25/01/2013 | Le Point Vétérinaire.fr

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Exercice

Ostéopathie animale : des dérapages inquiétants

Le dossier de l’ostéopathie animale est en train de négocier un virage périlleux. Pour l’animal, pour le client, mais aussi pour la profession vétérinaire, toutes espèces confondues.

L’ordonnance du 22 juillet 2011 entérine une nouvelle catégorie d’acteurs : les personnes réalisant des actes d’ostéopathie dès lors qu’elles justifient de compétences qui devront être définies par décret. Mais ce texte patine, voire s’enlise. Les confrères qui se consacrent à cette discipline sont donc inquiets, estimant que la profession vétérinaire a « trop lâché » sous la pression du ministère de l’Agriculture. L’ouverture à des non-vétérinaires d’une thérapeutique qui, comme tout acte médical, nécessite d’abord d’établir un diagnostic, les préoccupe. Aujourd’hui, ils déplorent également de voir fleurir les formations en ostéopathie, sans contrôle ni encadrement.

Un encadrement pourtant nécessaire
Définir la qualification, la formation et les règles déontologiques est pourtant fondamental pour garantir au client une qualité de service, loin des pratiques qui s’apparentent parfois à de véritables escroqueries. Il y va aussi du respect du bien-être animal.

La profession vétérinaire a adopté une attitude constructive et ouverte, ces derniers mois, pour être force de propositions, assurer le dialogue avec tous les acteurs de la discipline. Mais la machine s’est enrayée, elle est malheureusement au point mort aujourd’hui. Le service juridique du ministère de l’Agriculture considère qu’après tout, ces personnes n’exercent pas une profession, mais sont des dérogataires de l’exercice professionnel vétérinaire !

Selon ce service, pourquoi alors s’embarrasser d’un lourd débat ou de mesures fortes pour cadrer l’ostéopathie ? Se profile là un inquiétant virage à 180° du ministère de tutelle… Une attitude qui fait peu de cas de l’intérêt de l’animal et du client, à l’heure pourtant d’une prise en compte renforcée du concept One Health et du bien-être animal.

« La responsabilité de cette situation est à faire porter en premier lieu aux représentants des ostéopathes, que nous avions rencontrés lors des négociations sur l’acte vétérinaire. Ils avaient alors refusé notre proposition de retirer leurs recours en Conseil d’État et de continuer à discuter pour construire une vraie formation diplômante des ostéopathes animaliers. Ils ont préféré que soit écrit un texte de loi, somme toute très insuffisant, concernant la formation et la reconnaissance d’une nouvelle profession, le point n° 12 de l’article L.243-3. Cette responsabilité est également à faire porter aux représentants des éleveurs, qui ont cru y voir un combat d’arrière-garde de notre profession et n’ont pas voulu entendre que le diplôme de vétérinaire, délivré à un professionnel réglementé au sein d’écoles d’État, est un gage de qualité et l’assurance, pour le public, de recourir à des professionnels utilisant des pratiques et une démarche fondées sur des preuves scientifiques », souligne Jean-Yves Gauchot, président de l’Avef. « Sans maîtrise du contenu des enseignements et des écoles qui fleurissent sur un marché convoité par des acteurs privés de la formation continue, peu regardants sur la qualité de leurs élèves, le risque est grand d’avoir à faire passer l’examen à nombre d’ostéopathes animaliers installés sur le terrain. Et de pousser ceux ou celles qui seront mis en échec à l’examen d’État ou qui ne tenteront pas de le passer à revendiquer une autre appellation, comme chiropracteur, etc. Cela fera illusion auprès du public », poursuit Jean-Yves Gauchot.

De nombreuses questions en suspens
Les zones d’ombre sont légion. « À défaut d’agréer des formations d’ostéopathie animalière, faut-il créer un diplôme pour les non-vétérinaires ?, s’interroge Michel Martin-Sisteron (chargé des affaires juridiques, administrateur du Conseil supérieur de l’Ordre). Une formation pourrait-elle être dispensée dans une école vétérinaire ? Mais dans ce cas, n’y a-t-il pas un risque que ces personnes se disent diplômées d’une ENV… sans être vétérinaires ? »

En outre, si les écoles de formation ne sont pas agréées, c’est le référentiel d’un diplôme français qui le sera. Ce diplôme devra alors être pratique et théorique. « Qui composera le jury ? Comment sera-t-il rémunéré ? Cela risque de renforcer la déferlante d’écoles qui se créent actuellement. » En outre, comment évaluer la partie pratique, qui oscille selon les formations entre des notions peu crédibles ou, à l’opposé, scientifiques ?

D’autres points seront aussi à résoudre. Ainsi, il est prévu un contrôle du respect de la déontologie. « Comment sera-t-il mis en place ? Y aura-t-il des sanctions ? Faut-il des chambres de discipline ? Est-ce que ces chambres seront du ressort des conseils régionaux ordinaux ? Seront-elles constituées de vétérinaires et de non-vétérinaires ? », questionne Michel Martin-Sisteron.

Un fossé ?
Un diplôme interécoles (DIE) d’ostéopathie a été créé. « Dans ces temps de tempête, nous avons besoin d’une forte identité vétérinaire. Tout confrère peut pratiquer l’ostéopathie. Deux approches sont possibles : les vétérinaires ostéopathes titulaires du DIE (situation “idéale”), et ceux qui ont suivi des formations sans nécessairement aspirer à l’obtention de ce diplôme. Nous savons que, pour faire la différence avec beaucoup de “pratiquants” non vétérinaires, ils feront preuve d’une honnêteté intellectuelle et éthique dans leur exercice », indique Frank De Craene, vétérinaire ostéopathe.

Marine Neveux

Pour plus d’informations, voir La Semaine Vétérinaire n° 1524 du 25/01/2013 en pages 14 à 16

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