« Une enquête complexe, qui a bénéficié du soutien des vétérinaires de terrain »

09/07/2015 | Le Point Vétérinaire.fr
Le cas de rage canine, survenu dans la Loire en mai dernier, aurait pu mener à des conséquences humaines dramatiques. Elles ont pu être évitées grâce à une enquête minutieuse, en dépit de nombreuses obstructions, et la mise en œuvre de lourds moyens humains. Notre consoeur Nathalie Guerson (L92), directrice de la DDPP de la Loire, qui a dirigé les actions de terrain, partage son expérience.

La Semaine Vétérinaire : Lorsque vous recevez l’appel de la vétérinaire qui suspecte un cas de rage, quelles mesures mettez-vous en place ?
Nathalie Guerson : Le cadre d’astreinte de la DDPP ordonne le placement sous surveillance du chien à la clinique vétérinaire et alerte la direction générale de l’alimentation d’une suspicion forte de rage. A la mort de l’animal, les prélèvements sont immédiatement acheminés à l’institut Pasteur. Le centre opérationnel de la Préfecture est aussitôt mis en pré-alerte. Tous les services concernés (ARS, pompiers, police, gendarmerie, ville du Chambon-Feugerolles, etc.) sont alors prêts à agir dans l’attente des résultats.


Une fois le résultat connu, quelles actions sont instaurées ?
Une cellule de crise est mise en place au sein de la DDPP. Une mission est attribuée à chaque agent, y compris des services autres que celui en charge des populations animales. Les actions de terrain consistent en la rencontre des commerçants, du directeur de l’école de la commune (qui a fait un travail colossal auprès des enfants), les enquêtes de proximité après briefing des adultes « relais », une campagne de capture des chats errants, etc. De mon côté, avec le chef de service de la protection animale, nous avons mené les auditions administratives.


Comment se sont déroulées les auditions ?
Nous avons été confrontés à des personnes peu coopératives, qui ne donnaient des informations qu’après plusieurs entretiens. Il a fallu croiser les données pour recouper les différents témoignages, parfois incohérents. Une première liste de personnes exposées a cependant pu être établie (les autres ayant été recensées grâce à la cellule téléphonique d’information du public de la Préfecture) et le parcours du chien reconstitué afin de délimiter le périmètre de restriction de circulation des carnivores domestiques.


Comment la population a-t-elle accueilli votre action ?
Plutôt mal. Notre discours scientifique et l’autorité de l’Etat ont fait l’objet de défiance. Certaines personnes rejetaient le risque de rage en l’absence de symptômes. Pour certaines, la police a été sollicitée pour les emmener au centre antirabique, d’autres n’avaient pas de voiture et il a fallu diligenter des taxis. Les adultes relais, au plus près des personnes concernées, ont été capitales pour faire passer le message.


Quelle a été l’implication des vétérinaires praticiens ?
Les praticiens ont apporté une aide extraordinaire, montrant toute la force du réseau des vétérinaires sanitaires. Ils nous ont fait remonter des informations essentielles pour notre enquête, ont relayé les informations auprès de la population et, bien sûr, ont permis de détecter précocement ce cas de rage. Ils ont par ailleurs mis à disposition leurs locaux et appui technique, parfois en pleine nuit, lors de capture d’animaux errants.


Quelles sont les poursuites engagées contre les propriétaires ?
Ils font l’objet d’une enquête judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui. Ils ne pouvaient en effet ignorer que leur animal représentait un danger, avec violation de la mise sous surveillance dont il faisait l’objet au moment des faits. En outre, ils ont fait obstruction lors des auditions administratives, ne voulant pas reconnaître que l’animal était entré en contact avec des personnes, dont des enfants en bas âge qui ne peuvent témoigner s’ils ont été griffés, et qu’il était parfois en liberté.


Les contrôles aux aéroports et aux frontières sont régulièrement pointés du doigt lors de cas de rage autochtones. Comment y remédier ?
La DGAL vient d’envoyer un courrier aux douanes et aux autorités algériennes, pour rappeler l’ensemble des contrôles exigés lors d’importation d’un animal. Pour en revenir à Sultan, il avait été contrôlé à son arrivée au port d’Alger ! Un autre cas s’est présenté peu de temps après dans le département, avec un débarquement sans difficulté en France, malgré des exigences non remplies, depuis l’Algérie. 

Propos recueillis par Valentine Chamard

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