09/10/2014 | Le Point Vétérinaire.fr

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Entretien

Jacques Bardiès : « La thérapeutique équine est une science en évolution »

À l’occasion des journées annuelles de l’Avef1, qui se déroulent à Pau du 22 au 24 octobre prochains, la deuxième édition du Manuel pratique de thérapeutique équine est publiée aux Éditions du Point Vétérinaire. Ce projet réunit 40 contributeurs, sous la coordination de Jacques Bardiès. Interview.

Selon vous, quels sont les principes de thérapeutique équine majeurs aujourd’hui dans le contexte sociétal ?
La thérapeutique équine est, comme toutes les sciences, une discipline en évolution. Elle avance par bonds successifs au fur et à mesure des découvertes, mais aussi de la prise de conscience de leurs significations et de leurs importances.
C’est au niveau du contexte social que les prises de conscience seront plus ou moins profitables et plus ou moins médiatisées, entraînant ou non une intégration dans la pratique quotidienne des dernières données validées.
Oscar Wilde a écrit, en reprenant Talleyrand : « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par tomber. » Il serait possible de songer à cela en matière d’antibiothérapie ou de vermifugation. En fait, la biologie impose toujours sa loi et la thérapeutique ne se conçoit pas sans évaluation, ni remise en cause ni évolution.
Les conférences de consensus et la médecine factuelle nous donnent des supports temporaires nous permettant d’avancer. La vigilance (pharmacovigilance) s’impose cependant pour effectuer les mises au point nécessaires (évolution des indications de la notice, extension d’indications, restrictions et effets secondaires).

Qu’en est-il dans le contexte législatif ?
Le cheval, espèce majeure au début du XXe siècle, est aujourd’hui considéré et répertorié comme “mineur”. La législation doit s’adapter à l’existence des chevaux et à la nécessité de les traiter, mais elle obéit aussi à d’autres impératifs. Des logiques contraires s’affrontent parfois et la prise en compte des résidus médicamenteux dans la viande (hippophagie) ou dans l’urine et le sang (contrôle antidopage) a des retentissements importants sur la conduite thérapeutique. Cette dernière est alors encadrée et régulée selon des principes incontestables, mais parfois contraires aux règles thérapeutiques de base. Se priver de pénicilline procaïne pour un cheval de sport ou de clenbutérol pour un animal de loisir ne va pas de soi.
Au total, lorsqu’un texte réglementaire est inapproprié, il finit toujours par être remplacé. Toutefois, le combat pour y parvenir peut être long et le praticien vétérinaire doit apprendre à faire les meilleurs choix possibles en fonction du contexte.

Quels sont les objectifs de ce Manuel pratique de thérapeutique équine ?
L’objectif est de faire plaisir au lecteur. Je n’en vois pas d’autre. Si, quand même : “mieux” traiter les chevaux (même si le client ne le voit pas toujours) ! Sans parler d’objectif, des contributions venant de Belgique, du Canada et des États-Unis ont spontanément vu le jour pour cette édition. Peut-être un certain dynamisme français s’est-il manifesté à cette occasion.

Comment ce guide peut-il aider le praticien au quotidien ?
Chaque lecteur a sa propre façon de lire. Celle-ci peut commencer par la première page (introduction), une autre choisie (index), voire des pages feuilletées “au hasard” des chapitres rencontrés. L’essentiel est d’accéder à des savoirs et des réflexions complémentaires de nos propres références. Un “guide” apparaîtrait comme une méthode à suivre. Dans le cas présent, la réflexion suscitée par les écrits des auteurs est la plus riche d’enseignements. Ceux-ci ont su se faire violence pour être exhaustif, mais ils ont tenu compte de la priorité à donner aux acquisitions de la médecine factuelle, tout en reconnaissant les lacunes existantes et en faisant part de leur expérience. Toujours selon Oscar Wilde : « L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs ». Je compléterais peut-être « erreurs » par errements et révélations. Quelques-unes attendent le lecteur dans les pages de ce guide, à condition de ne pas l’utiliser uniquement comme un simple mode d’emploi des médicaments (d’autres ouvrages existent pour cela).
Concernant l’aspect “mode d’emploi” (deuxième partie de l’ouvrage), l’originalité est d’aborder les médicaments par catégorie thérapeutique (respiration, par exemple), puis par classe thérapeutique (bronchodilatateur, notamment), par molécule (clenbutérol, entre autres) et, enfin, par spécialité (comparaison des spécialités disponibles pour la même molécule). Des notes et des mises en garde complètent le résumé des indications de la notice. Chacun utilisera donc ce livre comme il l’entend, comme un guide, une référence ou un éclairage sur nos pratiques que menaceraient les habitudes et la routine.

Quel est le fil conducteur de cette nouvelle édition et du choix des sujets ?
La motivation première était de faire face à l’épuisement de la première édition et la nécessité d’intégrer des données nouvelles pour conserver la pertinence de ce guide. Entendons-nous bien, les auteurs ne sont pas motivés par la recherche du profit et aucun éditeur, s’il n’était “vétérinaire” ne pourrait soutenir un tel projet : 40 contributeurs concernés, une liberté d’écriture dans un cadre rigide (pour éviter de noyer le lecteur) et une contrainte de relecture par ses pairs. L’attractivité vient forcément d’ailleurs : je dirais de l’amitié entre les confrères qui se connaissent, se respectent et sont prêts à transmettre leurs connaissances à leurs condisciples-lecteurs. En tout cas, c’est une très belle histoire pour moi aussi qui ai tant obtenu de personnes si occupées. Je ne les remercierai jamais assez pour cela.
J’ajoute que certains auteurs ont été déterminants pour élargir la liste des contributeurs. D’autres rendent lumineux des sujets parfois austères : je suis tenté de les citer, mais tous méritent une mention et ce serait très long.

Pourquoi de nouvelles thématiques, telles que la phytothérapie et les explorations fonctionnelles, ont-elles été ajoutées à la première édition ?
Nous avons fort à faire avec les médecines complémentaires, surtout avec leurs pratiquants, souvent non vétérinaires et souvent délirants, mais dont le discours simpliste séduit bien des “responsables” de chevaux. Le vétérinaire, aujourd’hui, n’est plus certain d’être le premier sur la liste d’appel des clients lors d’affection du cheval.
La phytothérapie reste quelque chose de concret donc, en principe, de facilement abordable. Il ne s’agit pas de cautionner ou non cette pratique. Toutefois, une consœur nous propose une démarche rigoureuse d’évaluation de celle-ci et il est préférable d’être informé des bases des médecines complémentaires que de se montrer à son tour ignorant.
Les explorations fonctionnelles sont un quasi-oubli de la première édition. Néanmoins, l’aspect “non thérapeutique” avait fait négliger l’usage, certes diagnostic, de molécules dont l’intérêt est certain. En parlant de nouvelle thématique, je termine avec le regret de n’avoir pas intégré dans un chapitre supplémentaire les “médicaments du passé”. Pas tous, bien entendu. Beaucoup de nos molécules sont d’usage transitoire et c’est heureux, mais les topiques et autres recettes mis au point par nos prédécesseurs méritent aussi notre attention. Si une troisième édition voit le jour, je m’inscris comme simple auteur sur ce sujet-là…

1 Association vétérinaire équine française.

Propos recueillis par Marine Neveux

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