06/11/2009 | Le Point Vétérinaire.fr

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INFOS PRODUITS

Les éleveurs font plus confiance aux praticiens pour les aider à ne pas déraper que les médecins

« Aidez-nous à ne pas déraper ! ». C’est le mot de la fin de Philippe Lejeanne, éleveur laitier, après quatre heures d’intenses discussions autour de l’observance et de la bonne utilisation des antibiotiques chez les bovins. Le 13 octobre dernier, médecins, vétérinaires et éleveurs ont en effet répondu à l’invitation de Pfizer pour participer à une table ronde et débattre du sujet.

L’objectif est à la fois simple et complexe : réaliser un état des lieux de l’observance des traitements antibiotiques en filière bovine et présenter des axes d’amélioration.

« Nous avons toujours la trouille au ventre en salle de traite ! »
L’observance est le respect des instructions et des prescriptions. Ainsi, « bon usage », « respect des posologies et du suivi », mais aussi « échec thérapeutique » et « antibiorésistance » sont parmi les mots qui lui sont spontanément associés, et auxquels peuvent être ajoutés « délais d’attente » et, malheureusement, « inhibiteurs ». Les enjeux de l’observance sont graves. Car l’inobservance, chez l’homme comme chez l’animal, est un facteur de risque de sélection d’antibiorésistance. Les médecins le répètent : « L’enjeu est d’abord d’éviter de mettre en péril la santé humaine », donc, au final, de sauver des vies. Les parallèles entre médecine vétérinaire et humaine sont d’ailleurs nombreux et riches. Ainsi, à l’hôpital, l’observance des traitements a été récemment améliorée par la mise en place des cahiers de soins infirmiers. Le personnel y consigne des informations précises sur chaque administration de médicament (moment, quantité, etc.). « Cela nous a changé la vie », confient les médecins. Impossible de ne pas faire la comparaison avec les registres d’élevage.
Mais en productions animales, la bonne observance des traitements conditionne également la qualité des produits, dont les répercussions économiques – considérables – sont immédiates (pénalités en cas d’inhibiteurs dans le lait) ou différées (modification de l’image de la filière aux yeux des consommateurs). « Nous avons toujours la trouille au ventre en salle de traite ! », s’est exclamé Philippe Lejeanne. Même un robot de traite ne garantit pas l’absence d’erreur, car les paramètres individuels de chaque vache sont entrés dans la machine par l’éleveur. La pression de contrôle est permanente. A chaque traite, un prélèvement est réalisé.

« On ne propose pas un produit bon marché pour en vendre peu »
Aux yeux des médecins, qui ne raisonnent qu’en termes de santé publique, le risque d’antibiorésistance est lié à l’usage des antibiotiques davantage qu’à leur bon usage. L’objectif est donc de diminuer leur consommation : le « moins d’usage » plutôt que le « bon usage ». Pour eux, la vente des médicaments par le prescripteur est, par nature, un facteur de risque d’augmentation de la consommation d’antibiotiques, même si cela ne peut pas être démontré ou que des données contradictoires peuvent conclure, à l’inverse, qu’il s’agit d’un gage de bon usage. Sur ce point, les professeurs de médecine sont intraitables : prescription et vente devraient être dissociées. Le témoignage des éleveurs et les argumentaires des vétérinaires semblent se heurter à un mur sur cette question cruciale, voire vitale. Les médecins n’approuvent pas non plus la métaphylaxie, même s’ils en comprennent assez bien l’intérêt médical.
Les médecins comme les vétérinaires considèrent que l’arrivée des génériques ne contribue ni au bon usage ni à la diminution des traitements antibiotiques, pour au moins deux raisons. D’abord, « on ne propose pas un produit bon marché pour en vendre peu ». Les études montrent que les quantités antibiotiques utilisées croissent avec les génériques. En outre, les protocoles des génériques copient les protocoles anciens des princeps, alors que les doses mériteraient d’être réévaluées (augmentées), au moins pour tenir compte de l’évolution de la sensibilité des germes. Les protocoles des génériques, même récents, sont donc parfois obsolètes.
Les guides de bonnes pratiques d’antibiothérapie sont l’une des pistes d’amélioration évoquées. Ils fonctionnent sur une base volontaire. Personne ne souhaite aujourd’hui les rendre contraignants.
En dernier lieu, le développement des nouveaux antibiotiques avec des schémas thérapeutiques aussi simples que possible, en une vraie injection unique (one shot) par exemple, favorise indéniablement l’observance des traitements chez les bovins. Toutefois, il convient aussi que le volume maximal par point d’injection soit compatible avec le poids des animaux traités (et la contenance des seringues usuelles).

Eric Vandaële et Agnès Faessel

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