La bactérie “tueuse” allemande est identifiée, mais sa source reste inconnue

10.06.2011 à 06:00:00 |
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Escherichia coli O104 :H4. C’est ce colibacille qui est à l’origine de l’épidémie alimentaire qui sévit en Allemagne et qui a déjà fait plus d’une vingtaine de morts et 2 000 malades en près de 3 semaines.

Ce germe a cependant acquis des gènes d’un autre colibacille, un E. coli entéroaggrégatif (EAEC), plus précisément la souche 55989.

« Nous pouvons donc parler de bactérie “hybride” ou “recombinante”, explique notre confrère Gilles Salvat, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de Ploufragan.
« Il faut préciser que les échanges de gènes entre les E. coli (ou d’autres entérobactéries) dans le tube digestif des animaux (en particulier les bovins, dans le cas des E. coli, qui sont porteurs sains) est un phénomène courant. Mais dans ce cas, E. coli O104 : H4 a acquis des gènes qui le rendent particulièrement virulent. La bactérie est excrétrice de la shiga-toxine STX 2 à l’origine des symptômes observés chez les personnes atteintes. Il s’agit d’un E. coli enterohémorragique (EHEC), qui est par ailleurs producteur de ß-lactamases à spectre étendu (BLSE). Soulignons que E. coli O104 : H4 est qualifié de rare et que jusqu’à présent, “un seul cas”, concernant une femme en Corée en 2005, est rapporté dans une publication scientifique », ajoute-t-il.

Plusieurs facteurs expliquent la difficulté de remonter à la source de contamination

L’origine de l’épidémie en Allemagne est, à l’heure où nous mettons sous presse, encore inconnue. Toutefois, il semble acquis que la source de contamination est végétale. Cette origine semble avoir été cernée par les investigations épidémiologiques réalisées à l’aide d’enquêtes “cas-témoins”. Du point de vue du grand public et des médias, l’enquête allemande semble “piétiner”. Mais, selon Gilles Salvat, cette apparente “lenteur” s’explique. D’abord parce que l’origine végétale suspectée porte sur des produits frais. Il est donc difficile de retrouver, plusieurs jours après le début des symptômes (l’incubation varie de 2 à 10 jours), de tels produits chez les particuliers ou chez les producteurs, qui ne gardent pas leur production pendant aussi longtemps.
Par ailleurs, le nombre de victimes ne facilite pas la tâche des enquêteurs. Il faut également tenir compte du fait que les échantillons prélevés sont aléatoires : ils peuvent parfaitement provenir de la source contaminée, mais ne pas contenir l’agent incriminé. De plus, l’identification précise des multiples E. coli au laboratoire n’est pas aussi simple que ce que pourrait croire le grand public ! C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
Enfin, il n’est pas exclu que la bactérie ne contamine plus l’environnement : la source d’infection, qui peut être un tas de fumier ou une fertilisation organique contaminée, peut avoir disparu. Et puis, qu’en est-il de la résistance de cette nouvelle bactérie dans l’environnement ?

Nathalie Devos


Pour plus d’informations, voir La Semaine Vétérinaire n° 1454 du 10 juin 2011 en pages 12 et 13

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