11/09/2014 | Le Point Vétérinaire.fr

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Réglementation

Débat sur la fin de vie des chevaux

La problématique de la fin de vie des chevaux agite la filière en cette rentrée. La dépêche de l’AFP qui fait suite aux premières assises de la filière équine organisées à Caen début septembre a relancé les controverses.

«Vieux chevaux : des vétérinaires veulent une réglementation pour “éviter des scandales” alimentaires, Caen, 1er septembre 2014 » : la dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) tourne sur la toile. « L’abattoir plutôt que le mouroir », titre le site internet de La France Agricole du même jour. « Le président de l’Association vétérinaire équine française (Avef) a plaidé lundi pour la mise en place d’une filière réglementée permettant à davantage de chevaux en fin de vie d’entrer dans la chaîne alimentaire ». Notre confrère estime, en effet, que « c’est se masquer, c’est être irresponsable que de dire “on ne mange pas les chevaux de sport’’». Un discours qui séduit les participants de ces premières assises de la filière équine réunis à Caen, comme le président de la Fédération de la boucherie hippophagique de France (FBHF) qui plaide aussi pour que « chaque propriétaire puisse changer la destination de son cheval au bout de six mois, si le cheval correspond bien aux normes sanitaires ». Notre confrère envisage la mise en place « des sas de blanchiment pour que l’animal redevienne propre à la consommation. Il faut trouver des structures où pendant six ou huit mois – un délai à définir – le cheval ne mange que de l’herbe ». Et de poursuivre : « on n’aura plus de scandale de viande de cheval, car on aura une vraie traçabilité ».

« Les manger ou les protéger ? »
Une prise de position qui ne recueille pas le consensus. Les bonnes questions sont soulevées, mais de mauvaises solutions sont apportées, selon l’OABA. « Si le propos a pu ravir le président de la Fédération de la boucherie hippophagique de France, il aura de quoi choquer celles et ceux qui luttent pour donner aux chevaux une fin de vie respectueuse, réplique l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA). Il aura surtout de quoi inquiéter les consommateurs, déjà écœurés d’apprendre qu’ils mangeaient de la viande de cheval à leur insu, comme l’ont révélé les récents scandales à répétition. » « Rendre plus facile l’entrée des chevaux dans les abattoirs, c’est ouvrir la porte à de plus importantes fraudes sanitaires, estime notre confrère Jean-Pierre Kieffer, président de l’OABA. Il faut avant tout améliorer le système de traçabilité des équidés et renforcer les contrôles vétérinaires en abattoirs, comme l’a demandé l’Office alimentaire et vétérinaire de la Commission européenne, lors d’un audit réalisé en France en septembre 2012. Sans cela, toute modification réglementaire serait vouée à l’échec. »
L’OABA ajoute : « Par ailleurs, si à l’avenir davantage d’équidés devaient être abattus pour entrer dans la chaîne alimentaire, il convient de lancer dès aujourd’hui un plan de modernisation de nos abattoirs. L’OABA rappellera qu’il n’existe pas en France d’établissements spécialisés dans l’abattage des chevaux. Actuellement, les conditions de mise à mort des équidés apparaissent souvent inacceptables en raison d’équipements inadaptés ou mal entretenus. »

« Favoriser l’abattoir : un retour en arrière »
« Alors que l’administration française et le monde du cheval tentent depuis des années de trouver une solution pour la fin de carrière des chevaux en dehors de l’abattoir, alors que des initiatives ont été engagées comme le fonds de reconversion des chevaux de course, certains souhaitent revenir en arrière en favorisant l’entrée des chevaux dans les abattoirs », déclare la Ligue française pour la protection du cheval (LFPC) dans son communiqué du 8 septembre. « Prôner l’abattoir pour les chevaux en fin de carrière, c’est nier les progrès importants de ces dernières années : la sensibilisation des professionnels au devenir de leurs chevaux après le travail, la possibilité pour quiconque ayant un cheval de le retirer définitivement de la filière viande. Cette décision doit être irréversible, pour le respect de l’animal et la protection des consommateurs ». Et de poursuivre : « Ce n’est pas avec la promotion de la consommation de viande équine que la filière se protégera d’un scandale sanitaire », poursuit la LFPC.

Marine Neveux


Entretien avec Jean-Yves Gauchot, président de l’Association vétérinaire équine française (Avef)
« Le but est de relancer le débat et de rouvrir le dossier des LMR »


Vous plaidez pour la mise en place d’une filière réglementée permettant à davantage de chevaux en fin de vie d’entrer dans la chaîne alimentaire. Cela signifie-t-il qu’il faille revenir à un statut unique du cheval animal de rente et ne plus reconnaître une filière du cheval animal de compagnie ?
Mon intervention est, en effet, iconoclaste. Aujourd’hui, le système n’est pas satisfaisant. Le but est de relancer le débat et de rouvrir le dossier des limites maximales de résidus (LMR). En effet, actuellement, lorsqu’un cheval a été sorti de la filière bouchère, il l’est définitivement, il est donc nécessaire de trouver une autre solution pour éviter cela. Il faut pouvoir garder l’éventualité du statut de rente du cheval.


Des pays comme la Suisse, par exemple, privilégient l’information des acquéreurs de chevaux et des propriétaires afin de les responsabiliser et de leur expliquer qu’un cheval peut vivre vieux, que cela a un coût, que sa fin de vie est aussi à envisager dès le début. N’est-ce pas déresponsabiliser les propriétaires et les différentes filières du cheval que de présenter l’abattoir comme une solution de fin de vie ?
Mon cheval de bataille, c’est la déshérence animale et la maltraitance associée à ces chevaux abandonnés et non entretenus. L’idée est de permettre à des équidés ayant reçu des substances sans LMR de rentrer à nouveau dans la filière bouchère après un délai de six mois, à définir. Le sas de six mois doit être rendu étanche en termes de traçabilité, comme dans les autres filières de productions animales. Les autorités belges sont en faveur du retrait de l’exclusion définitive et pour une suspension temporaire d’abattage de six mois avec une traçabilité complète des détenteurs et du maintien d’un registre des traitements médicamenteux durant cette période et/ou de la mise en place d’un contrôle des résidus sur un pourcentage élevé de carcasses. Les Belges, à ce stade de la réflexion, sont également pour ce sas de six mois, quand la décision d’exclusion est le fait d’un choix philosophique.

N’est-ce pas aussi rompre la confiance avec des naisseurs ou propriétaires qui auraient souhaité justement fermer définitivement les portes de l’abattoir à un cheval ?
Il faudra, en effet, que l’on puisse trouver un système qui conserve cette possibilité d’exclusion définitive de la boucherie, si un propriétaire au cours de la vie du cheval en a fait le vœu. De nombreuses personnes de la filière équine souhaitent revenir sur ce choix définitif, je ne pense pas qu’il faille aller dans ce sens : ce serait opposer deux visions philosophiques différentes de nos rapports aux animaux. Il faut respecter les désirs de chacun mais sans hypocrisie. En tant que président de l’Avef, je ne souhaite pas prendre une position philosophique, mais seulement défendre le bien-être et la traçabilité sans concession.

Vous évoquez la « surmédicalisation des équidés aujourd’hui » (propos relatés par la dépêche AFP). Ce constat n’est-il pas inquiétant ?
Le terme de « surmédicalisé » a été repris par l’AFP. Je ne l’ai pas employé publiquement, les chevaux sont médicalisés et cela se justifie en termes de soins et de bien-être animal. Il peut, toutefois, être utilisé lorsque l’on parle de l’achat sur Internet, par de très nombreux propriétaires, d’un tas de substances sans LMR, sans aucun diagnostic vétérinaire et sans aucune traçabilité.

En quoi un système de « sas de blanchiment » peut améliorer la traçabilité ?
Si déjà, en Europe, on pouvait assurer la traçabilité des équidés et laisser la possibilité pour les chevaux d’aller à la boucherie, nous résoudrions la problématique de la traçabilité et de la souffrance animale. Nous avons trouvé une solution pragmatique : il faut que les chevaux qui ont reçu au cours de leur vie des substances sans LMR, puissent conserver la possibilité de rester dans la filière bouchère.
Dans Le Journal du Dimanche du 19 janvier 2014, un entraîneur indique : « Si un praticien veut notifier sa prescription de phénylbutazone, je lui demanderai de renoncer, sinon j’irai voir un autre vétérinaire. »

Cette évolution peut-elle signifier la disparition du feuillet “Traitement médicamenteux” ?
Nous ne sommes pas allés aussi loin dans notre réflexion à ce jour. Mais le système actuel confond feuillet médicamenteux et traçabilité des résidus. Les équidés médicalisés par les vétérinaires ont bien des ordonnances, mais celles-ci suivent rarement le cheval jusqu’à l’abattoir.

Vous prônez une autre réglementation. Quelle serait-elle, concrètement ?
C’est au niveau de la directive “médicaments” que nous devons faire évoluer les choses. Le problème est européen, car en France la traçabilité est bonne et les contrôles efficaces, au vu des affaires récentes. Certes, il faut sûrement améliorer, en moyens humains, la qualité des inspections. Mais, en Europe, avec les remous qu’ont suscité les différents horsegate1, la traçabilité va exclure des milliers de chevaux : on en fait quoi ? Récemment, la princesse Anne d’Angleterre s’est prononcée en faveur de l’hippophagie, il faut peut-être s’interroger sur ce changement culturel.

1 Fraudes à la viande de cheval.



Entretien avec Michel Baussier, président de l’Ordre des vétérinaires
« Ces deux prises de position auront le mérite de favoriser le débat »


Vous avez souhaité prioriser, dans votre mandat, quelques thèmes dont celui du bien-être des animaux. Aujourd’hui, le statut du cheval est compliqué, avec deux filières, l’une bouchère, l’autre plus proche de l’animal de compagnie. Quel avenir donnez-vous à cette double approche ? La France va-t-elle prendre les mêmes orientations que les pays anglo-saxons et germaniques en favorisant le statut animal de compagnie plutôt que de boucherie ?
L’Ordre n’est pas décisionnaire en ce domaine. Pas davantage devin. L’opinion qu’en l’occurrence je peux m’en faire ès qualités de président de l’Ordre est donc sans grande importance. Au sein de l’Union européenne, il y a certes l’approche anglo-saxonne et germanique mais également celle des Belges et des Néerlandais, à savoir une double filière comme chez nous… Laisser une option entre deux choix pour un propriétaire pleinement responsable n’est pas, a priori, choquant. Sur un éventuel changement d’option de la France, l’Ordre va observer avec attention le débat. Nous avons enregistré la courageuse prise de position de l’Avef, car elle est plutôt à contre-courant de l’opinion spontanée dominante. Nous avons aussi lu la lettre ouverte de Brigitte Bardot dans Le Monde du 9 septembre. Ces deux prises de position auront le mérite de favoriser le débat et peut-être de le faire avancer.

L’Avef déplore le système de médicalisation des équidés qui les exclut définitivement de la filière bouchère et dénonce des chevaux « surmédicalisés ». Quelle est votre perception ? En outre, doit-on avoir une approche animal de rente ou de compagnie quand on prend en charge un animal malade ?
Qui nierait que certains chevaux peuvent être surmédicalisés ? Quant à la situation d’exclusion définitive de la filière bouchère, elle est conforme au principe qui régit les espèces consommables. Alors pourquoi ferait-on ici une nouvelle exception pour les chevaux ? Pourquoi pas alors pour les petits veaux des races allaitantes qui ne reçoivent pratiquement de traitement que pendant les tout premiers mois de leur vie et qui ne sont livrés à la boucherie qu’à l’âge adulte ? Deux poids, deux mesures, non, sauf à rouvrir le débat pour toutes les espèces. Dans ce cas d’accord. Pour ce qui est de la question de la double approche du vétérinaire, qui n’a rien d’insurmontable en elle-même, le vétérinaire équin ne doit surtout jamais oublier qu’à côté de l’approche santé animale (rente ou compagnie), l’approche santé publique est à considérer à un très haut niveau, quels que soient les enjeux économiques de santé animale.

La situation des abattoirs est critique en France, notamment pour les espèces dites “secondaires” qui ne bénéficient pas de chaînes de mise à mort dédiées. Le SNISPV1 et nombre d’associations de protection animale mettent régulièrement en exergue les déficiences ou les difficultés en matière de contrôles à l’entrée des abattoirs, mais aussi dans l’application de la réglementation2. Quelles perspectives entrevoyez-vous ?
Il faut impérativement moderniser et spécialiser (ligne dédiée aux équidés) les abattoirs disponibles, quitte à perdre en proximité ; ces abattoirs doivent être pourvus en personnel formé et compétent. Il est indispensable, en tout cas, que la France retrouve son honneur entaché du fait de l’insuffisance des moyens humains alloués aux contrôles en termes de protection animale. Pour l’Ordre, il faut, conformément au code de déontologie vétérinaire, à la fois être attentif à la préservation de la santé publique et respecter les animaux. Ce respect dû à l’animal est paradoxalement d’autant plus important lorsque l’homme lui retire la vie pour s’en nourrir. Ces dysfonctionnements rejaillissent inévitablement de façon négative sur l’image des vétérinaires qui peuvent paraître cautionner les manquements et les dérives.

L’Avef souhaite la mise en place de sas de blanchiment pour qu’un équidé redevienne propre à la consommation, ce qui soulève la question de la réévaluation du système des LMR. Les difficultées rencontrées pour la mise à jour du livret “Traitement médicamenteux” sont également mises en évidence. Pourquoi les praticiens peinent-ils autant ? Pourquoi un tel échec dans la sécurisation de la filière chevaline alors que ces process ont déjà prouvé leur efficacité dans les autres espèces ?
La réévaluation du système des LMR (et l’instauration d’une période de six mois) chez les équidés comporte, comme évoqué précédemment, le risque de remise en cause du système adopté pour les autres filières. Cela pourrait nous entraîner dans un débat beaucoup plus vaste sur les excès de notre vieille Europe, encore riche et encore à peu près en paix, et conduirait à la remise en cause de son sacro-saint principe de précaution… Personnellement, je ne pleurerais pas sur le cadavre de ce principe ! Quant au livret “Traitement médicamenteux”, il devra évoluer, pour être efficace et sûr, vers un outil dématérialisé et hautement sécurisé. Les autres filières ont courageusement évolué sous l’effet de crises qui ont rendu leurs acteurs responsables et disciplinés.

1 Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire.
2 La France a d’ailleurs été montrée du doigt comme étant un mauvais élève par la Commission européenne.

Propos recueillis par Marine Neveux

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