22/02/2013 | Le Point Vétérinaire.fr

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Remous de potards

Les vétérinaires attaqués sur plusieurs fronts

Plusieurs attaques contre la profession vétérinaire, sur fond de médicament, ont été initiées par un petit groupe de pharmaciens ces derniers jours. Analyse et réactions de nos représentants professionnels.

Un article publié dans Le Quotidien du pharmacien du 11 février 2013, sous le titre « Qui veut la mort de la pharmacie vétérinaire ? », cloue au pilori la profession vétérinaire. Il porte aussi « de graves accusations à l’égard des fonctionnaires de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) rattachée à la Direction générale de l’alimentation », indique dans un communiqué daté du 14 février le Syndicat national des inspecteurs en santé publique (SNISPV) et celui des pharmaciens inspecteurs de santé publique (SPHISP). Ils s’indignent de ces propos. Et pour cause.

« Les vétérinaires fonctionnaires du ministère de l’Agriculture abusent de leurs pouvoirs en solidarité avec leurs confrères libéraux pour discréditer les pharmaciens vétérinaires », peut-on lire dans Le Quotidien. « On peut légitimement s’interroger sur l’objectivité des inspecteurs vétérinaires contrôlant une officine », poursuit le journal, qui ne se lasse pas d’enfoncer le clou : « Chaque jour, les brigades vétérinaires mobilisent de puissants moyens du pouvoir régalien et instrumentalisent gendarmerie, police, parquets et tribunaux. Et, pour éviter tout débat contradictoire, l’inspection de la pharmacie n’est même pas sollicitée ».

« Chaque jour ou presque, depuis début janvier, ils visitent une officine spécialisée, martèle Jacky Maillet, président de l’Association nationale de la pharmacie vétérinaire d’officine (ANPVO). Des visites de plus en plus musclées et fréquentes. » Tandis que son confrère Guy Barral, de l’Union nationale pour la pharmacie vétérinaire d’officine (UNPVO), se place en position de victime des contrôles qui ciblent justement les officines spécialisées dans la vente de médicaments vétérinaires.

En quelques jours, l’attaque contre les vétérinaires s’est d’ailleurs développée sur plusieurs fronts. Une pétition « non au monopole des vétérinaires dans la délivrance des médicaments », initiée par l’UNPVO, a été lancée en ligne le 1er février avec pour cible le grand public.

Guerre et paix
Cette rengaine déjà entendue est-elle le fait d’un groupe restreint de pharmaciens extrémistes ? S’inscrit-elle dans un contexte de panique des officinaux confrontés à l’ouverture des ventes en ligne en médecine humaine ? Plane aussi au-dessus d’eux la menace “Leclerc” et ses récentes campagnes de communication sur les chaînes de grande audience. Finalement, l’occasion de relancer la discorde sur le couplage prescription-distribution vétérinaire était trop belle…

Mais déjà, ces propos ont-ils une quelconque légitimité ? « L’Ordre et l’écrasante majorité de nos collègues pharmaciens ne remettent pas en cause le principe d’un équilibre entre trois ayants droit. La relation avec eux est bonne, intelligente et constructive, répond notre confrère Michel Baussier. C’est dans ce cadre de débat élevé et serein qu’a été récemment signée la déclaration commune avec Alain Delgutte, le président du Conseil central A de l’Ordre des pharmaciens, qui représente tous les officinaux. Je dois dire que les syndicats vétérinaires, moteurs dans cette démarche, étaient prêts à accepter cette déclaration commune, que leurs homologues pharmaciens les plus représentatifs n’ont pas voulu signer in fine… On peut s’interroger sur cette attitude, dans la mesure où il s’agissait de rappeler tous les professionnels au respect de la réglementation. À cet égard, les Ordres sont pleinement dans leur rôle à travers cette déclaration ».

« Il est important dans le principe que le pharmacien soit un acteur significatif de la distribution du médicament vétérinaire, estime Michel Baussier. En effet, son exclusion pourrait renforcer l’idée, chez certains dirigeants, que les pharmaciens ne sont pas indispensables dans la distribution au détail du médicament en général – je parle du médicament à usage humain – et qu’on pourrait de ce fait  lui retirer au moins une partie de son monopole, au profit de la grande distribution… et d’Internet.  Ce serait d’abord, il faut savoir le dire avec force en tant que citoyen, une grave régression sociale en matière de santé publique. Les pharmaciens d’officine constituent une profession dont l’utilité sociale ne saurait être remise en cause. Une telle situation ferait courir à terme un risque identique aux vétérinaires. Or pour les confrères, la pharmacie vétérinaire est un enjeu majeur dans le modèle actuel. Ce n’est pas un enjeu pour les groupements agréés et cela l’est encore moins pour l’immense majorité des pharmaciens. Il semble qu’un petit nombre d’officinaux, plus pour des raisons idéologiques (le dogme culturel du monopole pharmaceutique) que réellement économiques, agissent avec des arrière-pensées hégémoniques drapées dans la candeur de la santé publique… Laquelle incantation de la santé publique paraît assez souvent, pour les mêmes, inversement proportionnelle dans la force de sa déclamation, à la réalité concrète de sa mise en pratique ».

Le respect de l’impartialité
Qu’ils soient vétérinaires ou pharmaciens, les inspecteurs ont un devoir absolu d’impartialité, rappellent le SNISPV et le SPHISP : « Il est aussi absurde d’accuser les vétérinaires inspecteurs de vouloir protéger leurs confrères libéraux que d’accuser les pharmaciens inspecteurs de vouloir protéger les officinaux ». Les inspections conduites par des fonctionnaires de l'État ont un unique objectif : veiller au respect des règles afin d’assurer la protection de la santé publique. « À cet égard, nous tenons à rappeler que la réalisation d’inspections est essentielle pour assurer la prévention des dérives professionnelles » poursuivent les deux syndicats. Et de conclure : « Nous regrettons que les moyens consacrés à l’inspection de la pharmacie vétérinaire soient aussi limités par rapport aux enjeux que représente le bon usage des médicaments vétérinaires sur le plan de la santé publique, particulièrement dans le cadre du plan de prévention de l’antibiorésistance ».

Marine Neveux

Pour plus d’informations, voir La Semaine Vétérinaire n° 1528 du 22/02/2013 en pages 14 à 16

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