« La bonne orientation est de travailler à la responsabilisation des utilisateurs d’équidés »

04/12/2014 | Le Point Vétérinaire.fr

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Notre confrère Vincent Boureau (N 91) est reconnu depuis de nombreuses années pour ses travaux et ses publications sur le comportement du cheval, en collaboration notamment avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Rennes.

Le statut de l’animal et la problématique de la fin de vie des équidés constituent actuellement des sujets médiatisés et politiques. Quelle est votre approche ?
L’opinion publique est effectivement et logiquement sensible aux sujets liés au bien-être animal. Les hommes politiques et les différents acteurs de la filière ne doivent pas ignorer ce progrès. Il convient surtout d’éviter des conclusions trop hâtives et simplistes, ou l’affrontement entre des positions partisanes, qui sont le fruit d’une réflexion d’un nombre trop restreint de personnes.

Pour faire avancer de tels sujets sociétaux, une réflexion de fond est nécessaire. Il faut remettre en cause les habitudes, être force de proposition pour apporter un éclairage scientifique et orienter des décisions politiques sans se complaire dans un pragmatisme conservateur… Le travail de réflexion doit s’effectuer dans un cadre indépendant, en faisant intervenir des personnes sélectionnées pour leur expertise qui soient les plus objectives possible. Les vétérinaires y jouent un rôle central. D’autres sensibilités doivent avoir leur mot à dire, y compris les représentants de la protection animale, à qui les pouvoirs publics délèguent trop souvent le problème, mais aussi les services vétérinaires d’État, les universitaires et les chercheurs.

Quelle est la réponse à la fin de vie des chevaux sans valeur vénale ? La boucherie, notamment ?
Il est clair que je ne mène pas un combat philosophique contre l’hippophagie. Je n’ai pas la réponse à cette question aujourd’hui. En outre, cette dernière est souvent taboue dans la filière équine et la société ne peut plus accepter cette situation. La bonne orientation est de travailler à la responsabilisation des propriétaires et des utilisateurs d’équidés. Nous ne pouvons que déplorer le fait que des chevaux meurent dans leur coin et sans soins. Cependant, il n’est pas possible de dédouaner les personnes qui utilisent ces animaux, puis qui les laissent à l’abandon. À chaque étape, de l’éleveur à l’utilisateur (du producteur au consommateur), amateur ou professionnel, chacun doit assumer sa part de responsabilité dans la gestion de la fin de vie, de l’équarrissage et de l’élimination du corps (un peu à l’instar de l’écoparticipation dans le prix d’achat de l’électroménager).

Les chevaux de course, de sport ou de loisir sont surproduits. Ce “produit” est aujourd’hui un être doué de sensibilité. Il convient d’ouvrir une réflexion globale et construite pour imaginer comment le surplus doit être géré avant que le problème des abandons ne devienne majeur, comme c’est le cas outre-Atlantique. Penser que la solution consiste à faciliter une destination vers la boucherie est illusoire et erroné. D’une part, parce que la filière bouchère ne pourra jamais absorber la surproduction de chevaux de courses ou de sport sur un marché qui reste une niche économique. D’autre part, parce que cette filière aurait plutôt besoin de valoriser la qualité et la traçabilité de sa propre production sans devenir la poubelle du secteur des courses, du loisir et du sport.

La solution bouchère revient à ignorer un problème pour qu’il n’y en ait plus. La société refuse ce genre de principe aujourd’hui.

Il faudra également trouver des solutions pour financer la problématique de la fin de vie. Les professionnels du cheval devront, par conséquent, intégrer la conversion de leurs chevaux dans l’équation économique de leurs entreprises.

Les vétérinaires ont un rôle important dans ce débat de société, comme ils l’ont eu lorsque la filière “chevaux de loisir” est apparue. Refuser de changer les choses revient à condamner à terme la filière. Ce serait dramatique que cette vision à très court terme, et en inadéquation totale avec les attentes de la société, soit supportée par la profession vétérinaire. L’amalgame serait rapidement fait entre une activité commerciale supposée intéressée, une connivence avec les utilisateurs et les règles du dopage, un manque d’éthique et d’empathie pour l’animal en fin de vie. Une telle idée serait délétère pour l’image de notre profession. Ne rien changer, c’est la solution de facilité pour certains confrères impliqués de près ou de loin dans cette filière.

Quels sont vos projets à venir pour faire avancer ce débat ?
Nous allons créer un laboratoire d’idées regroupant des personnes qui sont à même d’apporter des solutions pratiques et adaptées. Cette structure sera indépendante des organisations professionnelles vétérinaires et agricoles, mais elle servira de réservoir d’idées pour les décideurs sur tous les sujets relatifs au bien-être des équidés, y compris dans la réflexion sur le statut de l’animal. Pour cela, je suis déjà en relation avec des interlocuteurs européens et français impliqués dans le welfare (bien-être) des équidés. Ce think tank verra le jour début 2015.

Propos recueillis par Marine Neveux

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