La prescription-délivrance attaquée sur l’antibiorésistance

04.07.2011 à 06:00:00 |
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A l’assemblée nationale, le 24 juin 2011, députés, médecins, pharmaciens, etc., ont proposé à Bruxelles de séparer la prescription et la délivrance des antibiotiques en Europe et surtout en France.

Ne rien faire contre la surconsommation d’antibiotiques serait « un crime contre l’humanité ». C’est par cette formule choc que le professeur Jean Carlet, médecin consultant pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a ouvert le colloque intitulé « Surconsommation d’antibiotiques : comment réguler ? ». Le titre était plutôt mal choisi. Le bon titre aurait été « Haro sur la prescription-délivrance des antibiotiques par les vétérinaires ».
L’animateur, le consultant Pascal Perez, n’est pas neutre. Il milite de longue date pour la séparation de la prescription et de la délivrance auprès de députés comme le socialiste Gérard Bapt, organisateur du colloque. « Il faut appliquer le principe de la médecine humaine à la médecine animale », écrit-il en mai 2010. Car il n’est pas normal que « les vétérinaires aient besoin de vendre des antibiotiques, qui représentent un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Les laboratoires vendent des antibiotiques comme ils vendent des shampoings avec, en fin d’année, les meilleures ventes récompensées par un chèque ».

Cette réunion aurait pu être sans importance, si elle ne s’était déroulée à l’Assemblée nationale, sur l’invitation de deux députés médecins, Gérard Bapt et Guy Lefrand (UMP), devant deux cents personnes : médecins, pharmaciens, chercheurs et microbiologistes de renom, représentants des agences sanitaires (Anses et Afssaps), administrations comme la Direction générale de l’alimentation, et surtout… le commissaire européen à la santé et à la consommation, John Dalli.
Ainsi, ce dernier a écouté, à quatre reprises, les demandes répétées en faveur de cette dissociation, celles de Gérard Bapt, de pharmaciens, d’une association de victimes des infections nosocomiales, de médecins… Et la voix des vétérinaires, celle des éleveurs ? Il ne les aura pas entendues, car il a dû quitter la réunion avant la fin.
Le président du Conseil supérieur de l’Ordre des vétérinaires, Michel Baussier, qui tentait de répondre à la question du conflit d’intérêt, a même été hué par une partie de la salle. Avec Jacqueline Bastien, vice-présidente de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV), ils étaient d’ailleurs bien seuls pour représenter la profession. Le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL) n’avait pas fait le déplacement. Heureusement, les deux seuls éleveurs présents ont pris le parti des vétérinaires. Ils ont confirmé leur attachement à leur praticien, en qui ils ont confiance. Et ils n’ont pas du tout exprimé le besoin d’introduire un nouvel acteur, comme le pharmacien, davantage « intéressé » par la vente de médicaments que les vétérinaires, mais surtout « incompétent sur la médecine vétérinaire ».

Eric Vandaële

Pour plus d’informations, voir La Semaine Vétérinaire n° 1457 du 1er juillet 2011 en pages 12 et 13

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