculé, et le résultat peut être discuté. L’existence de ce calcul prouve que la certification selon ce procédé n’établit qu’une probabilité et non une certitude pour nombre de bovins. En effet, le risque d’erreur des tests biologiques, commun à toutes les méthodes, est cumulé ici avec l’incertitude de la connaissance de l’échantillon testé.

Une différenciation de plus en plus controversée
Différencier le statut “IPI” ou “virémique transitoire” en fonction du cycle seuil (CT) de la PCR est de plus en plus controversé, ramenant l’interprétation de ces résultats positifs à la connaissance clinique de l’élevage, et ces tests à ce qu’ils sont : des examens complémentaires.

Les vétérinaires devront connaître et mettre en œuvre ce cahier des charges à la demande de leurs éleveurs puisqu’ils seront chargés de lever les doutes sur le statut des animaux. Ainsi, ils devront expliquer à leurs clients pourquoi certains animaux pourront être certifiés sans autre examen vétérinaire (prélèvement réalisé par le vétérinaire sur un examen prescrit par lui) et d’autres non (prélèvement par l’éleveur hors de la présence du praticien, certification sur lait de grand mélange) avec la nécessité de renouveler l’examen biologique.

Une certification non vétérinaire
De ces éléments, plusieurs points sont déjà à souligner : cette certification “bovin non IPI” n’est pas une certification vétérinaire, mais une certification dans le domaine vétérinaire. En conséquence, un vétérinaire ne pourra pas établir un certificat “bovin non IPI” sur les bases de ce cahier des charges, ou le statut de l’animal dans ce cahier des charges (sauf prélèvement réalisé par le vétérinaire et examen prescrit par celui-ci). Il me semble important de le souligner, afin que chaque confrère garde soigneusement ce point en tête. Car la certification est un acte vétérinaire soumis à l’obligation de moyens, et la responsabilité du vétérinaire n’est pas soumise ou limitée à ce cahier des charges. Il m’apparaît essentiel que ce point soit accrédité officiellement par nos autorités de tutelle, ou infirmé, afin de prémunir la responsabilité civile de tous les confrères ou, au contraire, nous exonérer de ces précautions en laissant dans le flou les bases sur lesquelles le certificat est rédigé.

La certification en santé animale prend le même chemin que celle de la gestation, réalisable par les inséminateurs ou les techniciens.

Il est utile de rappeler qu’un animal non IPI peut être virémique. Par conséquent, pour un acquéreur, l’achat d’un animal non IPI peut être une garantie de qualité de l’animal, mais n’est pas un gage d’innocuité pour le cheptel introducteur !

Un point reste en suspens : l’étiquetage sur les passeports ne précise pas nettement la différence entre un diagnostic vétérinaire rapporté par le GDS aujourd’hui et le statut déterminé dans le cadre du cahier des charges.

Il va de soi que cette différence devrait être signifiée à l’acheteur des animaux, puisque la certitude du statut est différente et que, dans le cas contraire, l’étiquetage de cette qualité de l’animal peut être jugé trompeur.

Un sujet existentiel pour notre profession
Le but de cet article est que cette question soit discutée et mes positions critiquées ou infirmées. J’estime en effet le sujet existentiel pour notre profession. Et pas seulement pour les buiatres : demain, un club de race canine ou féline pourrait dès lors trouver un test biologique et centraliser les résultats afin de certifier en santé animale, sans acte ni présence d’un vétérinaire ! Les diagnostics génétiques réalisables sur les poils et la salive permettent effectivement de le redouter. Un transpondeur d’identification ou un tatouage assurent la même garantie de traçabilité du prélèvement qu’une boucle auriculaire posée par l’éleveur lui-même.

Alain Mayer

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