20/11/2009 | Le Point Vétérinaire.fr

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Dix anticancéreux deviennent accessibles aux vétérinaires

Le problème de la non-disponibilité des médicaments hospitaliers est-il aujourd’hui résolu ? En partie tout du moins. Une nouvelle liste de médicaments à prescription restreinte (dits hospitaliers) vient d’être publiée au Journal officiel, avec quarante et une molécules accessibles.

La précédente n’en comptait que vingt-cinq, principalement destinées au bloc opératoire (analgésiques, anesthésiques, myorelaxants) ou à des soins d’urgence et de réanimation. Carboplatine, cisplatine, doxorubicine, fluoro-uracile, lomustine, méthotrexate, vincristine, etc., peuvent désormais être employés dans les cliniques vétérinaires.

Une administration par le seul vétérinaire aux animaux de sport ou de compagnie

Pour la première fois, dix médicaments anticancéreux hospitaliers classés CMR (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques) deviennent accessibles aux vétérinaires des cliniques et des centres hospitaliers (CHV). Les cabinets vétérinaires n’auront donc pas accès à ces molécules cytotoxiques qui nécessitent une hospitalisation pendant au moins vingt-quatre heures des animaux traités.
Cytotoxiques ou non, les quarante et un médicaments humains à prescription restreinte doivent nécessairement être administrés par le vétérinaire lui-même et seulement à des animaux exclus de la consommation humaine (chiens, chats, nouveaux animaux de compagnie, équidés exclus de l’abattage). Toutefois, si le métronidazole injectable est désormais accessible aux vétérinaires, il reste toujours interdit d’emploi chez un équidé, même exclu de l’abattage. A l’inverse, six de ces molécules hospitalières (dobutamine, dopamine, éphédrine, atracurium, bupivacaïne, fentanyl) font aussi partie de la liste européenne des soixante et onze substances dites “essentielles” aux équidés. A ce titre, elles peuvent être employées chez ceux destinés à la consommation humaine, avec un temps d’attente de six mois et l’inscription du traitement dans le livret. Ces médicaments à prescription restreinte ne peuvent pas légalement être acquis auprès des pharmacies hospitalières (ou de ville), même sur prescription, ni a fortiori auprès des centrales vétérinaires (qui ne référencent aucun médicament humain). Les commandes des vétérinaires doivent être adressées par écrit aux laboratoires “humains” concernés. Certains de ces laboratoires sont réticents, voire réfractaires, à livrer en tout petit volume à des vétérinaires des médicaments qu’ils réservent en plus grande quantité aux hôpitaux. Ils n’hésitent pas alors, sans doute de bonne foi, à indiquer qu’ils n’ont pas le droit de fournir les vétérinaires. Il est donc parfois nécessaire de faire référence aux articles R. 5141-122 qui autorise les vétérinaires à employer ces médicaments, et R. 5124-44 qui permet à ces laboratoires, par dérogation, de les livrer aux vétérinaires.
Pour les anticancéreux, le droit accordé aux vétérinaires de les utiliser est accompagné de nombreux devoirs (article R. 5141-112-3). Ils doivent d’abord déclarer auprès de l’Ordre régional leur intention de recourir à ces molécules et s’engager à respecter les bonnes pratiques de ces anticancéreux, fixées par l’arrêté du 18 juin 2009. Sur neuf pages de Journal officiel, ces bonnes pratiques réglementaires visent à prévenir la contamination de l’entourage et de l’environnement de l’animal.

Une hospitalisation de l’animal au moins vingt-quatre heures, isolé de ses congénères
Les anticancéreux injectables prêts à l’emploi sont ainsi à privilégier sur ceux à reconstituer. Les formes orales sont à éviter. La préparation et l’administration de ces produits sont réalisées par le vétérinaire (dans des locaux prévus à l’avance et dont l’accès est alors réservé). Les animaux sont hospitalisés au moins vingt-quatre heures et isolés des autres congénères. Tous les déchets contaminés, les reliquats, les emballages, les déchets de soins (perfuseurs, aiguilles, seringues, flacons, compresses, etc.), les gants, les lunettes, les blouses, les excrétas (fèces, vomis, urines, salive), les ustensiles servant au nettoyage des locaux, du matériel, de l’animal ou au ramassage des excrétas (papier absorbant) sont considérés comme des déchets dangereux et à éliminer comme tels par des sociétés spécialisées.
Les praticiens des cliniques et des hôpitaux vétérinaires s’engagent alors à désigner parmi eux un confrère référent pour ces anticancéreux, en charge notamment de la mise en place des bonnes pratiques et de la formation du personnel. Ils s’engagent aussi à tenir compte de l’entourage et du contexte de l’animal avant de proposer ces traitements à un client, en vue d’obtenir son consentement éclairé. Les deux anticancéreux avec AMM vétérinaire indiqués lors de mastocytomes, Masivet® et Palladia®, ne font pas partie des médicaments classés CMR. Ils ne sont donc pas concernés par ces dispositions contraignantes.

Eric Vandaële
Extrait de La Semaine Vétérinaire n°1381

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