Retour sur la crise porcine française actuelle

Nathalie Devos | 27.08.2015 à 14:43:50 |
2 cochons
© Janecat - iStock

Les éleveurs porcins ont manifesté leur ras le bol cet été, via diverses opérations coup de poing, face à une crise qui dure depuis des mois. Plusieurs facteurs expliquent cette dernière.

La crise porcine actuelle, qui s’inscrit dans une crise plus grave de l’élevage français, est à la fois conjoncturelle et structurelle. Les éleveurs porcins dénoncent un prix d’achat trop bas qui menace selon eux leur survie. Pourquoi ? Voici les principales explications.

- L’embargo russe

La Russie, premier marché à l'exportation pour le porc européen, décide le 1er février 2014 d’un embargo sur ce dernier sous prétexte de la présence de peste porcine africaine à l’est de l’Europe. En résulte une production européenne qui peine à s’écouler et qui fait baisser les cours.

- Les problème des distorsions de concurrence

Comment les expliquer ?
- Les coûts de la main-d'œuvre employée. En Espagne et en Allemagne par exemple, les travailleurs salariés (sous le statut de travailleur détachés) sont payés entre 600 et 800 euros par mois alors qu'ils coûtent 2000 euros avec les charges en France en moyenne.
- Par ailleurs, en France, la taille moyenne des exploitations est en moyenne de 150 et 200 truies contre 300 voire plus en Allemagne et en Espagne, une concentration du secteur qui leur permet de réduire les coûts de production.

- La fixation du prix du kilo de porc français

Contrairement à d’autres viandes, comme le bœuf dont une tendance nationale est calculée par l’organisme public France AgriMer, le prix du kilo de porc est lui directement relié au cours en vigueur au marché du porc breton (MPB), situé à Plérin en Bretagne. Le prix moyen du MPB sert de référence pour le porc français au niveau national. La vente se fait par un système d’enchères dégressives. Les abatteurs-industriels achètent aux éleveurs et c’est ainsi qu’est fixé le prix, par une confrontation directe entre l’offre et la demande. Les éleveurs porcins réclament une revalorisation du prix de vente aux intermédiaires pour faire face à leurs charges. Aussi, en juin, le gouvernement a alors demandé aux acteurs de la filière porcine de s'entendre sur un prix de 1,40 euro au kilo. Alors que la grande distribution déclare avoir joué le jeu, les deux plus grands industriels/abatteurs du secteur, la Cooperl et Bigard qui contrôlent à tous les deux entre 30 et 40 % des achats en France, ont refusé de payer ce prix et ont boycotté le 10 aout dernier le MPB, qui, fait rarissime, a abouti à plus de 30% de porcs mis en vente invendus. Au vu de la concurrence européenne, ces deux principaux acheteurs dénoncent une politique tarifaire « politique » intenable, leur faisant perdre toute compétitivité à l'export, de l’ordre de 25 centimes de plus par kilo par rapport à la viande allemande et espagnole notamment.

Retrouvez l’intégralité de cette actualité en pages 32-33 de La Semaine Vétérinaire du n° 1639.

Nathalie Devos
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